Au conseil municipal, lundi soir, le maire Régis Labeaume a dressé une liste convaincante de projets d’investissement retardés dans des districts détenus par des élus de son équipe.

Les «choix politiques» du maire Labeaume

CHRONIQUE / L’opposition reproche à l’administration Labeaume des «choix politiques» favorisant les districts de son équipe au détriment des autres.

Ils en veulent pour preuve la mise à l’écart de projets annoncés dans des districts de l’opposition (jeux d’eau à Loretteville et aréna à Beauport) pour privilégier une piscine «tombée du ciel» dans un district du pouvoir (Vanier). 

Au premier regard, la manœuvre semble en effet suspecte. 

Le projet dans Loretteville a par exemple été inscrit au Programme triennal d’immobilisations (PTI) à l’époque où Raymond Dion siégeait avec Équipe Labeaume. 

Il en fut retiré cet automne, après que M. Dion ait choisi de devenir indépendant. Une coïncidence pour laquelle il est difficile d’en vouloir à l’opposition de soupçonner la partisanerie politique. 

Surtout que le maire Régis Labeaume nourrit lui-même cette perception par ses appels insistants à voter pour le pouvoir. Encore le mois dernier, lors de l’élection partielle dans Lebourgneuf.

Les électeurs n’y ont pas cru, mais l’intention était claire : vous serez mieux servis en votant du bon bord.

Au lendemain de l’élection, M. Labeaume a fait amende honorable. 

Il a dit vouloir réaliser tous les projets promis en campagne dans Lebourgneuf, même si le district venait de lui tourner le dos. «Je suis le maire de tout monde», s’est-il alors souvenu.

Les districts détenus par l’opposition reçoivent-ils leur juste part des services et des investissements de l’administration municipale?

La question est sans doute pertinente, mais la réponse risque de décevoir ceux qui croient au complot. Voici pourquoi.

***

1- Au conseil municipal, lundi soir, le maire Labeaume a dressé une liste convaincante de projets d’investissement retardés dans des districts détenus par des élus de son équipe : pataugeoire au parc Myrand, terrain de baseball à Sainte-Geneviève, tennis Saint-Yves, parc Marcoux, parc de la Pointe-aux-Lièvres, pumptrack au parc Dollard-des-Ormeaux, stationnement et tennis au parc Victoria, pataugeoire Roland-Beaudin, parc Cambert, lacs Laberge à la base de plein air de Sainte-Foy, piste et surface au parc du Collège des Compagnons, etc.

Ces projets n’étaient pas (pour la plupart) inscrits au PTI, ce qui est une nuance importante, direz-vous. Mais PTI ou pas, les conseillers des districts concernés ont dû être déçus que «leur» projet soit repoussé ou tarde à apparaître au PTI. Comme le sont les élus d’opposition pour les projets mentionnés ci-haut.

Chaque année, des projets entrent et sortent du PTI, au gré des priorités ou impondérables du moment. Il n’est pas exclu que ce puisse être parfois pour des raisons partisanes, mais il est difficile d’y voir un système organisé.

***

2- Seule «une» job de moine permettrait de mesurer la part précise des 1,9 milliard $ du PTI allant à chaque district de la Ville.

Les fiches techniques décrivant les projets ne font pas mention du district et visent souvent des enveloppes globales. Par exemple : mise à niveaux des terrains de basket-ball, chauffage des piscines extérieures, etc.

Il faudrait pouvoir examiner chacune de ces enveloppes administrées par différents services de la ville pour identifier les lieux précis qui profiteront de l’investissement. Une job de moine, je vous dis.

Le maire a fait valoir au Conseil que l’arrondissement de Beauport (où l’opposition est en majorité) avait reçu sa large part d’investissements ces dernières années. Plus que d’autres peut-être. C’est possible. Comme il est possible qu’un échantillon pris une autre année donne des résultats différents. 

 ***

3- L’opposition s’en désole, mais les projets d’immobilisations sont toujours des choix politiques. À part peut-être les urgences d’ingénierie ou de voirie qui ne laissent guère le choix d’intervenir. Ou les obligations légales, comme celle de recycler les déchets putrescibles.

Pour le reste, il y a des arbitrages à faire entre les projets et les districts en fonction de ses valeurs, engagements électoraux et de sa vision.

Dans les années 1990, j’ai souvenir que les districts du nord de l’ancienne Ville de Québec se plaignaient d’être délaissés au profit du centre-ville. 

Saint-Roch était alors aux soins intensifs et recevait plus d’attention que d’autres. Ça n’avait rien à voir avec les orientations partisanes des élus locaux. C’était un choix politique dans le sens noble du terme.

Comme aujourd’hui, celui d’une piscine dans un quartier (relativement) défavorisé comme Vanier, plutôt que des jeux d’eau dans Loretteville ou dans Sainte-Foy. C’est un choix politique et social tout à fait compréhensible. 

***

Il y a une grande différence entre dire aux électeurs : “Votez pour le pouvoir” et “Votez pour notre vision de la ville”. 

L’argument du pouvoir relève d’une partisanerie détestable; celui de la vision relève de «choix politiques» légitimes et essentiels à la vie démocratique. À quoi servirait de voter s’il n’y avait pas cette possibilité d’un choix entre des visions différentes.

Le danger est de (trop) mêler partisanerie et politique. C’est là que les messages s’embrouillent et le soupçon s’installe.