Les Villes continuent pourtant d’ouvrir des rues, des quartiers résidentiels, des mégacentres commerciaux et parcs industriels enclavés auxquels il est souvent impossible (ou presque) d’avoir accès sans auto.

Est-ce le début d’un temps nouveau?

CHRONIQUE / Dans le fatras des inondations des derniers jours, la nouvelle est passée sous le radar. Les Villes de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) viennent de voter à l’unanimité une «déclaration» qui «reconnaît l’état d’urgence climatique» et appelle à la lutte contre les gaz à effet de serre (GES).

Les élus locaux disent se sentir une responsabilité face aux changements climatiques et vouloir être un «vecteur de changement». 

S’ils sont sérieux, cela pourrait annoncer un virage majeur dans les choix d’aménagement, de mobilité, de gestion des matières résiduelles et de l’agroalimentaire.

Le début d’un temps nouveau? Peut-être, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Ce n’est pas d’hier qu’on entend qu’il faut revoir le modèle nord-américain qui a façonné les villes et banlieues de l’après-guerre et fait grimper les émissions de GES. 

Les Villes continuent pourtant d’ouvrir des rues, des quartiers résidentiels, des mégacentres commerciaux et parcs industriels enclavés auxquels il est souvent impossible (ou presque) d’avoir accès sans auto.

Elles continuent de vouloir élargir des autoroutes, en construire de nouvelles, de réclamer un troisième lien et de convoiter des terres agricoles. 

Il y a ici toutes des nuances à faire. Toutes les Villes ne sont pas égales; certaines sont plus sensibles que d’autres et toutes n’ont pas le même appétit pour le troisième lien. 

Mais toutes peuvent faire mieux. 

Assez que je me suis même demandé un instant si les élus de la CMQ étaient conscients de ce qu’ils votaient. On m’a assuré que oui. On leur donnera donc le bénéfice du doute. On verra bien. 

Cette déclaration ne va pas tout changer du jour au lendemain, mais elle est significative. 

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1- Elle relève la barre des attentes et devient une nouvelle référence pour évaluer les décisions municipales. Ce n’est pas rien.

Si une administration s’en éloigne, par appétit pour les taxes, par populisme ou par habitude, on pourra lui rappeler son engagement sur les GES. 

Cette déclaration va faciliter la discussion sur l’impact «climatique» des projets, ce qui jusqu’ici, aurait été jugé hors d’ordre dans plusieurs municipalités. 

Cela pourrait amener des élus à revoir des projets ou les faire autrement. S’il est trop tard pour reculer sur un projet en cours, le message servira peut-être pour un prochain projet. C’est ainsi que petit à petit, on peut espérer que les modèles d’aménagement vont se mettre à changer.

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2- Les Villes reconnaissent avoir le pouvoir d’agir sur l’émission des GES.

Ça pouvait sembler une évidence. La responsabilité des collectivités locales est ailleurs bien décrite dans le plan d’action 2013-2020 du gouvernement du Québec sur les changements climatiques.

Mais à ce jour, les Villes en avaient laissé le leadership aux gouvernements supérieurs. 

Les voici désormais sur la ligne de front avec beaucoup de moyens concrets de changer des choses si elles décident de s’en servir : choix d’infrastructures, zonage, réglementation, tarifications, subventions, politique d’habitation, encouragement aux producteurs agricoles locaux, etc. 

L’objectif commun, du moins en théorie, devient désormais de créer des milieux de vie qui réduisent les besoins de déplacement pour le travail, les loisirs et la consommation.

Il n’existe actuellement pas de mesure des GES à l’échelle du territoire de la Communauté métropolitaine de Québec (28 municipalités, 800 000 citoyens sur les deux rives). 

Si la CMQ veut être prise au sérieux, il faudra prendre cette mesure, fixer des cibles de réduction et s’entendre sur une stratégie commune. La déclaration de la semaine dernière ouvre cette porte. 

Une journée de réflexion et d’échanges réunissant élus, acteurs communautaires et privés est prévue l’automne prochain pour jeter les bases d’un plan commun. 

On sait déjà que les transports représentaient en 2009 plus de 43 % des émissions de GES au Québec, devant les industries (28 %) et le secteur résidentiel (14 %) et l’agriculture (8 %).

On sait aussi que les émissions liées au transport ont continué d’augmenter depuis. Ce sera le principal cheval de bataille des municipalités. 

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3- La déclaration sur les changements climatiques n’aura de portée que si les citoyens y adhèrent. 

Sans acceptabilité sociale, les élus n’arriveront à rien, même avec les meilleures intentions du monde. 

Cela impliquera de mieux savoir de quoi on parle, avec des données factuelles et observations «neutres» sur les impacts «climatiques» des décisions et des projets. 

Le jour où ces impacts seront mieux connus, il deviendra plus facile de prendre des décisions «difficiles». De forcer des changements. De dire non à des projets. Qui sait, peut-être renoncer à un projet «populaire» comme le troisième lien en démontrant qu’il va dans la direction contraire de celle où la CMQ dit vouloir aller. 

Pour l’anecdote, je note ici que c’est le maire Gilles Lehouillier, grand promoteur de ce troisième lien, qui a présidé l’assemblée de la CMQ où fut votée la déclaration sur l’urgence climatique.