Parallèlement à l'annonce, mardi, de l'élargissement de l'autoroute Laurentienne, la Ville et le gouvernement ont convenu de transformer en boulevard urbain la portion d'autoroute au sud de Hamel.

Le grand théâtre de l'autoroute Laurentienne

CHRONIQUE / Le maire Labeaume a semblé s'inquiéter en début de campagne municipale de son «poids politique». Il demande un mandat fort (et l'élection des candidats de son équipe) pour conserver ce poids politique.
À voir la servilité du gouvernement Couillard à son endroit, je ne vois pas de quoi le maire s'inquiète. 
Le ministre de la capitale, François Blais, a gentiment tenu cette semaine le rôle écrit pour lui dans la pièce de théâtre du maire.
Celui-ci voulait pouvoir partir en campagne en cochant «livré» dans la case des promesses d'élargissement d'autoroutes.
Le gouvernement s'est plié à cet agenda en annonçant, quatre ou cinq ans d'avance, 150 millions $ pour un projet encore imprécis sur l'autoroute Laurentienne.
Il n'y avait aucune urgence à cette annonce, sinon celle de satisfaire l'échéance électorale du maire. 
En plaidant que le projet est venu à terme par simple coïncidence, le ministre Blais prend les citoyens pour des imbéciles. Personne ne l'a d'ailleurs cru. 
M. Labeaume aura au moins eu la décence de reconnaître qu'il tenait à cette annonce avant que les dépenses électorales commencent à être comptabilisées.
M. Blais a affirmé vendredi qu'il est «possible de dire non» au maire Labeaume. Peut-être, mais ce n'est pas ce qu'il a montré dans ce dossier. 
Personne ne s'offusquera des bonnes relations entre un maire et les gouvernements, au contraire. Une partie des réussites des villes reste tributaire de l'appui des gouvernements. 
Il est dans l'ordre des choses qu'un maire plaide pour sa ville et que les ministres soient à l'écoute des élus et des besoins locaux. 
Aller putasser dans une campagne municipale est une autre histoire.
Sans doute M. Blais avait-il aussi intérêt à cette annonce prématurée. L'autoroute Laurentienne est dans sa circonscription et l'élection provinciale s'en vient.
Peut-être nous dira-t-il que c'était aussi une coïncidence s'il en a fait lui-même l'annonce, plutôt que son collègue titulaire des Transports.
Quoi qu'il en soit, l'opération de cette semaine était grossière et cynique, ce qui ne fait pas honneur aux institutions démocratiques.
Un des constats que j'en tire est que M. Labeaume n'a sans doute pas besoin de faire élire tous ses candidats pour affirmer son poids politique. Il lui suffit de trouver des ministres obséquieux qui craignent ses coups de gueule ou sa rancune.
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Il n'y a pas que le dérapage politique qui préoccupe dans le projet de Laurentienne, mais à plusieurs égards, la nature même des travaux. 
L'élargissement à trois voies (quatre à l'approche de la rue Soumande) permettra d'améliorer la sécurité, nous dit-on. C'est tant mieux, mais on a tous compris que ce n'est pas le véritable objectif.
L'élargissement vise d'abord à soulager la congestion routière, a réitéré le ministre Blais. 
Cela va à l'encontre de multiples études scientifiques qui constatent que les voies qu'on ajoute deviennent vite encombrées. 
Lors d'une conversation récente, M. Blais m'a expliqué qu'il avait des réserves sur ces études qui ne tiennent pas compte dit-il, de la croissance des villes. 
Sans connaître encore les détails du projet, on peut déjà imaginer les effets probables de l'élargissement de l'autoroute : 
• Déplacement des bouchons de circulation plutôt que leur disparition; 
• Accroissement de la cohue aux premiers feux de circulation au bout de l'autoroute en direction sud;
• Encouragement à l'étalement urbain vers les quartiers du nord, malgré la «volonté» d'y mettre fin et de protéger le bassin versant du lac Saint-Charles;
• Faute de garantie qu'il y aura des voies réservées, un renforcement du message que c'est en auto que ça se passe; 
• L'ajout d'une quatrième voie en direction sud pour faciliter l'accès à la rue Soumande envoie le signal que c'est en auto qu'on va au Centre Vidéotron, plutôt qu'en transport en commun. 
Cette voie supplémentaire est étonnante pour quelques dizaines de soirs d'occupation par année qui ne provoquent pas toujours une congestion. À moins qu'on soit à préparer le retour des Nordiques. 
On prend note qu'il faudra ajouter la facture de cette quatrième voie aux coûts publics «cachés» de l'amphithéâtre.
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Il n'y a heureusement pas que de mauvaises nouvelles à cette annonce pour Laurentienne.
La Ville et le gouvernement ont (enfin) convenu de transformer en boulevard urbain la portion d'autoroute au sud de Hamel.
On va attendre les détails avant de trop célébrer, mais en théorie, les avantages à raccommoder ce secteur de Saint-Roch paraissent nombreux :
• Désenclaver la Pointe-aux- Lièvre et améliorer les liens (piétons, vélos, autos) avec le parc Victoria et le reste du quartier Saint-Roch.
• Récupérer des parcelles de terrains inutilisées en bordure de l'autoroute pour y construire des immeubles avec façade sur le nouveau boulevard.
• Créer un environnement avec une meilleure qualité de vie là où il n'y avait que de la circulation de transit; 
• Mettre davantage en valeur le parc Victoria qui prendra d'ailleurs du galon avec le départ éventuel de la centrale de police.
• Mieux relier les quartiers Stadacona et Vanier. 
Une des difficultés pratiques viendra du pont surélevé par lequel l'autoroute franchit la rivière Saint-Charles. 
Dans un monde idéal, on aimerait un pont qui soit au même niveau que les rues voisines, comme pour les ponts des rues de la Croix-Rouge, du Pont et Pointe-au-Lièvre.
Il n'en a pas été question lors de l'annonce publique, mais ça viendra peut-être. C'est à ce genre de décision qu'on pourra mesurer le sérieux de la ville et du gouvernement dans leur volonté de transformer l'autoroute et le quartier.
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Il m'arrive (souvent) de relever des contradictions entre les actions et le discours public. 
Je note cette fois la cohérence entre ce projet de transformation d'un tronçon d'autoroute et le discours d'Équipe Labeaume qui fait de la qualité de vie dans les quartiers un enjeu majeur de sa campagne.
Démocratie Québec a dénoncé l'intrusion du ministre Blais dans la campagne, mais sur le fond, le projet de boulevard  urbain correspond à ses objectifs. Québec 21 a aussi dénoncé la méthode politique, mais son parti-pris pour l'auto et les autoroutes est connu.
Le projet de Laurentienne est un bel exemple des divergences et convergences entre partis qu'on retrouvera en cette campagne qui commence.