Difficile de blâmer les candidats à l’élection partielle dans le district Lebourgneuf de chercher une solution au goulot de circulation à l’angle Lebourneuf–Robert-Bourassa. Pour les parents, travailleurs et étudiants coincés dans le trafic chaque matin et chaque soir, ce n’est pas drôle.

Les lignes de «coke»

CHRONIQUE / Cette idée d’un tunnel ou de nouvelles voies d’autoroute pour soulager le trafic à l’intersection Lebourgneuf–Robert-Bourrassa ferait un bon sujet pour la prochaine vidéo de la députée Catherine Dorion de Québec solidaire.

Dans un document devenu viral, celle-ci a comparé la semaine dernière le projet de troisième lien à une «ligne de coke» pour illustrer la dépendance à l’automobile. La comparaison tient pour d’autres projets autoroutiers.

«Une première ligne pour être moins saoul et avoir de l’énergie. Sauf qu’une heure après, qu’est-ce qui arrive? Il te faut une autre ligne de coke», décrivait la députée.

Pareil avec les voies d’autoroute, laissait-elle entendre. On pense qu’il suffira d’une ligne pour régler la congestion, pour découvrir ensuite qu’il en faudra une autre, puis une autre encore.

Cette image, provocatrice mais forte de sens, va rester. On ne pourra plus parler de troisième lien et d’autoroutes sans penser à la cocaïne. Comme on dit en communication, c’est une bonne ligne.

Cette vidéo a beaucoup fait réagir et a valu à la députée des messages hostiles et haineux. Les médias sociaux ne cessent d’étonner. Et de décevoir. Ces attaques sur la personne n’apportent rien au débat et n’ont pas leur place. 

Que la députée possède une voiture sport utilitaire qui peut sembler incompatible avec les valeurs qu’elle défend ne justifie pas davantage ces messages haineux. 

Ce n’est pas un crime d’avoir une voiture. Et si contradiction il y a, la députée vivra avec et assumera ses choix. Comme ces artistes et vedettes signataires du Pacte pour la transition écologique qui roulent en gros char, prennent l’avion ou la fusée et achètent des produits suremballés.

Cela dit, j’ai mes réserves sur le style de la députée. On apprécie qu’elle ne parle pas la langue de bois, mais je trouve certains de ses choix puérils et contre-productifs pour quelqu’un qui souhaite faire réfléchir. 

Lorsqu’elle invite par exemple des participants à un colloque en Espagne à répéter béatement devant sa caméra : «Le troisième lien, c’est de la marde; le troisième lien, ça va être laite, etc.», et diffuse ensuite la vidéo.

Ça amuse peut-être ses amis et ses militants, mais ça n’apporte pas grand-chose d’utile.

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La sortie publique de l’UPA (Union des producteurs agricoles) contre le troisième lien risque d’avoir davantage d’impact.

L’UPA dit s’inquiéter de la pression du développement sur les terres agricoles de la Rive-Sud de Québec. 

Cela nous échappe parfois si on habite en ville, mais l’UPA n’est pas un joueur anodin dans les débats publics. C’est depuis des décennies un des plus puissants lobbies au Québec (avec celui des médecins) et sa voix porte.

La réaction n’a d’ailleurs pas tardé. Le nouveau ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, s’est dit «certainement» préoccupé par la question. Si troisième lien il y a, il faudra le faire «selon les règles» qui protègent les terres agricoles, a-t-il prévenu. Histoire à suivre.

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Difficile de blâmer les candidats à l’élection partielle dans le district Lebourgneuf de chercher une solution au goulot de circulation à l’angle Lebourneuf–Robert-Bourassa. Pour les parents, travailleurs et étudiants coincés dans le trafic chaque matin et chaque soir, ce n’est pas drôle.

Équipe Labeaume propose un tunnel sous le boulevard Lebourgneuf; Québec 21 d’ajouter des voies sur Robert-Bourassa.

Ces solutions «autoroutières» visent à faciliter l’entrée en ville en auto.

C’est peut-être un bon choix politique à court terme, mais il faut être capable de voir aussi les impacts à long terme. Si ça devient facile de passer, ne risque-t-on pas de se retrouver avec plus de voitures encore qui arriveront des quartiers nord? Ne risque-t-on pas de simplement déplacer les bouchons un peu plus loin, jusqu’au jour où on réclamera une nouvelle ligne de coke pour prolonger la nuit? Puis une autre...

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On aimerait tous un métro pour Québec. À part le coût, il n’y aurait que des avantages : vitesse et fiabilité à l’abri des intempéries; grande capacité; longévité; moins de dérangement qu’un tramway pendant la construction et après, etc.

J’ai donc jeté un œil intéressé sur les plans de métro et les tableaux que fait circuler depuis quelques semaines le Collectif j’y vais en métro. Vous trouverez facilement le site dans Internet. 

Pour 3,3 milliards $, l’ingénieur de Saint-Augustin Robert Vandewinkel croit possible de construire une ligne de métro de 16 km sur la Rive-Nord entre Charlesbourg et Sainte-Foy via la Colline parlementaire et une autre de 3,7 km entre la gare du Palais et Desjardins à Lévis. S’ajoutent 30 km de trambus dont une ligne vers Saint-Romuald ainsi que des Métrobus.

On pourrait débattre longtemps du choix des tracés et des arrêts.

Pourquoi une ligne vers Desjardins alors que le gros volume des déplacements actuels entre Lévis et Québec est dans l’ouest? 

Pourquoi aucune ligne structurante dans l’axe est-ouest à Lévis? Pourquoi arrêter le métro à Quatre-Bourgeois plutôt qu’à Marly ou à Legendre, comme dans le projet actuel de tramway?

Mais ce que j’ai surtout envie de dire concerne moins les trajets qu’une méfiance générale pour tous ces projets, aussi sympathiques soient-ils, qui semblent avoir été élaborés par une seule personne sur un coin de table dans un sous-sol.

Dans ce cas-ci, le nom de l’auteur Vandewinkel est le seul à apparaître sur la page Web de son bureau d’ingénieur et son CV ne montre aucune expertise en transport public. 

Le projet n’a pas été présenté aux audiences publiques sur le réseau structurant ni diffusé largement. Ça ne veut pas dire que toutes les idées qu’on y énonce soient mauvaises. Seulement qu’on est plus proche d’une ligne de rêve que d’une ligne de métro. 

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Je me suis replongé pour le plaisir dans le rapport Vandry de 1969 qui décrivait les projets d’autoroutes à venir à Québec. 

C’est à donner le vertige. 

Un troisième pont sur le fleuve au-dessus du port de Québec, de nouveaux ponts sur la Saint-Charles, cinq nouvelles autoroutes pour répondre aux «tendances majeures» de la circulation, etc.

Si on y avait donné suite, une autoroute longerait aujourd’hui la Saint-Charles et une autre traverserait la ville d’est en ouest en suivant la falaise avec une sortie à Bourlamaque et une autre à Dufferin. 

Le rapport Vandry ne parlait pas de «lignes de coke», mais de «lignes de désir exprimées» par les automobilistes. Les temps ont changé. Mais pas tant que ça.