La candidate dans Taschereau, Diane Lavallée, lors du dévoilement de la plate-forme régionale du Parti québécois en transport

L’enfant sage de la classe

CHRONIQUE / Depuis la galerie du Manoir Montmorency, le regard plonge vers le fleuve, les pentes verdoyantes de l’île d’Orléans et son pont fatigué.

Les candidats du Parti québécois (PQ) de la rive nord serrent les rangs pour la photo. Une belle image pour le début de la «vraie campagne».

Le ciel sans nuage ne fait cependant pas illusion. Depuis 20 ans, le PQ peine à trouver sa place dans la capitale et ce ne sera pas plus facile cet automne.

Cette vue, spectaculaire, contraste avec la vision sobre du PQ dans cette campagne.

Pas de surenchère de promesses et de programmes racoleurs à coups de milliards. Pas (trop) de populisme facile. À ce jour, le PQ est à Québec comme au «national» : l’enfant raisonnable dans une classe d’excités. 

Le PQ n’est pas entré dans la course effrénée à un troisième lien, préférant attendre les conclusions du bureau de projet. «On ne sait même pas s’il en faut un», rappelle Diane Lavallée, candidate dans Taschereau et porte-parole régionale. 

En attendant, le PQ préfère travailler au tramway et au réseau structurant qu’il veut raccorder à la rive sud. Ça semble plein de bon sens.

Sa principale audace pour le transport est d’évoquer un banc d’essai de taxi collectif pour le jour où des voitures pourront rouler sans conducteur. 

Je laisse les rêveurs rêver. Pour ma part, je ne m’y risquerai que le jour où il n’y aura plus jamais de bogue dans mon ordinateur ou mon cellulaire.

Depuis l’an dernier, le PQ a affiné son message sur les transports pour Québec. Il a abandonné par exemple l’idée de faire participer la Ville de Québec au financement du tramway.

Le chef Jean-François Lisée avait lancé l’idée au sortir d’un lunch à la Chambre de commerce en mars 2017. On craignait manquer d’argent pour le projet.

S’inspirant du modèle du train électrique de Montréal (REM), M. Lisée avait suggéré de capter la plus-value foncière dans les corridors SRB/tramway.

«S’il y a de l’argent qui pousse dans les villes grâce au SRB, j’aimerais ça qu’on se le partage.»

Il est depuis acquis que les gouvernements paieront la totalité du projet. 

***

Lors de ce même point de presse, M. Lisée avait pourfendu le Canadien National pour sa «mauvaise volonté» à repeindre le pont de Québec. «Que le CN paie pour son pont», insistait-il alors.

Le PQ a depuis changé de cible et renoué avec son fonds de commerce traditionnel : la faute à Ottawa.

«Le fédéral a commis une erreur [en cédant le pont au privé], il doit payer pour son erreur historique», plaide aujourd’hui le PQ. C’est aussi l’avis général à Québec. 

Le PQ profiterait du timing des élections fédérales de 2019 pour mobiliser la machine et faire pression sur les libéraux fédéraux qui avaient promis en 2015 de s’occuper du pont.

C’est bien beau, mais comment le PQ pourrait-il faire mieux que les autres pour faire payer le fédéral? ai-je demandé à la députée sortante Agnès Maltais. Elle avait sa thèse : 

Les libéraux ont eu une «attitude molle» et «n’aiment pas les chicanes avec le fédéral»; François Legault serait mal placé, ayant déjà évoqué la démolition du pont de Québec avant de se raviser devant le tollé. Pas très convaincu encore.

 ***

«On a juste des paroles verbales», avait déploré M. Lisée qui avait hâte, au printemps 2017, à un «vrai bureau de projet» du troisième lien pouvant livrer de «vraies études». On en est au même point aujourd’hui. Beaucoup de «paroles verbales» pour peu de faits avérés. Aussi bien vous y faire. La vraie campagne commence. On y entendra beaucoup de paroles verbales.