Le maire de Québec, Régis Labeaume, affirme n’avoir appris que le 21 décembre qu’il y en aurait pour 3 milliards $ pour un projet de réseau structurant de transport en commun.

Entrevue avec le gars des vues

CHRONIQUE / Le scénario a donné à plusieurs l’impression d’avoir été arrangé avec le gars des vues.

Un projet dont on ne parle pas pendant la campagne électorale et qui surgit quelques mois après. 

Un prix de 2,99 milliards $, subtilement fixé pour ne pas atteindre 3, comme le 2,99 $ de la bouteille de jus de canneberge dans la circulaire Metro de cette semaine. 

Et puis ce tracé du boulevard Charest, auquel s’était accroché le maire Labeaume jusqu’à l’échec du projet de SRB et qui, oh surprise, revient intact sous la forme d’un trambus électrique.

Un scénario cousu de fils blancs, disais-je. Explications avec le gars des vues.

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L’adrénaline des derniers mois est tombée au lendemain de l’annonce publique. Au plénier de la veille, on l’a vu fatigué et le dos mal en point. On le serait à moins.

Il se montre content des premières réactions. Agréablement étonné de certaines même, comme s’il venait de découvrir qu’en offrant un service mieux adapté (ex. : Parc-O-Bus), plus de citoyens allaient être intéressés.     

On touche ici à l’essence même du nouveau projet.

La principale différence entre celui de la semaine dernière et ceux qui l’ont précédé n’est pas tant le retour du tramway qu’un changement majeur d’orientation.

Le projet de 2010-2011 (tramway–SRB) avait pour principal objectif de développer la ville en passant à travers des espaces vacants ou peu densifiés.

Le projet d’aujourd’hui vise d’abord le transport des passagers. Un n’empêche pas l’autre, mais en inversant l’ordre de priorité, le projet fut radicalement transformé. 

On s’est mis à se demander comment attirer un maximum de passagers, plutôt que comment construire un maximum de terrains.

Plusieurs choix du nouveau projet en découlent : 

1- Ligne de forte capacité (tramway) en haute ville, là où il y a le plus de déplacements.

2- Tentacules vers l’ouest et le nord pour «intercepter» le flot important de voyageurs qui y passent.

3- Grande offre de fréquence pour offrir plus de choix et de flexibilité.

4- Tracé par la 1re Avenue à Limoilou, plutôt que par l’amphithéâtre où l’achalandage est lié à la tenue d’événements.

5- Nouvelles lignes et corridors protégés sur Pierre-Bertrand et vers Val-Bélair pour améliorer l’offre de service.

Autre indicateur, 63 % des citoyens et 80 % des emplois seront à 10 minutes de marche du nouveau réseau (tramway, trambus, Métrobus). Avec les Métrobus actuels, c’est 43 %. 

Le virage passager ne veut pas dire que le maire renonce au transport en commun pour développer la ville. Il rendra public d’ici peu des plans d’aménagement le long du trambus dans les secteurs Charest Ouest et Hamel-Laurentien. Il parle aussi de «densifier l’Ouest» où le tramway va traverser de grands terrains vacants entre Cap-Rouge et le boulevard Pie XII. 

Reste à voir si la ville, dont le rythme de croissance est modeste, peut réussir à développer autant de quartiers en même temps. (D’Estimauville, Laurier, Lebourneuf, Beauport, Saint-Roch, etc). J’ai des doutes.  

Un virage passager d’une telle ampleur commande un plus gros budget. On parle maintenant de 3 milliards $. Je fus tenté d’y voir un seuil psychologique et politique davantage qu’un «vrai» budget. Dans les faits, c’est à la fois l’un et l’autre.

Sur le conseil de Philippe Couillard, l’été dernier, le maire a donné mandat à son équipe de voir gros. «Jouer petit n’a pas donné grand chose». Après les échecs et les consultations, «il fallait que ce soit gros [...] qu’on serve plus de monde», dit le maire. 

Il affirme n’avoir appris que le 21 décembre qu’il y en aurait pour 3 milliards $. 

Des membres expérimentés de l’équipe de la ville (André Caron, André Legault) avaient l’intuition qu’il ne fallait pas dépasser ce seuil. Ils ont livré un projet en conséquence.

Mais c’est aussi «le projet qui a mis le montant et non l’inverse», assure le maire. Chaque composante du réseau a été évaluée et on en a mis pour 3 milliards $. Plus d’argent aurait permis de prolonger le tramway. Le 3 milliards $ n’est donc pas seulement une invention politique mais une évaluation vraisemblable.

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L’approche avec le transport est «complètement différente de celle de l’amphithéâtre», note le maire. Il avait alors fixé en partant le prix de 400 millions $, quitte à devoir modifier ensuite le projet. Et obtenir par la bande, une aide supplémentaire du gouvernement.

M. Labeaume avait à l’époque mis tout son poids politique sur le respect de la facture. Je le vois aujourd’hui plus léger.