Gilles Lamontagne et sa femme Mary, en 1991, dans le champ de Hoogwoud, en Hollande, où son bombardier s'est écrasé dans la nuit du 12 mars 1943.

La fabuleuse histoire d'une veste

CHRONIQUE / Vous avez lu peut-être dans notre livraison de jeudi l'histoire du jeune pilote Gilles Lamontagne qui a sauté en parachute après que son avion eut été touché par un chasseur allemand au printemps de 1943.
Vous avez lu alors qu'il avait ensuite enterré son parachute dans le champ de Hoogwoud en Hollande, où il s'était posé.
Il espérait alors échapper aux troupes allemandes au sol, mais ce fut peine perdue. Le fermier propriétaire du champ le livrera aux Allemands le lendemain matin, sachant que sa famille risque la mort si elle est prise à aider l'ennemi.
La suite m'avait d'abord échappée, la biographie de M. Lamontagne1 n'en faisant mention qu'à la toute fin, dans les pages sur sa vie de retraité.
Cette nuit-là, M. Lamontagne n'avait pas caché que son parachute. Il y avait aussi sa veste de sauvetage et quelques objets.
Lors de travaux de labour près d'un demi-siècle plus tard, en 1988, un fermier de Hoogwoud a buté sur une pièce métallique, les restes du bombardier Wellington que pilotait M.Lamontagne.
La nouvelle intéresse un voisin qui avait été témoin de l'écrasement le 12 mars 1943. Pendant la nuit, celui-ci avait récupéré dans le champ des biens appartenant à l'équipage abattu et les avait cachés depuis dans sa maison. Parmi ces biens, une veste de sauvetage et la photo d'un aviateur.
À partir du numéro de série sur l'épave, ce voisin entreprend de remonter le fil et de reconstituer l'histoire, ce qui le mène aux Forces armées canadiennes.
M. Lamontagne apprendra à la fin 1989 que sa veste a été retrouvée. On l'invite à aller la récupérer, mais longtemps, il hésitera. Pourquoi revoir la famille de celui qui l'a livré aux Allemands? Il se décidera finalement en 1991.
Avec son épouse, Mary, il revoit le champ et, autour d'une table à café, enfile, en pleurs, son ancienne veste de sauvetage.
Il repartira avec un album d'une quarantaine de photos commémoratives de ce jour.
André Kirouac, directeur du Musée naval de Québec, connaît M. Lamontagne et lui emprunte veste et photos pour une exposition à l'été de 2005 ou de 2006.
M. Lamontagne choisit de laisser ses précieux souvenirs en dépôt permanent au Musée, mais demande à ce qu'ils ne soient pas exposés.
La veste ne sera montrée qu'une autre fois, il y a quelques années, lors d'une exposition au musée de Bagotville, avant de retourner à l'entrepôt. Elle y est toujours, bien qu'elle ne fasse pas partie des artefacts officiels.
Le Musée naval a fait parvenir la veste de sauvetage à l'hôtel de ville de Québec en fin d'après-midi jeudi pour qu'elle soit posée aux côtés de la dépouille de M.Lamontagne en chapelle ardente dans la salle du conseil.
1 FRÉDÉRIC LEMIEUX.Gilles Lamontagne- Sur tous les fronts, Éditions Carte Blanche, 2010.
Horaire
Chapelle ardente
Hôtel de ville de Québec
Vendredi 17 juin, de 10h à 17h
Samedi 18 juin, de 9h15 à 10h15
Funérailles officielles
Basilique de Québec
Samedi 18 juin, 11h