En décembre, le gouvernement du Québec s’est dit prêt à financer un tramway. On peut comprendre le virage du maire Régis Labeaume.

Non au référendum sur le tramway

CHRONIQUE / Pas de référendum sur l’éventuel projet de tramway, a réitéré cette semaine le maire Labeaume, répétant qu’«il y a eu une élection».

Il est vrai qu’il y a eu une élection et que les résultats suggèrent qu’une majorité de citoyens sont d’accord pour un transport collectif structurant.

Mais l’argument du maire est fragile. On ne peut pas prétendre que les citoyens ont appuyé l’idée d’un tramway. Le maire a même spécifié en campagne que le projet auquel il songeait (en secret) ne serait pas un tramway. 

La donne a changé en décembre lorsque le gouvernement s’est dit prêt à financer un tramway. On peut comprendre le virage du maire. Mais on ne peut pas s’étonner que des citoyens puissent aujourd’hui se sentir floués.

L’administration Labeaume promet de consulter lorsque le projet sera mûr et de rester ouverte aux suggestions. 

C’est dans le contexte la meilleure chose à faire. De loin préférable au référendum que plusieurs réclament.

Pour beaucoup de citoyens et groupes de pression, le référendum est la quintessence de la vie démocratique. Le meilleur moyen de mesurer l’appui des citoyens et d’orienter les choix publics. 

La réalité est plus compliquée. Surtout pour le projet de tramway dont on parle aujourd’hui.

Le projet de référendum soulève plusieurs questions :

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1 Qui voterait à ce référendum? 

Les citoyens de Québec. Peut-être ceux de Lévis? Pourquoi ceux-là et pas les autres? 

La logique d’un référendum voudrait de faire voter les citoyens qui payent. Dans ce cas-ci, ce sera les deux gouvernements.

Faudrait-il appeler au vote tous les citoyens du Québec et du Canada? Ça n’aurait pas de sens.

On ne nous demande pas de voter sur le prolongement du métro de Montréal, sa ligne rose ou le train électrique. On ne vote pas pour les projets de transport sur rail à Toronto, Calgary, Ottawa ou Edmonton

On n’a pas voté sur l’amphithéâtre, la promenade de Champlain, le PEPS ou les élargissements d’autoroute. 

Je n’entends personne demander un référendum sur un troisième lien ou sur l’agrandissement du port de Québec qui auraient aussi un impact sur la vie collective.

Il y a de ces grands projets qui se prêtent mal à un référendum, ne serait-ce que parce qu’on ne sait pas à qui il faudrait donner le droit de vote. 

La seule logique à un référendum local sur un tramway serait de mesurer l’acceptabilité des citoyens aux dérangements du chantier. Voilà un enjeu qui concerne les citoyens de la région, car ce sont eux souffriront des cônes oranges et des détours de circulation.

Je le mentionne, mais je ne crois pas que ce serait une bonne idée. Il faudrait alors voter aussi sur les autres dérangements de circulation chaque fois qu’on répare une rue, un pont, un viaduc ou une autoroute. 

Aucun projet n’a de chance d’aboutir si on l’assujettit à ce genre de contrainte.

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2  Sur quoi voterait-on?

Tenir un référendum maintenant n’avancerait à rien. On ne sait pas de façon certaine où passera ce tramway, ni combien de lignes, dans quelles directions et jusqu’où.

Irait-il sur la Rive-Sud, ce qui serait le gros bon sens? À quel coût ce tramway? Pour quel niveau de service et combien d’utilisateurs potentiels? 

On ne sait rien encore de la façon dont sera déployé le reste du réseau d’autobus et autres moyens de transport collectif. 

Sans un minimum de réponses à ces questions, un référendum est inutile. Que vaudrait le résultat si on ignore à quoi les citoyens ont dit oui ou non?

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3 Comment s’assurer du meilleur projet?

Par sa nature, un référendum pousse à la confrontation. On force les acteurs et les citoyens à choisir un camp : pour ou contre le projet soumis. 

Entre le «oui» et le «non», peu de place pour débattre, pour proposer des variantes ou de nouvelles idées pouvant conduire à un meilleur projet.

Ce sont les mêmes limites qu’avec les référendums de voisinage municipaux. 

Lors de l’abandon du projet de service rapide par bus (SRB), l’hiver dernier, le maire de Lévis puis celui de Québec ont évoqué un manque d’acceptabilité sociale. 

On se souvient de tous les doutes et critiques publiques sur l’utilité du projet, ses coûts, les choix de tracés, les quartiers laissés-pour-compte, etc. 

Pour obtenir une meilleure acceptabilité sociale avec le tramway qu’avec le SRB, il faut tenir compte de ces critiques. De celles déjà entendues et des autres qui ne manqueront pas de surgir dès que le projet deviendra plus concret. 

Plus on saura y répondre et trouver des solutions, meilleure sera l’adhésion au projet. 

Le contexte polarisé d’un référendum n’est pas le meilleur moyen d’y arriver. Encore moins avec les élections qui s’en viennent. 

D’où l’intérêt de consultations publiques, et peut-être de sondages qui cibleraient des enjeux particuliers du projet. L’objectif doit être d’aboutir au meilleur projet possible; pas au meilleur spectacle politique possible.

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En obligeant tout le monde à prendre un pas de recul et à se remettre en question, le psychodrame du SRB aura permis de mettre sur rail un projet plus ambitieux et qui s’annonce meilleur que celui laissé sur la table.

Ça commence avec le choix du rail, connu pour être plus structurant que l’autobus et plus attirant pour de nouveaux voyageurs.

On a beaucoup dénoncé le maire Lehouillier pour sa volte-face de l’hiver dernier sur le SRB, mais on finira peut-être par l’en remercier un jour.

Il n’y a encore rien d’officiel, mais les promesses et informations qui filtrent sur le nouveau projet font espérer une desserte plus large des banlieues.

On a cru comprendre que la ligne menant à la Colline parlementaire devrait emprunter le corridor achalandé de la haute-ville, plutôt que le secteur décousu du boulevard Charest (projet SRB) à l’ouest de Marie-de-l’Incarnation.

C’était un des reproches importants au projet de SRB, même chez ceux qui y étaient favorables. 

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La principale inconnue (et inquiétude) reste la Rive-Sud. Le maire Labeaume continue de s’y opposer par rancœur personnelle contre le maire de Lévis. 

Il serait cependant invraisemblable qu’un réseau structurant ne traverse pas le fleuve.

Quitte à s’arrêter pas très loin de l’autre côté, au chemin du Sault (secteur Saint-Romuald) et/ou sur la route des Rivières (Saint-Rédempteur) par exemple. Idéalement aux deux endroits.

Un peu sur le modèle du métro de Montréal qui a un ancrage à Longueuil. 

Pour le reste, encore beaucoup de questions sur le futur projet. Des questions auxquelles on peut difficilement imaginer répondre par un «oui» ou par un «non».