Deux textes rédigés par Me Bernard Amyot choquaient la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), qui exigeait sa démission.

Le procureur qui n'aimait pas les journalistes

CHRONIQUE / Le procureur-chef de la Commission sur la protection des sources journalistiques, Me Bernard Amyot, ayant démissionné, l'histoire pourrait s'arrêter là.
Son départ précipité ne sera bientôt plus qu'une anecdote et pas la première. L'ex-procureur-chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, s'était aussi retiré pour éviter les apparences de conflit d'intérêts.
Il y a cependant quelque chose qui reste agaçant dans cette affaire. Comment expliquer qu'une commission sérieuse ne fasse pas de vérifications minimales avant d'embaucher un procureur?
Des collègues ont constaté qu'il suffisait de googler les noms de «Bernard Amyot» et «Patrick Lagacé» dans la même recherche pour tomber sur les propos litigieux qui ont mené au départ de Me Amyot.
Qu'un avocat (ou tout autre citoyen) critique le travail des médias n'a rien de répréhensible. Cela s'inscrit au contraire dans le débat public.
C'est cependant plus délicat si ce journaliste et ces médias sont au centre de l'enquête qu'on s'apprête à mener. Comment croire alors à l'indépendance de ce procureur?
De deux choses l'une. Ou bien la commission ne connaissait pas les prises de position passées de Me Amyot, ce qui soulève des questions sur le processus de nomination.
Ou bien la commission présidée par le juge Jacques Chamberland savait et a estimé que ce n'était pas un empêchement, ce qui mettrait en cause le jugement de la commission.
On s'étonne de toute façon que Me Amyot n'ait pas de lui-même signalé le risque.
S'assurer de pouvoir agir en toute indépendance et apparence d'indépendance est une précaution de base pour accepter un mandat d'avocat, voire un enjeu déontologique.
La commission n'a pas voulu répondre à mes questions sur les vérifications qui ont (ou n'ont pas) été faites sur Me Amyot et celui-ci n'a pas donné suite à ma demande d'entretien.  
La commission réitère que «Me Amyot a été recruté pour sa feuille de route exceptionnelle comme avocat» et ne «commentera pas davantage». 
Me Amyot n'a pas l'expertise spécifique des médias ou des enquêtes policières qui l'aurait rendu incontournable. Il a cependant une pratique respectée de plus de 30 ans en litige civil et commercial.
Ce qui est connu aussi, c'est son engagement enthousiaste pour le Parti libéral, dont il a tenté (en vain) de devenir un des candidats en 2014.
Plusieurs des critiques qui ont mené à sa démission sont d'ailleurs en lien avec la politique.  
Dans le journal The Metropolitan (2013), Me Amyot avait reproché «à la profession journalistique» d'être «devenue une complice aussi complaisante» de la «propagande partisane» des «leaders séparatistes».
Dans ce même journal (2008), il avait pris la défense de Stéphane Dion que Patrick Lagacé avait esquinté dans une chronique de La Presse
«Lagacé, qui n'est ni journaliste ni analyste, s'arroge tout de même le droit de faire la morale à tout le monde, sans toutefois qu'il daigne s'imposer à lui-même, d'une manière mesurée et rationnelle, la rigueur nécessaire au débat d'idées.» 
Dans Le Devoir (2012), Me Amyot avait suggéré que les médias avaient posé des questions «pour une fois avec raison...»
Me Amyot a droit à ses points de vue et perceptions sur le travail des journalistes. On y trouve des généralisations gratuites, mais d'autres sont bien argumentées et les faits de l'histoire lui donnent parfois raison. 
Mais affirmer que M. Lagacé n'est «ni journaliste ni analyste» est de la mauvaise foi crasse et va à l'encontre de la plus élémentaire évidence.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (dont je suis membre et fut un temps président) a eu bien raison d'attirer l'attention sur les alternatives facts de Me Amyot et de contester sa «légitimité» comme procureur-chef de la commission.
Je cherche encore à comprendre comment la commission a pu croire que c'était son meilleur homme pour enquêter sur l'espionnage des conversations de journalistes par la police. 
À moins que le vrai mandat de la commission ne soit pas d'examiner le travail des policiers, mais celui des journalistes, auquel cas, ça rendrait encore plus inquiétant le choix pour mener l'enquête d'un procureur ostentatoirement méfiant, pour ne pas dire hostile aux journalistes.