Les funérailles de Mgr Maurice Couture ont été célébrées lundi après-midi à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.

Mgr Couture: le pasteur subversif

CHRONIQUE / Beaucoup de témoignages ces derniers jours et aux funérailles pour dire le sens du «partage» et le dévouement de Mgr Maurice Couture envers les démunis et les exclus.

Ce pasteur avait une «passion singulière pour la promotion de l’humain», a bien résumé Jacques Côté, qui fut pendant huit ans son attaché de presse et son secrétaire privé.

Son engagement social, empreint de gentillesse et d’humilité, explique sans doute cette basilique remplie de dignitaires et de quidams venus le saluer une dernière fois. 

Mais ce dont j’aimerais me souvenir particulièrement, c’est de son esprit libre et ouvert, animé par un profond sens démocratique. 

Un esprit «subversif» allais-je dire, en ce qu’il représentait une menace à l’ordre établi et aux valeurs reçues.

Le mot est peut-être un peu fort pour cet homme qui ne cherchait pas la confrontation. Disons «progressiste», si vous préférez. C’est plus sobre et ça lui sied mieux peut-être.

«Un progressiste délicat, mais trop peu délicat pour certaines oreilles», se souvient M.Côté. 

L’histoire commence en 1990. Maurice Couture est nommé archevêque de Québec et convoque une grande consultation publique qui durera trois ans (synode). Qu’aimeriez-vous garder dans la tradition de l’Église et qu’est-ce qui pourrait changer, demande-t-il aux fidèles. Il s’engage à transmettre à Rome les résultats. 

Plusieurs des 400 propositions soumises sont audacieuses : célibat des prêtres, ordination des femmes, place des divorcés dans l’Église, bioéthique, rituels autour de la mort, etc.

Mgr Couture n’endossait pas nécessairement tout ça, mais «il endossait la prise de parole qu’il avait demandée», rapporte M. Côté. 

«Certains aspects n’étaient pas bienvenus dans la discussion à Rome», a perçu M. Côté, mais Mgr Couture a respecté son engagement, «quelles qu’en aient été les conséquences par la suite».

Une de ces conséquences fut sans doute de ne pas avoir été nommé cardinal. «Une hypothèse très délicate à faire», mais M. Côté est de ceux qui pensent que «cela a pu nuire».

Depuis 1870, tous les évêques de Québec ont été promus cardinaux, le dernier en date étant Gérald Cyprien Lacroix en 2014.

Tous sauf Mgr Couture, qui reste l’exception.

Explication officielle? Le pape Jean-Paul II voulait nommer davantage de cardinaux en Afrique et en Amérique du Sud où l’Église était en pleine croissance.

Il voulait aussi des évêques conservateurs plutôt que des progressistes, ce qui accrédite la thèse voulant que Mgr Couture ait été victime de ses prises de position.

Lui s’en amusait. «Les gens le taquinaient là-dessus. Il prenait toujours ça avec un énorme sourire. Une vieille histoire», dit M. Côté.

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Cette ouverture d’esprit ne se limitait pas aux pratiques de l’Église. Il fut un «critique éclairé de nos pratiques sociales». 

Il fut avant l’heure, un apôtre de la tolérance et du respect des différences. 

Eut-il été nommé évêque de Québec aujourd’hui, il aurait probablement trouvé auprès du nouveau pape, une meilleure écoute qu’à l’époque.   

«La pauvreté, c’est une sorte d’apartheid social», avait-il osé dire un jour. Il avait pesé ses mots, mais le premier ministre Lucien Bouchard en avait été irrité. Ça ne lui prenait pas grand-chose, il faut dire.

Jusqu’à ses 91 ans, il aura eu un regard critique sur la politique, note M. Côté, qui le visitait encore toutes les semaines. Le dernier dimanche, le pasteur humaniste s’étonnait encore : «Comment un peuple comme les Américains ont-ils pu élire un personnage comme Donald Trump?»