Le rappel à l’ordre

CHRONIQUE / Plusieurs éléments troublants dans ce jugement qui invalide un règlement de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) sur la protection des sources d’eau potable.

Ce n’est pas tant le verdict qui trouble que les constats du juge Michel Beaupré de la Cour Supérieure sur le travail de la CMQ : précipitation, manque de rigueur scientifique, etc.

La CMQ, qui regroupe 28 villes sur les deux rives du fleuve, a improvisé en quelques mois un règlement qui aurait dû prendre deux ans, constate le juge. Elle aurait agi sous la pression du maire Régis Labeaume, qui en est le président.

Le règlement avait pour effet de limiter la construction dans les bassins versants des rivières Saint-Charles et Montmorency où Québec puise de l’eau potable, notamment à Stoneham et Lac-Beauport, qui le contestaient.

La CMQ n’a pas réussi à démontrer que ses normes sur les pentes des terrains ou le couvert végétal pouvaient affecter la qualité de l’eau des rivières. 

Qui plus est, elle n’avait aucune preuve scientifique valable du mauvais état du lac Saint-Charles, ce qui fut pourtant à l’origine du débat.

LA CMQ s’était appuyée sur une étude de l’Association pour la protection du lac Saint-Charles (APEL) qui souffrait d’un vice méthodologique, ce que la CMQ a reconnu.

Le maître d’œuvre du règlement de la CMQ était François Morneau, qui a été 15 ans président de l’APEL. M. Morneau a aussi accompagné Roche pour le seul autre rapport sur l’état de la situation du lac. 

En d’autres mots, la CMQ a beaucoup misé sur l’expertise d’un seul homme dont la crédibilité est sévèrement écorchée tout au long du jugement de 89 pages. 

Ce n’est pas rassurant. Pourvu qu’il n’y ait pas trop d’autres sujets où la ville ou la CMQ ont agi ainsi, par précipitation et sans rigueur.  

On ne pourra jamais blâmer une ville de se préoccuper de ses sources d’eau potable. Si celles-ci se dégradent, il peut en résulter des coûts supplémentaires pour les usines de traitement d’eau.

Cela dit, une loi du ministère de l’Environnement protège déjà les sources d’eau potable et a priorité sur les règlements municipaux. Ce fut d’ailleurs un des motifs du juge Beaupré pour invalider le règlement de la CMQ. 

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Si on résume, la CMQ aurait précipité la rédaction d’un règlement sans fondement scientifique pour protéger quelque chose qui l’était déjà.

Tout cela concoure à la perception que le véritable objectif du maire de Québec n’était pas tant la protection de l’eau que de freiner la construction dans des villes concurrentes.

On pourrait le comprendre. Il n’y a rien de drôle pour un maire de Québec à voir ces jeunes familles s’installer dans la couronne nord et y payer leurs taxes, creusant l’écart entre un centre vieillissant et des couronnes jeunes. 

Cela illustre encore une fois que les frontières des villes, y compris celles de la CMQ, sont mal adaptées à des enjeux régionaux qui les dépassent comme la démographie, la mobilité ou l’environnement. Il faudra bien un jour commencer à s’en préoccuper.

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L’exode des jeunes familles contribue à l’étalement urbain et aux coûts publics pour construire des écoles, des CLSC, des équipements de loisir, des routes, etc. Développer le nord ajoute de la pression sur les autoroutes, etc. On pourrait trouver beaucoup de bonnes raisons de vouloir freiner la construction dans la lointaine périphérie. M. Labeaume n’avait qu’à le dire. On aurait compris.

Mais peut-être est-il difficile de poser en champion de la lutte à l’étalement urbain quand on se réjouit de chaque élargissement d’autoroute qui mène vers le nord. C’est moins risqué de parler d’eau potable. Jusqu’à ce qu’un juge nous rappelle à l’ordre.