À 55 ans, Mario Bédard se consacre à plein temps au développement des affaires de son entreprise et envisage la retraite qu’il souhaite prendre jeune.

En réserve de la république

CHRONIQUE / Mario Bédard s’apprête à fermer officiellement les livres du 400e et de J’ai ma place.

Une formalité qui vient clore deux aventures qui l’ont propulsé à l’avant-scène de l’actualité de Québec, lui qui avait été avant cela plus discret.

À l’heure des bilans, celui de J’ai ma place restera doux-amer. 

L’amphithéâtre a été construit grâce à l’impulsion donnée par ce groupe de passionnés et contribue à bonifier l’offre de spectacles à Québec, même s’il n’est pas occupé tous les soirs.

Mais le rêve ultime du retour des Nordiques n’a pas (encore) abouti et le doute commence à s’installer.

Ce n’est pas la faute de Mario Bédard, de Luc Paradis et des autres artisans du projet, mais beaucoup de citoyens seront restés sur leur appétit. «J’ai ma place, mais pas dans la Ligue nationale.»

Il y avait quelque chose de symbolique à ce point d’orgue dans la salle du conseil municipal.

M. Bédard est revenu un moment sur la genèse de J’ai ma place, ce matin de février 2008 où il est débarqué dans le bureau du maire Labeaume. 

Il rêvait alors de hockey et de ne plus avoir besoin de descendre à Montréal pour voir son spectacle de Madonna. 

Le maire «n’y croyait pas trop», mais a donné le feu vert à au «projet fou de vendre des sièges fictifs dans un amphithéâtre fictif».

M. Bédard espérait recueillir 50 millions $ pour un amphithéâtre qui coûterait 300 millions $. Le compteur s’est finalement arrêté à 20 millions $, mais le rouleau compresseur d’un nouvel aréna avait été mis en branle.

On pourrait encore s’étonner, 10 ans plus tard, de l’insouciance avec laquelle M. Bédard s’est lancé dans cette aventure, lui qui s’était fait un nom par la rigueur de sa gestion.

Pas d’étude de marché ni évaluation sérieuse des coûts; pas d’étude de faisabilité et d’opportunité; pas d’analyse de retombées économiques et autres impacts; pas de garantie que la LNH reviendrait à Québec.

Cette aventure était mue par la passion et l’appétit pour le divertissement et non par une démonstration économique. 

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Depuis le début des années 2000, M. Bédard a été partout dans la vie de la ville : Jeux des policiers et pompiers (2005), Jeux des maîtres (2015), tentatives de «sauvetage» du Carnaval et du pont de Québec (2016). 

Il a pris parti avec d’autres acteurs des affaires pour le projet de SRB (2017); sa conjointe a présidé l'événement naval RDV2017; il a contribué au financement de nombre de fondations, oeuvres de charité et, à une certaine époque, de partis politiques.

Mais ce qui m’a frappé en l’écoutant boucler la boucle de J’ai ma place et du 400e, ce n’est pas le bilan du chemin parcouru mais le vide du chemin devant.

Pour la première fois en deux décennies, le président du Groupe Mallette n’est associé à aucun grand projet public à Québec.

À 55 ans, il se consacre à plein temps au développement des affaires de son entreprise et envisage la retraite qu’il souhaite prendre jeune, entre 60 et 62 ans. 

On pourrait y voir un simple concours de circonstance ou une volonté de ralentir après des années d’engagement. Ou conclure qu’il n’est plus la saveur du mois. 

S’il habitait Montréal, il serait du groupe qui travaille à ramener les Expos, confie-t-il. 

À Québec, il ne voit rien, à part le pont et le transport dont l’initiative ne peut venir que des pouvoirs publics, analyse-t-il. Il ne s’ennuie pas et ne demande rien. 

J’ai eu l’impression d’un homme résigné. En réserve de la république, dans une ville en panne de grand projet ou évènement stimulant où il trouverait sa place. Ça parle sur l’homme. Et beaucoup sur la ville.