Dans ma chronique de jeudi intitulée «Quand on se compare», je décrivais les risques du grand projet immobilier Royalmount à Montréal et terminais par un parallèle, ironique, avec de grands projets à Québec et Lévis

Le risque de l'ironie

CHRONIQUE / L’ironie est un genre journalistique risqué. Comme l’humour. On n’est jamais certain de la façon dont elle sera reçue.

L’ironie implique une lecture au deuxième degré qui va de soi dans une publication satirique, mais beaucoup moins dans un journal sérieux où on s’attend à des textes clairs et sans ambiguïté. 

L’ironie ajoute du mordant à l’idée qu’on exprime et peut contribuer au plaisir de la lecture. Surtout quand le lecteur connaît le «vrai» point de vue de l’auteur sur un sujet. 

Mais lorsque l’ironie n’est pas décelée, il en résulte de la confusion et le risque que le lecteur comprenne le contraire de ce qu’on voulait dire. C’est la dernière chose que veut un journaliste.

J’aime bien l’ironie, mais ne l’utilise que rarement en chronique. Pour éviter cette confusion, mais aussi parce je trouve plus utile de m’attarder aux faits et aux arguments. J’aime faire le tour du «pour» et du «contre» avant d’émettre un point de vue.

C’est plus convaincant que l’ironie, plus instructif et permet de faire des nuances difficiles à rendre avec l’humour. 

J’avais eu des hésitations avant de publier ma chronique de jeudi intitulée «Quand on se compare». 

J’y décrivais les risques du grand projet immobilier Royalmount à Montréal et terminais par un parallèle, ironique, avec de grands projets à Québec et Lévis. 

«Ce n’est pas chez nous qu’on construirait des nouveaux mégacentres le long d’autoroutes encombrées ou qu’on planterait un gros projet immobilier à l’endroit le plus congestionné de la ville», disais-je.

Je croyais l’allusion au Phare et à nos «mégacentres» assez claire, mais j’ai compris à vos réactions que j’avais eu raison d’hésiter.

Une majorité d’entre vous avez vu l’ironie et y avez trouvé plaisir.

«Le sarcasme vous sied bien! J’adore la finale de votre chronique. Pas certain que notre Mage Extra (comme aurait dit Sol) appréciera et cela n’en est que plus jouissif», confesse un lecteur.

«Un peu d’ironie avec ça, ce matin, M. Bourque ...merci de nous rappeler combien nous “l’avons l’affaire” nous à Québec».

«Les derniers paragraphes de votre chronique de ce matin sont d’une intelligence et d’une puissance exceptionnelles! Et d’une grande finesse également», pense un lecteur.

«Satirique mais tellement réaliste ...», dit un autre. «Comme j’aime votre ironie», écrit celui-ci.

«Fine ironie qui m’a bien fait rire! J’espère qu’il induira une réflexion chez nos édiles municipaux», souhaite ce lecteur.

J’ai vu votre plaisir, mais aussi vos doutes.

«...j’espère que comme je l’ai compris, vous avez écrit vos derniers paragraphes avec toute l’ironie qu’on vous connaît...», s’inquiète une lectrice. 

«Votre billet se veut ironique?», demande une autre. 

«Je veux être certaine de bien comprendre vos quatre derniers paragraphes. Ils sont ironiques, j’espère… Merci de me rassurer.» Je vous rassure madame. C’était de l’ironie. 

J’ai vu parfois votre stupeur. 

«Je partage votre crainte quant au projet de Mont-Royal. Par contre, votre conclusion m’a laissé pantois!»

Et puis ce reproche. 

«...je constate que vous avez la bouche sure (encore!) vis-à-vis certains projets à Québec. Faudrait en revenir et passer à autre chose!» me presse gentiment ce lecteur.

Désolé de vous décevoir, mais je ne vais pas passer à autre chose. Pas sur un sujet aussi important que le paysage et la qualité de vie de la ville. 

Mais pour l’ironie, c’est moins sûr. Je vais continuer à hésiter. Il faudrait d’ailleurs que vous m’aidiez à comprendre à quoi tient notre plaisir pour l’ironie. Avons-nous tant de méchant qu’il nous faille laisser sortir?