Le maire de Lévis Gilles Lehouillier

Lévis dernière de classe

CHRONIQUE / Lévis traîne parmi les dernières de classe des neuf grandes villes du Québec pour le transport en commun.
En proportion de sa population et de sa richesse foncière, Lévis a par exemple dépensé la moitié moins que Québec en 2015 pour le transport en commun. 
Les rapports financiers du ministère des Affaires municipales montrent que de façon générale, Lévis est parmi les grandes villes qui dépensent le moins pour le transport en commun et pour les services à la population.
Le maire Gilles Lehouiller en avait d'ailleurs pris prétexte au budget de l'automne dernier pour justifier une petite hausse de taxes. Il avait alors rappelé que Lévis était «déjà au plus bas» pour les services à la population et qu'un gel de taxes l'aurait forcé à couper dans ces services. 
La comparaison des TGTU (taux global de taxation uniformisé) des villes de plus de 100 000 habitants montre que Lévis était en 2015 la moins taxée au Québec.
Plusieurs verront dans ce championnat des basses taxes une preuve de bonne administration. Il faut plutôt y voir le résultat d'un choix politique: taxer moins et offrir moins.
Le budget d'opération de la Société de Transport de Lévis était de 26 M $ en 2015. Il est prévu le hausser de 4 % par an d'ici 2024, mais il en faudrait bien davantage pour rejoindre le groupe des villes qui offrent un véritable choix de transport à leurs citoyens.
Quant aux efforts d'immobilisations, les rapports du Ministère indiquent que Lévis a investi 150 550 $ pour l'achat d'autobus en 2015. 
C'est 10 fois moins que Trois-Rivières (seconde au bas de l'échelle), 20 fois moins que Saguenay et 50 fois moins que Sherbrooke, dont les tailles sont pourtant comparables.
Il serait hasardeux d'en tirer des conclusions. Les échéances de renouvellement des flottes d'autobus ne tombent pas en même temps dans toutes les villes. Mais cela s'ajoute aux autres indicateurs qui pointent tous dans la même direction.
Le maire Gilles Lehouiller a invoqué ces dernières semaines un manque de moyens financiers pour larguer le projet de SRB (Service Rapide par Bus). 
Peut-être la ligne projetée jusqu'au siège de Desjardins était-elle en effet au-dessus des moyens de la ville, qui aurait dû en assumer les coûts d'opération annuels et les aménagements urbains périphériques. 
M. Lehouiller avait envoyé les premiers signaux à cet effet dans des discussions internes, à la fin de l'automne dernier, puis à nouveau au débit de l'année.
Mais il envoyait en même temps des messages contradictoires. Jusqu'au 7 avril, il réclamait encore dans les réunions de travail du SRB un «tracé complet». 
Dix jours plus tard, il larguait le SRB. 
Face aux vents contraires, il s'est écrasé. Une décision politique davantage qu'une décision financière.
Car il y avait des compromis possibles pour limiter les coûts. Réduire par exemple la longueur de la ligne de SRB ou l'aménager autrement pour éviter d'avoir à déplacer les infrastructures sous la voie. Ces compromis ont d'ailleurs été mis sur la table au cours des dernières semaines pour tenter de sauver le projet, mais ce fut peine perdue. 
M. Lehouiller assure vouloir continuer quand même à améliorer le service de transport en commun. Tant mieux. Mais il aurait eu les moyens de faire plus. 
Sans opposition menaçante et fort de plusieurs belles réalisations au cours du mandat qui s'achève, il aurait été en position de résister davantage aux vents contraire. 
Sa ville n'est pas surtaxée par rapport aux autres grandes villes. Il aurait pu prendre le leadership d'un virage qui aurait sorti Lévis de sa médiocrité sur le transport en commun et l'aurait menée parmi les meilleures du développement durable, comme il aime le faire croire. 
À l'approche des élections, il a eu peur. Il a préféré les mirages d'un troisième lien et la sécurité du train train des autobus et du championnat des basses taxes.