Des centaines de parents et amis, encore sonnés et incrédules, ont rendu un dernier hommage à Louis Rochette, jeudi, au Grand Théâtre.

L'au revoir à un «Rocket Man»

CHRONIQUE / Il était riche, mais «sa plus grande richesse, c'était les gens autour de lui. Il aurait eu tant d'oreilles pour l'écouter, tant de bras pour le soutenir. Il n'aurait eu qu'à lever un doigt. Il ne l'a pas fait».
Le témoignage de ses frères Stéphane et Pascal résume le drame et le mystère du départ brutal de l'avocat Louis Rochette, le 22 juin dernier, sans que personne n'ait soupçonné le mal de vivre qui le rongeait.
Réunis dans le foyer du Grand Théâtre, à quelques pas et à quelques heures du début du 50e Festival d'été, des centaines de parents et amis, encore sonnés et incrédules. 
Des collègues avocats, des clients, gens d'affaires, partenaires de golf ou de voyage, le maire, des politiciens, des artistes, collaborateurs anciens et actuels de toutes provenances. 
Beaucoup de visages connus du grand public. Plus que le sien sans doute, qui ne l'était pas tant.
Il y avait dans le choix insolite du lieu et du moment plus qu'une coïncidence. Il y avait un testament. 
Louis Rochette menait une vie théâtrale et démonstrative. Il présidait le C. A. du Grand Théâtre et en avait fait de même au Festival d'été. 
Il était la «star de sa famille», dira son frère. Un homme «plus grand que nature», immensément généreux et impliqué dans tout ce qui fait la vie d'une ville : affaires, culture, sport, recherche, politique, diplomatie, philanthropie, etc. Il avait un réseau social et d'amis à faire pâlir tous les Facebook. 
C'est ce qui rend d'autant plus invraisemblable ce départ sans préavis ni mise en demeure. Sans avoir tenté une dernière négociation avec la vie pour la gagner. Comme il savait le faire dans sa vie professionnelle et l'enseignait aux jeunes avocats.
Quelques jours avant son décès, il avait participé au défi cycliste. Il y avait été «particulièrement chaleureux» et avait «parlé comme jamais», ce qui n'est pas peu dire dans le cas de Louis Rochette.
Je ne le connaissais pas autrement que par quelques échanges épisodiques. Mais on dit de lui qu'il parlait beaucoup et prenait beaucoup de place partout où il passait.
Il parlait avec couleur, avec une «répartie proverbiale», avec empathie, avec un humour (que certains pouvaient trouver limite parfois); imaginatif, fonceur, ne laissant «jamais un moment plate»; «incapable d'être low profile» s'est amusé son ami Carl Laflamme. Sous ses habits griffés, il arborait des tatouages. Son «côté rebelle», expliquera un autre ami.
Louis Rochette parlait de tout, y compris de sujets intimes. Mais pas de ce qui apparaît aujourd'hui l'essentiel : les «plaies de l'âme» qui le minaient depuis une chirurgie ratée en 2013 et qu'il «parvenait à cacher avec virtuosité», a constaté son frère.
Dans la note de départ laissée à ses proches, c'est de cette blessure qu'il a parlé.
«Nous les hommes avons cette malheureuse habitude de ne pas parler», a rappelé Germain Lamonde, un ami proche.
Je ne sais pas pourquoi, ça m'a fait penser aux mots de Claude Péloquin gravés dans le béton du mur voisin du Grand Théâtre, comme s'ils avaient voulu parler aux hommes pour les sauver : «Vous n'êtes pas écoeurés de mourir, bandes de caves».
Je sais. Je déforme l'intention du texte, mais c'est le genre d'audace qu'aurait osé Louis Rochette, si j'ai bien entendu ce qu'on dit de lui.
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Le matin du jour fatidique, Me Rochette avait participé à une réunion avec des associés du bureau. 
J'ignore ce dont il fut question, mais en quittant le bureau, l'avocat est passé par la maison ramasser une arme et s'est rendu à la centrale de police du parc Victoria où il a mis fin à ses jours.
Il est difficile de ne pas y voir de lien, mais ce serait simpliste et injuste d'y voir une cause. À la limite, on pourrait y voir un élément déclencheur pour un scénario déjà planifié.
Depuis un moment, il était question que Me Rochette se consacre davantage au cabinet de Montréal. Selon son frère, Louis ne s'y opposait pas vraiment.
Mais l'opération de 2013 et les complications qui ont suivi l'avaient laissé affaibli. Une poursuite contre un chirurgien de Montréal est d'ailleurs toujours pendante devant le tribunal. 
Depuis lors, il n'avait plus l'énergie pour facturer 2000 heures par année comme avant. Dans le marché compétitif des avocats d'affaires, ralentir n'est pas un détail anodin. Habitué à la performance, Louis Rochette était peut-être celui qui en était le plus malheureux. 
Le mois dernier, il avait été touché par le suicide d'un ami ophtalmologiste qu'il fréquentait au golf. Peut-être le fut-il plus que les proches l'avaient d'abord perçu. Lui seul aurait pu le dire.
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Pendant la cérémonie, on a joué plusieurs pièces musicales auxquelles on a envie, le temps d'un jour, de donner une couleur de circonstance : Rocket Man, Les immortelles, Fly Me to the Moon, Over the Rainbow, Saint-Germain des prés.
La plus touchante : Dis quand reviendras-tu. Il avait souhaité cette chanson à ses funérailles. 
«Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage, pour nos coeurs déchirés, c'est le dernier naufrage»
Barbara savait dire les choses. 
Je ne connaissais pas Louis Rochette, mais s'il aimait Barbara, j'aurais volontiers été son ami moi aussi.