Le gouvernement Couillard a beaucoup donné à la Ville de Québec ces dernières années. Anneau de glace, promenade De Champlain, élargissement d’autoroutes, Diamant (photo), amphithéâtre, musées, tramway, etc.

La psychologie des listes d’épicerie

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard a beaucoup donné aux Villes ces dernières années et particulièrement à Québec.

Anneau de glace, promenade De Champlain, élargissement d’autoroutes, Diamant, amphithéâtre, musées, tramway, etc. 

Sans parler des nouveaux pouvoirs, du statut de capitale et des changements législatifs, dont celui sur les régimes de retraite.

La Ville de Québec a obtenu tout ce qu’elle demandait ou presque, à en rendre les autres jalouses. 

Cela en dit long sur son poids politique et sur les affinités que l’administration Labeaume a su développer avec le gouvernement en place.

On n’y retrouve peut-être pas la complicité festive de l’époque de l’Élisette sous Jean-Paul L’Allier et Jacques Parizeau. 

La résidence officielle du premier ministre, aujourd’hui discrètement logé au sommet de l’édifice Price, n’a pas le même impact dans la vie (mondaine) de la ville que la résidence de la rue des Braves. 

Mais on peut constater le succès d’une relation d’affaires harmonieuse et féconde, à laquelle les ministres Sam Hamad et Sébastien Proulx ont beaucoup contribué.

Cette bienveillance à l’endroit de Québec aide à comprendre pourquoi l’administration Labeaume a été si modeste cette semaine dans sa «liste d’épicerie» à l’intention des candidats en campagne. 

Québec sait avoir eu sa large part et qu’il serait gênant et ingrat de monter aux barricades pour avoir plus. 

Depuis la toute première liste échappée de façon impromptue un soir de conseil municipal en 2008, le maire Labeaume avait toujours privilégié les infrastructures.

Culture, économie, sport, transport et routes. La Ville demandait de l’argent pour du béton et de l’asphalte.

La liste 2018 vient de briser la tradition. Le tramway semblant «acquis», l’accélération de l’immigration devient la prochaine grande priorité de Québec. La demande impliquera moins d’argent et d’arbitrages délicats pour le prochain gouvernement que les projets d’infrastructures.

M. Labeaume maintient officiellement une position de «neutralité» dans la présente campagne. Le contraire serait inconvenant et risqué. 

On peut cependant lire entre les lignes : le maire de Québec est très satisfait du gouvernement sortant. Comment ne pas l’être?

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Le maire de Lévis, dont la liste d’épicerie est passée sous des radars étourdis par les allégations de harcèlement psychologique, n’est pas dans le même état d’esprit.

M. Lehouillier perçoit que Lévis n’obtient pas toujours sa juste part du gouvernement du Québec. 

Cela se traduit par son ton impatient à l’endroit de ses anciens collègues libéraux de l’Assemblée nationale. 

• Peut-être est-ce déjà venu à vos oreilles, M.Lehouillier voudrait «accélérer» les travaux d’un troisième lien à l’est. 

• Il croit «impératif» de réaliser «trois priorités incontournables à très court terme»: route 116, viaduc Saint-Omer au-dessus de l’autoroute 20 et élargissement de la 20 entre l’avenue Taniata et Saint-Omer.

• Il voudrait que le gouvernement corrige «l’inéquité» du Fonds d’immatriculation qui, dans sa forme actuelle, prive Lévis de 1,2 M$ par an.

• Il voudrait une «meilleure collaboration de la Commission de la capitale nationale» qui n’en a que pour Québec, perçoit-il, et n’a donné à Lévis que deux statues : Guillaume Couture et Chevalier-de-Lévis.

Le maire de Lévis n’a pas pris parti lui non plus dans cette campagne, mais on peut aussi lire entre les lignes. C’est à la CAQ que ses aspirations pour un troisième lien (à l’est) trouvent le meilleur écho.

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La région de Québec a longtemps traîné la réputation d’avoir du mal à retenir ses immigrants. 

À la fin des années 90, les statistiques suggéraient que quatre sur 10 repartaient pour ailleurs. Cela coïncidait avec une période de morosité économique. Certains y voyaient aussi le résultat de la xénophobie des gens de Québec. 

Une thèse sensible qui revient parfois encore hanter les débats publics à Québec. L’idée de l’immigrant «voleur de job» a longtemps fait des ravages.

Les choses se sont mises à changer à partir du début des années 2000 avec la relance de l’économie. On s’est mis à prendre conscience que la démographie n’allait bientôt plus suffire à combler les besoins de main-d’œuvre et qu’il faudrait compter davantage sur l’immigration. 

Le nombre d’immigrants à Québec s’est depuis mis à grimper et le taux de rétention de façon plus spectaculaire encore pour atteindre 94 %. 

Non seulement les immigrants restent-ils à Québec, mais leur taux d’emploi (68 %) pour les 15 ans et plus est supérieur à celui de la population «locale» (65 %). 

L’immigrant n’est plus un «voleur de job», mais une planche de salut.

Signe des temps, l’administration Labeaume fait de l’immigration la grande priorité de sa liste d’épicerie 2018. Elle veut attirer plus d’immigrants et alléger les délais. 

Lévis est du même avis et a aussi inscrit la demande à sa liste. 

M. Lehouillier imagine peut-être déjà ces immigrants travailleurs arriver à Lévis en nombre et sans congestion par un troisième lien (à l’est).