Au coeur d’un éco-quartier, le futur IKEA de Nice montre qu’il est possible de faire mieux que les modèles traditionnels des grandes surface.

IKEA: l’art de faire mieux

CHRONIQUE / À lire vos réactions à la chronique de la semaine dernière, vous êtes nombreux à être déçus du projet de développement autour du futur IKEA.

Le promoteur Cominar a tenté de faire croire à un projet «vert», mais vous n’avez pas été dupes vous non plus. Ce champ de stationnements de surface autour de commerces à l’architecture minimale reproduit un modèle qu’on espérait révolu. 

Convaincus qu’il est possible de faire mieux, quelques-uns d’entre vous m’ont cité le projet IKEA de Nice, sur la Côte d’Azur. 

Ce projet détonne avec les boîtes de tôle jaune et bleue auquel le géant suédois nous a habitué.

On parle ici d’un magasin sur deux niveaux avec des façades transparentes, une structure de bois, un toit végétalisé, des panneaux solaires et un stationnement de 2 000 cases entièrement souterrain. 

Situé dans l’écoquartier de Saint-Isidore, à 5 km du centre-ville de Nice, le projet est sur la nouvelle ligne de tramway actuellement en chantier.

Dans le «cahier de charge» le liant à la ville, le promoteur s’est engagé à payer des rues et à développer 4 îlots autour de la grande surface, dont 9 immeubles de six et sept étages pour l’habitation (289 logements), le commerce, des services et des bureaux. 

L’architecte est le même que pour le reste de l’écoquartier, ce qui inclut le stade aux formes futuristes Allianz Riviera (2013). 

Ce  modèle révolutionne l’idée qu’on se fait des grandes surfaces et nous fait envie quand on regarde la médiocrité des nôtres. On a le sentiment d’un véritable projet «vert» alors que celui de Québec en est le contraire.

«Un modèle de la ville méditerranéenne du XXIe siècle», a écrit le journal Le Monde à propos du grand projet urbain de la plaine du Var (fleuve qui se déverse dans la Méditerranée à Nice). 

Résultat: une architecture à «l’élégance retenue», des places ombragées, des petits commerces et lieux festifs, etc.

IKEA a mis une vingtaine d’années à faire aboutir ce projet dont l’objectif est de diversifier l’économie de Nice avec des industries vertes et de technologie. 

Ventimiglia, à 40 km à l’est en Italie, courtisait aussi le géant suédois.

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Aussi séduisant puisse-t-il sembler, le projet de Nice ne fait pas l’unanimité et est contesté par des associations de défense de l’environnement. Pour les purs et durs, un projet n’est jamais assez vert.

Des opposants craignent une hausse de la circulation. L’opposition la plus vigoureuse porte cependant sur le concept même de grande surface commerciale.

Le groupe «En toute franchise» qui milite «contre les abus de la grande distribution», mène depuis 2016 un combat devant les tribunaux contre le IKEA de Nice.

Son combat a dérangé, au point où la ville et IKEA ont poursuivi le groupe citoyen, dans ce qui peut ressembler à une poursuite-bâillon pour neutraliser l’opposition. 

Le groupe En toute franchise a perdu sa cause en cour d’appel administrative ce printemps, ce qui a donné le signal de départ au projet.  

Son argument est que les grandes surfaces menacent «l’épanouissement des cœurs de villes et des villages». 

Le groupe fait valoir que le commerce de proximité contribue à la solidarité, au contact et à la chaleur humaine dont ont besoin les personnes seules, âgées ou défavorisées. Lee problème est qu’on n’achète pas des meubles tous les jours. 

Ces motifs rappellent les luttes des années 90 contre l’implantation de Walmart dans plusieurs villes et localités des États-Unis inquiètes pour l’avenir de leurs rues principales. 

La recherche scientifique en Amérique du Nord et ailleurs a depuis longtemps documenté les conséquences des grandes surfaces sur les rues commerciales et petits centres d’achats locaux. Ce n’est pas la seule explication aux difficultés du commerce de proximité, mais ça n’aide pas.

Je n’ai rien trouvé sur l’impact spécifique des IKEA. Peut-être l’impact sur les rues n’est-il pas aussi lourd que lors de l’arrivée de grandes surfaces généralistes. Reste que tout nouveau joueur d’impact a nécessairement un effet sur les commerces existants.

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La Ville de Québec n’a rien demandé au promoteur Cominar lorsqu’elle a modifié le zonage à l’automne 2016 pour permettre la venue du IKEA.

Son règlement fixe des balises pour les usages, marges de reculs, aires de chargement, affichage, espaces verts (10 %) et indique même le nombre de drapeaux maximal (3). On s’occupe des choses importantes.

Mais pas un mot à ce jour sur la mixité des usages, sur les stationnements de surface, l’architecture, la densité à atteindre, etc. Rien sur ce qui peut rendre un projet intéressant au plan urbain. Le problème commence là.