Les modèles étrangers qui inspirent les Pierre Thibault et autres rêveurs d'écoles peuvent sembler par moment un peu utopiques. Celui de l'école Saunalahti, à Espoo en Finlande, par exemple, ressemble à un véritable musée d'art moderne.

Penser l'école «en dehors de la boîte»

CHRONIQUE / Il peut sembler surprenant, voire déplacé, de s'intéresser à l'architecture de l'école de demain quand on peine à entretenir celles d'aujourd'hui et à soutenir des élèves en difficulté.
Il aurait été facile de prétexter les urgences du jour pour repousser à plus tard les réflexions philosophiques sur l'école. 
Ou alors, de mener ces réflexions dans la «tour d'ivoire» du ministère, comme on le fait d'habitude.
J'ai le goût de saluer ici l'ouverture et l'audace du ministre de l'Éducation Sébastien Proulx qui a accepté de réfléchir en «dehors de la boîte» en donnant le feu vert (et un budget de 1,5 M$) au projet Lab-école soumis par l'architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le promoteur de sport Pierre Lavoie. 
Ceux-ci feront le tour des écoles du Québec (et d'ailleurs) à la recherche des meilleures pratiques d'aménagement pouvant inspirer l'école de demain.
L'objectif est de rendre ces écoles plus agréables, plus stimulantes pour les élèves et plus utiles à la collectivité.
Les écoles ont été construites à une époque où les élèves ne mangeaient pas à l'école, rappelle M.Thibault, d'où des salles de repas mal orientées, mal conçues et mal éclairées. 
L'idée est de valoriser ces aires de repas, d'en améliorer la fenestration, d'y initier les élèves à la cuisine et à de meilleurs habitudes alimentaires; puis, d'utiliser ces lieux pour des travaux d'équipe et pourquoi pas le soir pour des ateliers destinés aux citoyens du quartier. Pareil pour les gymnases et les cours d'écoles. 
Il faut réaménager les espaces, les rendre plus polyvalents. «On va casser des murs en dedans», prévient Pierre Thibault. De ce que j'entends, il faudra d'abord casser les moules, avant de casser les murs. 
Les modèles étrangers qui inspirent les Pierre Thibault et autres rêveurs d'écoles peuvent sembler par moment un peu utopiques. 
Celui de l'école Saunalahti, à Espoo en Finlande, par exemple, qui ressemble à un véritable musée d'art moderne. On voit mal comment on pourrait trouver les moyens de transformer nos humbles écoles de quartier en pareils chefs d'oeuvre d'architecture. Mais il y a place à amélioration, c'est le moins qu'on puisse dire. 
Le promoteur de sport Pierre Lavoie rappelle que le Québec devra investir 9 milliards $ dans les prochaines années pour l'entretien de 2000 écoles du Québec. «Il y a là un momentum à saisir», croit-il. L'école doit devenir «la plus belle bâtisse du quartier», souhaite M. Lavoie. 
La première image qui vient en tête lorsqu'on imagine l'école de demain est celle de classes branchées avec des ordis et des écrans vidéos partout à la place des cahiers, des manuels scolaires et pour peu, à la place des professeurs.
À plusieurs égards, le projet Lab-école me semble aller dans la direction tout à fait opposée. 
Non pas que le Lab-école rejette la technologie, mais il me semble miser surtout sur de belles valeurs «anciennes» : lieux invitant à la convivialité ; mieux profiter de la lumière du jour; faire plus d'activité physique pour avoir un corps sain; une alimentation simple et santé. 
Le contraire de l'environnement sombre, reclu, solitaire et sédentaire qu'on associe aux accros de la techno.
Les syndicats de professeurs se sont indignés de ce projet de «marketing» et de «relations publiques» qui confie à des «vedettes» le soin de penser l'école à leur place. 
Certains y ont vu du mépris. 
À tort je crois. 
On trouvera des reproches à faire au ministre Proulx (comme à tout politicien) mais ce ministre n'est pas méprisant ni hautain, au contraire. 
Cela dit, il est essentiel que les professeurs participent à la réflexion sur l'école de demain. 
C'est intéressant de pouvoir réfléchir «en dehors de la boîte» mais il faut aussi garder les pieds dans la réalité quotidienne de ce qu'est une école : un lieu d'éducation avec des élèves et des profs avant d'être une oeuvre d'architecture, un gym ou une cuisine communautaire. 
Je ne suis pas inquiet. 
Le projet Lab-école a souffert de ratés de communication parce qu'il ne devait initialement être lancé qu'à la fin du mois. Les ficelles n'étaient pas toutes attachées.
On a compris depuis que tous les acteurs et toutes les idées y seront bienvenus. La base du travail de l'architecte, c'est d'écouter, rappelle Pierre Thibault. 
Il y aura un site Web pour partager les trouvailles au cours de la prochaine année. Les «chercheurs» promettent d'aller tout valider auprès des profs, des élèves et des parents. Le plus difficile sera cependant de valider auprès du Conseil du Trésor. Aura-t-on les moyens de l'école dont on s'apprête à rêver?