Après son école primaire publique, sa SAQ, son épicerie, deux de ses pharmacies et autres institutions locales, le vieux quartier perdra aussi sa caisse. Une sorte de symbole.

Le Vieux-Québec passe au guichet

CHRONIQUE / Plusieurs ont vu dans la fermeture récente de quelques restaurants du Vieux-Port et dans celle annoncée de la caisse populaire de la rue des Jardins un nouveau signe de dévitalisation du Vieux-Québec.

Après son école primaire publique (partie il y a longtemps), sa SAQ, son épicerie, deux de ses pharmacies et autres institutions locales, le vieux quartier perdra aussi sa caisse. Une sorte de symbole.

Le maire Régis Labeaume et le conseiller indépendant Jean Rousseau ont dénoncé cette fermeture et n’ont pas baissé les bras.

La caisse insiste cependant qu’il n’y a plus assez d’utilisateurs pour y justifier un comptoir de service. Ses chiffres sont assez convaincants.

Ce n’est pas que le quartier va mal, mais les habitudes de consommation et les façons de faire ses transactions bancaires ont changé. On ne va plus comme avant au comptoir de la caisse et pas davantage à celui du Vieux-Québec qu’à ceux d’autres villages et quartiers.

La fermeture compliquera la vie à des commerçants qui allaient encore y déposer ou chercher des rouleaux de monnaie. Mais si des centres commerciaux réussissent à distribuer de la monnaie à leurs commerçants, il doit bien y avoir moyen d’imaginer quelque chose dans le Vieux-Québec. 

Le cas de personnes âgées ou démunies peu à l’aise avec les guichets automatiques ou n’ayant pas de téléphone intelligent ou d’ordinateur pour transiger à distance est plus délicat.

Pour celles-là, même si elles sont peu nombreuses, un guichet de caisse populaire pour encaisser son chèque peut sembler un service presque essentiel. 

Cela place le Mouvement Desjardins un peu en porte à faux avec ses valeurs fondatrices de solidarité et de vie communautaire. Il vivra le cas échéant avec ses contradictions.

La vitalité et le charme du Vieux-Québec tiennent à un fragile équilibre entre les fonctions touristiques et résidentielles. Pour que le quartier reste vivant, les résidents doivent pouvoir y trouver une diversité de services de proximité. 

La caisse contribuait à cette diversité, mais n’y est pas aussi essentielle qu’un dépanneur, une épicerie ou une pharmacie. Les espaces publics, places et lieux de rassemblement font aussi partie des services de proximité, rappelle le conseiller Rousseau. 

Le Vieux-Québec se remettra du départ de la caisse. Comme il se remettra de la fermeture de quelques restaurants du Vieux-Port. 

Il ne faut pas y voir là non plus un signe de déclin, mais au contraire, d’une grande vitalité économique qui a fini par essouffler des propriétaires qui peinent à trouver de la main-d’œuvre. 

Certains ont choisi de fermer boutique. D’autres de vendre. Cela peut décevoir les habitués, mais il n’y a pas d’impact sur la qualité de vie dans ce quartier où l’offre de restauration est aussi abondante. 

Il est dans l’ordre des choses que des restaurants ferment et que d’autres prennent la place, souvent avec des décors, des concepts et une énergie renouvelés. Ce sera le cas par exemple au bistro Le Brigantin, rue Sault-au-Matelot, fermé depuis le début du mois et qui sera relancé sous peu par un nouveau propriétaire. 

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La fermeture annoncée du Marché du Vieux-Port reste à court terme la principale menace à la qualité de vie du Vieux-Québec. Plus significative que le départ de la Caisse et les roulements dans la restauration.

Cette perte sera heureusement compensée par la venue de halles d’alimentation à l’îlot Charlevoix, dans la côte du Palais. Le projet, relativement modeste lors de l’annonce initiale de l’automne dernier, a depuis pris beaucoup d’ampleur, rapporte le promoteur. Il débordera du site initialement prévu. 

On y retrouvera des services de boucherie, de poissonnerie, de boulangerie, d’épicerie, etc., dans une galerie marchande. Il y aura aussi des logements aux étages supérieurs. Les détails du nouveau projet seront dévoilés la semaine prochaine. 

C’est probablement la meilleure nouvelle depuis longtemps pour les services de proximité dans le Vieux-Québec. Il faudra cependant un peu de patience, car la livraison du projet prendra deux à trois ans. 

Reste l’épée de Damoclès de L’Hôtel-Dieu et du départ de ses quelques milliers de travailleurs (plus les visiteurs). L’impact sur les commerces du quartier sera considérable, sans parler de l’accès aux services de santé pour les résidents du Vieux-Québec. 

La transformation des 22 immeubles du complexe hospitalier est le principal défi qui attend le Vieux-Québec au cours de la prochaine décennie. L’équilibre et la santé du quartier vont en dépendre.