Jean-François Gosselin

Pas d'obstacle trop grand pour Gosselin

Ses premières sorties publiques pour un troisième lien et contre les arbres - si cela le prive d'un stationnement sur la rue Maguire - ont campé Jean-François Gosselin à l'extrémité de l'offre municipale à Québec. Il incarne ce que j'ai appelé la «droite-auto» et qu'on reconnaît dans plusieurs radios privées. Ex-député dans l'éphémère opposition officielle de l'ADQ en 2007-2008 et candidat défait du Parti libéral en 2014, M. Gosselin est relativement peu connu encore du public. Je l'ai rencontré il y a quelques jours au local de son parti. Entrevue-portrait avec le candidat à la mairie de Québec.
La rue D'Aiguebelle où il a grandi donnait sur le parc Cartier-Brébeuf, dans Limoilou. Par la fenêtre, on avait «la plus belle vue sur la ville» et sur la patinoire voisine. Lorsque sa mère allumait la lumière extérieure, il savait que c'était l'heure de rentrer souper. 
Le soir, parfois, il filait au Colisée avec des copains voir les dernières minutes d'un match des Nordiques après que les préposés eurent levé les barrières.
C'était l'âge (et l'époque) où tous les petits gars rêvaient de jouer dans la Ligue nationale. Sans doute y a-t-il rêvé plus longtemps que d'autres.
Son talent le mènera aux portes de la Ligue junior majeure du Québec, puis à l'Institut Rensselaer à Troy, dans l'État de New York. La même université où a joué Joé Juneau, son «idole». L'équipe s'appelait les Engineers. Lui était inscrit au MBA. 
Jean-François Gosselin se souvient qu'il n'aimait pas beaucoup l'école. «Un mal nécessaire», dit-il. Il était «bon en math», mais «le français et l'anglais, c'était pénible». 
Ses parents l'ont inscrit au sport-études en hockey, mais la consigne était claire : «Si t'as pas des bonnes notes, tu peux pas jouer au hockey.»
La prof d'anglais Louise-Andrée Simoneau, que les élèves avaient surnommée «L.A. woman», lui a «sauvé la vie», raconte-t-il.
«Elle nous rentrait dans la tête qu'il fallait qu'on apprenne l'anglais. Elle était sur mon cas.» Quand il est arrivé plus tard aux États-Unis, il dit avoir «rushé», mais a constaté qu'il avait «au moins la base». Quatre mois plus tard, il était bilingue.
Ses quatre enfants n'auront pas eu besoin d'attendre une «L.A. woman» pour apprendre. Depuis leur naissance, Jean-François Gosselin ne leur parle qu'en anglais à la maison. 
Les parents de Jean-François Gosselin auraient aimé une famille plus nombreuse, mais se sont arrêtés à deux après que sa jeune soeur eut reçu un diagnostic de fibrose kystique.
Valérie Gosselin avait une espérance de vie de 4 ans à la naissance. À 40 ans aujourd'hui, elle continue de défier les pronostics.
«Toute ma vie, j'ai regardé ma soeur se battre pour sa vie... On dirait que ça m'a toujours donné un genre d'urgence, comme si je savais pas ce qui m'attendait demain», analyse son frère.
Psychologue de formation, Valérie Gosselin a fondé en 2003 une clinique de zoothérapie, Ami-Maux, avec l'objectif «d'humaniser les soins de santé».
Elle a décrit sa vision et son parcours personnel dans un livre publié en 2015 sous le titre Pas d'obstacles assez grands ­­­. Le titre pourrait très bien convenir aux ambitions de son frère pour la mairie.
Lorsque sa soeur et sa mère se sont éloignées de la clinique, Jean-François Gosselin a pris le relais et s'occupe depuis 2015 de la direction générale et du recrutement. 
Une cinquantaine de personnes y travaillent : psychologues, orthophonistes, travailleuses sociales, ergothérapeutes, etc., sans compter les furets, les chats, oiseaux et autres cochons d'Inde.
Accaparé par son hockey, le jeune Jean-François n'était pas le leader naturel de ses classes. Ni un militant des causes étudiantes qui aurait annoncé le futur politicien.
«J'aurais été un carré vert», tranche-t-il, en référence au printemps 2012.
À 18 ans, sa blonde du moment au Collège Sainte-Anne à La Pocatière l'a entraîné à une assemblée des conservateurs où il avait rencontré Kim Campbell, qui fut cette même année brièvement première ministre du Canada.
Il flirtera plus tard avec le parti de Marc Bellemare à l'élection municipale de 2005 où il a connu l'ex-conseiller Richard Côté. 
C'est une cousine, Catherine Morrissette (future députée de Charlesbourg) qui l'introduira à l'ADQ en 2006. Il se lie avec Sébastien Proulx (aujourd'hui ministre de l'Éducation) et assiste à son premier discours de Mario Dumont. «Wow!» Un coup de foudre. 
Mario Dumont deviendra son idole politique et l'est resté. Il admire ce politicien issu du «monde ordinaire».
Il se souvient aussi de l'effervescence du jeune parti. «À l'ADQ, il y avait des enfants partout. Ça courait partout. C'était le fun.»
Il a l'impression de retrouver cet esprit au nouveau parti Québec 21.
Il se présentera l'année suivante pour l'ADQ. Il craint de ne pas parler aussi bien que les autres candidats de son parti, mais on le rassure : «Tu vas te présenter dans Limoilou.»
Il se rebiffe. «Tu commenceras pas à parler contre les gens de Limoilou.» L'anecdote devient un running gag dans l'équipe.
Porté par la vague de l'ADQ, Jean-François Gosselin est élu député en mars 2007. Il sera battu 18 mois plus tard.
Il n'a sans doute pas laissé de souvenir indélébile mais se dit fier avoir contribué à deux dossiers : la relocalisation d'un immeuble fédéral sur d'Estimauville et un coup de pouce pour amener le sous-marin Onondaga au Site maritime de Pointe-au-Père (Rimouski).
Lors de la fusion avec la CAQ, il a rencontré François Legault, mais «ça n'a pas cliqué». Il a pris ses distances et s'est alors senti «orphelin», jusqu'à ce qu'il joigne le Parti libéral.
Jean-François Gosselin a connu M. Labeaume avant son élection à la mairie. Le lendemain du décès de la mairesse Boucher, en août 2007, il lui avait parlé au téléphone pour l'inviter à se présenter. 
Pas plus tard que l'an dernier, il a contribué à la caisse électorale du maire lorsque la conseillère Marie-France Trudel l'a sollicité.
Il trouvait cependant que le parti manquait de direction depuis le départ de François Picard et Richard Côté. Il a «commencé à décrocher» avec le plan de mobilité durable (2011). Le coup de grâce est venu le printemps dernier, dit-il, avec le projet SRB.
Dans les faits, le SRB était sur la table depuis le printemps 2015. Ce qui était nouveau le printemps dernier, c'est l'offensive concertée de radios pour combattre le projet.
Le parti que dirige M. Gosselin a traversé une première crise au début de l'été. Le fondateur du parti, Frédérick Têtu, a, selon M.Gosselin, ridiculisé les électeurs du maire Labeaume à la radio. 
Son sort fut réglé en 20 minutes. «Je vais toujours être reconnaissant à Frédérick. Il a compris la gravité de la situation», rapporte M. Gosselin.
Depuis sa démission, ils n'ont plus eu d'échanges autres que lors des rencontres fortuites. La conjointe de M. Têtu est toujours candidate pour Québec 21.
Pour M. Gosselin, la «forme» et les «propos» de M. Têtu posaient problème.
«On veut ramener le respect à l'hôtel de ville. C'était inacceptable [ce qu'a dit M .Têtu]. Les sautes d'humeur... personne n'a le droit d'être comme ça. C'est pas acceptable pour un maire, c'est pas acceptable pour un candidat ni pour un collaborateur... C'est tolérance zéro.»
Son père, Yves Gosselin, était éducateur en centre jeunesse à Lauzon. Un univers de délinquance où l'erreur fait partie du quotidien.
Sa mère, Ginette Morissette, était secrétaire au feuillet paroissial, rue Ozanam. «À corrigeait les fautes de français», raconte-t-il.
«Le français, c'est important. Moi, je ne fais pas de fautes... Moi, les fautes... J'ai des candidats, on er'çoit [sic] du monde des fois, des CV, des courriels, de gens qui veulent être candidats avec nous. Moi, quand je vois une faute, c'est terminé. Terminé. Leur chien est mort... 
Les enfants, quand ils m'envoient des messages textes qui ont des fautes, ça me rend fou.»
Il utilisera plus tard les mêmes mots, «ça me rend fou», pour décrire son sentiment face aux règlements de la Ville de Québec qu'il trouve trop nombreux, tatillons et nuisibles à l'économie et à la qualité de vie.
Les exemples qu'il propose pour le démontrer sont cependant anecdotiques et il est difficile de comprendre quelles règles il souhaite abandonner sans créer d'autres problèmes.
Même constat pour le plan de transport en commun. M. Gosselin a suggéré il y a quelques jours de déployer des autobus-navettes à 1 $ pour amener les citoyens directement à leur lieu de travail.
C'est bien, mais n'est-ce pas déjà ce que cherchent à faire les Express du RTC? Et comment pense-t-on boucler les budgets si on coupe dans la contribution des utilisateurs? 
Et surtout, comment éviter que ces navettes s'enlisent dans la circulation comme les parcours du RTC si on n'investit pas dans un réseau solide de voies réservées et on ne veut pas enlever de voies aux voitures?
Le diable est souvent dans les détails. Il me semble en voir beaucoup, de diables dans les détails manquants du plan de match de ce nouveau parti.
Ex-député dans l'opposition officielle de l'ADQ en 2007-2008 et candidat défait du Parti libéral en 2014, Jean-François Gosselin se présente à l'hôtel de ville de Québec avec son équipe de Québec 21.
Jean-François Gosselin ne se choque pas des questions et critiques. 
Quand les médias le «challengent» ou «parlent contre nous, ça nous donne la chance de répliquer», analyse-t-il. 
Sa conjointe s'était inquiétée d'un article où je l'ai présenté comme un tenant de la «droite-auto». «Il te fait mal paraître», avait-elle perçu.
Lui de répliquer : «C'est pas grave, il en parle. Son article va faire du chemin... Ça va débattre.»
Il raconte avec amusement que son petit gars de 7 ans était là lors de la discussion avec sa conjointe et que depuis, «chaque fois qu'il voit le logo de Québec 21, il dit : La doittte-auttto!» Il a filmé la scène et l'a fait voir à ses candidats. Une belle façon de relativiser les choses.
La campagne commence à peine. Jean-François Gosselin a encore du temps pour essayer de démontrer comment il pourrait faire mieux que ses adversaires.
Et nous, du temps pour continuer à «challenger» les idées qui doivent l'être.