La venue d'un Club Med pourrait aider à inscrire le Massif dans des circuits internationaux.

Le risque d'un Club Med au Massif

CHRONIQUE / Quel engagement le Club Med est-il prêt à prendre pour justifier une aide publique au projet d'hôtel de 120 M$ au Massif de Petite-Rivière-Saint-François?
C'est la grande question à laquelle le gouvernement du Québec refuse pour l'instant de répondre. 
Une des questions, devrais-je dire, car il y en a d'autres. Comme de connaître l'ampleur de l'aide publique envisagée pour ce projet à haut risque.
La ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a confirmé il y a quelques semaines que le gouvernement a fait une offre au Massif. La ministre a alors refusé de donner des détails du montage financier. 
Son cabinet maintient la consigne du silence. La députée libérale de Charlevoix, Caroline Simard, qui était ce printemps beaucoup plus volubile, a aussi décliné notre demande d'entretien. 
On a compris qu'un projet de Club Med au Massif ne peut se réaliser sans aide publique. 
Aucun investisseur privé n'est prêt à en prendre le risque. Si c'était le cas, le projet aurait déjà été mis en chantier.
Il faudra que ce projet «respecte la capacité de payer du Québec», a prévenu la ministre Anglade lors d'un entretien au Soleil il y a quelques semaines.
Ça nous fait une belle jambe. À quoi mesure-t-on cette capacité de payer des Québécois? 
Ce qui est en jeu, ce n'est pas tant la capacité de payer que la capacité politique de défendre le projet et d'en démontrer le bénéfice collectif.
Il faut une certitude (ou une forte probabilité) qu'un Club Med amènera de l'argent touristique neuf dans Charlevoix, à Québec ou au Québec. 
Le Club Med est-il prêt à garantir cet achalandage? Pendant combien d'années? S'il ne livre pas les résultats promis, lui exigera-t-on des dédommagements? 
Il est raisonnable d'imaginer qu'un Club Med au Massif puisse profiter d'un effet de nouveauté. Mais que se passera-t-il lorsque la curiosité va s'essouffler? 
Si le Club Med plie bagage après quelques années, à quoi aura servi l'argent public, sinon à construire un éléphant blanc?
Pour sa part, Investissement Québec, qui détient 29 % des actions du Massif (une valeur de 35 M$) ne s'est «pas encore positionné».
«Si on réinvestit [dans le projet d'hôtel], on va demander des garanties au Club Med», assure la porte-parole Chantal Corbeil. Ce pourrait être des garanties sur les actifs, par exemple. 
«C'est certain que ça représente un risque», convient Mme Corbeil. Mais ainsi en est-il de beaucoup d'autres projets.
Le gouvernement fédéral est aussi sollicité, mais n'a pas encore statué. 
J'ai beaucoup d'attachement à Charlevoix, à ses paysages, ses tables, son rythme et son goût pour l'art. 
Je ne suis pas un skieur, mais je peux aussi comprendre le spectacle des pentes qui plongent vers la mer. On aimerait que le Massif soit un succès dont tous pourraient profiter.
Mais la réalité est que malgré ses attraits, le Massif a aussi ses limites. 
Il est plus isolé de la ville et des services qu'un Mont-Sainte-Anne ou un Tremblant. 
Le retard (l'échec?) des projets immobiliers au pied des pentes a eu pour conséquence l'absence de vie et de services. À moins que ce soit le contraire et que l'absence de services explique l'absence d'immobilier. De toute façon, le résultat est aujourd'hui le même.
Le projet d'hôtel Club Med revient dans un contexte où le ski est sur la pente descendante. 
Le sport coûte cher et les jeunes sont moins fidèles que les générations précédentes. Ils cherchent, dans le ski comme dans le reste, la diversité des «expériences» et leur planète est plus grande que celle de leurs aînés. Le golf souffre pour les mêmes raisons. 
Des stations de renom offrent aujourd'hui des abonnements valables sur plusieurs montagnes du monde. C'est à cette concurrence que doit faire face le Massif, dont l'offre de ski est minimale par rapport à d'autres.
La venue d'un Club Med pourrait aider à inscrire le Massif dans des circuits internationaux. Surtout que 55 % de sa clientèle est française et probablement sensible à la culture du Québec.
Mais le Massif n'a pas le monopole des beaux paysages. Et de quoi vivrait l'hôtel entre les hivers? Les couleurs d'automne et le fleuve peuvent-ils suffire? Et les mouches en montagne? 
Rien de cela n'est un empêchement au projet Club Med, mais cela doit être considéré dans l'évaluation du risque, espère-t-on. 
Avant d'investir dans un hôtel au Massif, le bon sens voudrait que le gouvernement prenne en compte l'ensemble des dépenses publiques nécessaires et en informe les citoyens.
On sait déjà que les routes d'accès, celle du sommet et celle vers le pied de la montagne, devront être refaites pour servir un gros hôtel et/ou un projet immobilier.
Cela s'ajoute aux 15 M$ déjà injectés dans l'aqueduc et l'égout de Petite-Rivière-Saint-François; aux 65 M$ pour un lien ferroviaire (abandonné en partie), des gares sous-utilisées, un lien mécanique inutilisé en bas de la montagne et une salle communautaire peu occupée à l'Hôtel Germain (anciennement La Ferme). 
Sans parler de l'aide municipale annuelle et les remises de taxes en lien avec l'Hôtel Germain et le Réseau Charlevoix qui gèrent les équipements que je viens d'énumérer.
Le développement de la montagne du Massif est le plus gros projet auquel Charlevoix puisse rêver. Je comprends que les élus ne veulent pas prendre le risque de passer à côté. 
Mais est-ce un gouffre sans fond? La question ne fait pas plaisir, mais on ne peut faire autrement que de la poser.
Au moment où on attend des réponses, le Massif s'entête farouchement à ne pas retourner d'appels. 
Sans doute préfère-t-il que ces questions ne soient pas trop soulevées dans l'espace public pour ne pas nuire à ses chances d'obtenir l'aide des gouvernements. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne sont pas pertinentes.