Le suspense à la mairie de Québec n’aura duré que cinq minutes. Le temps d’ouvrir les premières boîtes. Régis Labeaume à 55 %.

Le virage à droite

CHRONIQUE / La victoire du maire Labeaume avec 55 % d’appuis est impressionnante après 10 ans de pouvoir et face à deux groupes d’opposition organisés.

La donne vient cependant de changer. Il n’y aura toujours qu’une petite poignée de conseillers d’opposition, mais l’émergence de Québec 21, avec l’élection de son chef Jean-François Gosselin (Sainte-­Thérèse) et de Stevens Melançon (Montmorency–­Seigneurial), annonce des jours plus animés.

Le débat sur le transport en commun structurant et le troisième lien vient d’être relancé. M. Gosselin, qui a fait campagne en se disant fort en chiffres, va cependant devoir commencer sa carrière municipale par un recomptage, la majorité de sa colistière Nancy Piuze étant de moins de 70 voix. 

Il y a longtemps qu’on s’interrogeait sur le poids politique des radios privées de Québec, dont la vision se retrouvait dans la proposition de Québec 21.

Cette vision, que j’avais baptisée la «droite-auto» en début de la campagne, obtient plus de 27 % des votes à la mairie et arrive deuxième dans presque tous les districts, sauf en haute ville. Ce n’est pas (encore) le courant majoritaire à Québec, mais c’est très significatif.

Le maire Labeaume, qui n’avait jusqu’à maintenant qu’à garder un œil distrait sur le rétroviseur de gauche, devra désormais se concentrer sur celui de droite. Mme Guérette n’a pas décidé encore si elle prendra le siège de son colistier Jean Rousseau, élu dans Cap-aux-Diamants. 

Le constat est cependant fatal : son message ne passe pas. Pas que ce soit un si mauvais message, mais elle est allée au bout de ce qu’elle pouvait pour le porter. 

Mme Guérette avait eu cette formule pour stigmatiser ses adversaires lors des débats : le choix entre «la ville d’un seul homme» (Labeaume) et «l’homme d’une seule idée» (Jean-François Gosselin). 

La réalité, implacable, est qu’elle dirige désormais le parti d’un seul élu et peut-être, celui d’une femme seule.

Le suspense à la mairie de Québec n’aura duré que cinq minutes. Le temps d’ouvrir les premières boîtes. Labeaume à 55 %. On pouvait fermer les livres. 

C’est de l’autre bout de la 20 qu’est venu l’invraisemblable. Denis Coderre battu par Valérie Plante. Le dernier sondage l’avait laissé entrevoir, mais la surprise demeure. 

M. Coderre, qui a formé avec le maire Labeaume un redoutable duo pour plaider la cause des villes auprès du gouvernement, avait pourtant l’appui de l’establishment de Montréal. 

Plusieurs parallèles intéressants entre les élections à Québec et Montréal, où les principaux enjeux étaient pratiquement les mêmes : la congestion routière et l’arrogance du maire sortant.

M. Coderre et Labeaume s’entendaient comme larrons en foire, autoritaires et sûrs d’eux. Devant eux, deux partis dirigés par des femmes qui incarnaient les valeurs les plus progressistes en matière d’urbanisme et de démocratie, mais dont les points de vue, parfois extrêmes, pouvaient inquiéter.

Les Montréalais ont choisi cette vision audacieuse. Québec a fait le choix contraire, répudiant l’idée (ou la candidate) de la gauche, et lui préférant la voie du maire Labeaume, plus au centre, et pas très loin derrière, l’idée d’une certaine droite.