François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le projet du tramway est évalué à 3.3 milliards $.
Le projet du tramway est évalué à 3.3 milliards $.

Firmes locales et étrangères en lutte pour le contrat du tramway

CHRONIQUE / Une lutte entre un groupe associé à plusieurs entreprises étrangères et un autre formé d’entreprises locales dont Bombardier, Pomerleau et EBC se dessine dans la course au contrat du tramway de Québec. Un troisième joueur pourrait aussi être sur les rangs.  

Le projet est évalué à 3.3 milliards $. La pression publique sera forte pour que ce contrat soit octroyé à des entreprises locales. 

Le maire de Québec a déjà prévenu qu’il ne veut pas du scénario du REM de Montréal dont les voitures seront fabriquées en Inde dans une filiale de Alstom par des employés payés 2 $ de l’heure. Le processus de sélection était cependant ouvert à tous.  

Dans les faits, les consortiums intéressés au contrat de tramway n’auront pas de mal à respecter la règle de 25 % de contenu canadien et d’un assemblage au Québec. Les fabricants de matériel roulant ont tous des antennes au Canada. 

Les sensibilités publiques et politiques risquent cependant de dépasser le simple enjeu légal. Surtout en cette période de pandémie qui a propulsé l’achat local en haut de la liste des priorités. Du moins dans les discours publics.        

Trois consortiums ont répondu à l’appel de qualification lancé par la Ville de Québec pour le tramway, soit «Tram du lys», «Mobilité de la Capitale» et «ModerniCité». Le choix sera fait à l’automne 2021.

Le nom des membres des consortiums était jusqu’ici un secret bien gardé. L’entrepreneur Aecon a cependant levé le voile en journée mercredi en publiant sur son site Internet le nom de ses partenaires dans le consortium «Tram du Lys» .

Aecon est un des joueurs importants au Canada dans les grands projets d’infrastructures routières, de transport collectif et d’énergie. L’entreprise a notamment été impliquée dans les projets de métro et de train léger à Toronto, dans le REM à Montréal, dans le train léger d’Ottawa, etc. 

Elle s’associe cette fois à plusieurs entreprises française de construction et de financement ainsi qu’à Siemens Mobility, un fabricant de voitures de métro et de transport sur rail basé à Munich en Allemagne.

Les autres partenaires de ce consortium sont ACS Infrastructures Canada, Siemens Projet Ventures, NGE (Nouvelles Générations d’Entrepreneurs), Draganos et TSO SAS.

On ne retrouve pas dans la liste de firme d’ingénierie, ce qui suggère que le consortium fera le travail à l’interne ou le confiera en sous-traitance. 

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Les concurrents du groupe Aecon-Tram du Lys ne se sont pas fait connaître encore. 

Selon mes informations, un des consortiums concurrents, «Mobilité de la Capitale», est formé de Bombardier, de l’entrepreneur Pomerleau et de l’entreprise de construction EBC (plus de 2800 employés) qui a pignon sur rue à Québec (plus précisément à L’Ancienne Lorette). 

Je ne connais pas les autres partenaires, mais la logique voudrait qu’on y retrouve une firme d’ingénieurs. Il y en a plusieurs au Québec qui ont une expertise dans les infrastructures de transport public. C’est le cas de Norda-Stelo et SNC-Lavalin notamment. 

WSP est aussi du nombre, mais n’est pas en lice pour le contrat de Québec, car elle agit déjà comme entreprise conseil pour la ville.

Quant au troisième consortium (ModerniCité), je n’ai pas entendu de bruit en ville sur les entreprises qui le composent.

On sait que le fabricant français Alstom avait manifesté de l’intérêt pour le projet de Québec.

L’entreprise est implantée au Canada depuis 80 ans et est impliquée dans plusieurs projets ferroviaires de transport collectif, notamment à Edmonton et Calgary. 

La politique d’Alstom est de ne pas commenter les processus d’appel d’offres auxquels elle participe. Je n’ai pas trouvé de confirmation ailleurs à l’effet qu’elle soit (ou pas) sur les rangs.      

Pour l’heure, Bombardier et Alstom demeurent des concurrentes pour l’obtention de nouveaux contrats, bien qu’elles aient parfois été partenaires dans des projets. 

On sait par ailleurs qu’une entente de principe a été conclue plus tôt cette année entre les deux entreprises. Alstom achèterait Bombardier transport. Leur objectif est de concrétiser la transaction au cours de la prochaine année.  

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Pendant les mois à venir, les consortiums vont travailler à préciser leur proposition pour la conception, la construction, le financement et l’entretien (pendant 30 ans) du tramway de Québec. 

Il reste beaucoup de travail à faire, notamment en ingénierie. La ville de Québec a choisi de laisser le futur consortium déterminer lui-même les solutions logistiques finales. 

J’entends que le Bureau de projet du tramway n’aurait complété que 30 % environ du travail de conception pour un projet qui n’a cessé d’être modifié en cours de route. Cela ajoute au risque que devra assumer le consortium.

À moins d’une (improbable) intervention politique du gouvernement Legault pour accélérer les choses, le choix du consortium se fera à l’automne 2021 et les contrats ne seront pas signés avant la prochaine élection municipale.