Arté Boreal a rassemblé sept musiciens de jazz sous la direction de la chanteuse de Québec Marie-Claire Linteau pour un cocktail-bénéfice au profit du Centre Multiethnique le 30 avril au District.

Du jazz pour trouver refuge

CHRONIQUE / Des lits inoccupés dans un centre d’accueil pour réfugiés et immigrants. C’est le genre d’information qui passe sous le radar. On a plutôt l’habitude de montrer le contraire. Le désordre, les files d’attente, le manque de ressources pour répondre aux besoins. Ce n’est pas le cas ici.

Le Centre Multiethnique de Québec, qui a déjà accueilli 450 réfugiés par année, doit maintenant composer avec une «cible» réduite à 315, déplore sa directrice générale Dominique Lachance.

Après l’effort des années 2015 et 2016 pour les Syriens, le rythme d’accueil des réfugiés a fléchi, à Québec comme ailleurs. «Le leadership du Canada pour les réfugiés s’émousse», perçoit Mme Lachance.

Au cours des derniers mois, le Centre Multiethnique de Québec a accueilli une cinquantaine de réfugiés, dont plusieurs Nigérians et Maliens qui avaient gagné l’Italie par des embarcations de fortune. D’autres, on s’en souvient, y ont laissé leur peau.

Les réfugiés de l’hiver venaient aussi du Vietnam, de la Colombie, du Rwanda, du Congo, de Birmanie, quelques-uns encore de la Syrie. 

Sans doute est-il rassurant de savoir que Québec dispose de ressources de première ligne suffisantes pour ces nouveaux arrivants. Voire excédentaires par moment. 

Mais cela est aussi lourd de sens dans une ville qui peine à attirer des immigrants et où la proportion de ses nouveaux arrivants continue d’être inférieure à son poids démographique. Ce n’est pourtant pas faute de crises humanitaires sur la planète.

De façon plus prosaïque, la baisse du nombre de réfugiés a un impact sur le financement public du Centre multiethnique, qui est calculé par tête de pipe. Cela force à revoir l’offre de services et à chercher d’autres sources de financement.

Plutôt que de laisser des lits vacants «déficitaires», le Centre ouvre de plus en plus ses portes à des immigrants en situation précaire, travailleurs temporaires, femmes en difficulté, étudiants étrangers, etc. «Un objectif humanitaire, pas du tourisme», prévient Mme Lachance. 

Au-delà des services d’accueil et d’hébergement de première ligne, le Centre donne accès à des réseaux de francisation et de formation, services de garde et de santé, intégration à l’emploi, vie culturelle, etc.

Cet accompagnement au-delà des premiers mois est une condition importante pour une intégration réussie des nouveaux arrivants et pour leur donner l’envie de rester à Québec. 

Le Centre multiethnique est à cet égard un acteur important de la vie de Québec et de sa diversité. Il mérite d’être soutenu. 

C’est ce qu’on pensé aussi la centaine de leaders politiques, religieux, institutionnels, économiques et communautaires qui ont participé l’an dernier au cocktail annuel de financement au profit du Centre. 

Y étaient en outre le maire Régis Labeaume, les ministres Sébastien Proulx, François Blais, Jean-Yves Duclos, les députés Joël Lightbound et Agnès Maltais, la rectrice de l’Université Sophie D’Amours, etc.

Formule différente cette année avec un 5 à 7 en musique le 30 avril, dans le cadre de la première Journée internationale du jazz à Québec. 

Cette journée du jazz a été créée par l’UNESCO en 2011, sous l’impulsion du pianiste Herbie Hancock, qui a voulu «mettre en avant le jazz et son rôle diplomatique d’unification des peuples partout dans le monde». 

Pour l’UNESCO, le jazz est un «vecteur de développement des échanges interculturels, dans un objectif de compréhension mutuelle et de tolérance».

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Je vous ai déjà dit mon plaisir du jazz. 

La diversité des rythmes, des couleurs, des langages, des humeurs. Des zones d’ombre et de lumière. De la douleur, de l’humour, de la séduction. Des voyages confortables en pays standards et d’autres en déroutes vers l’inconnu. 

Né vers 1900 dans le creuset des traditions africaines, créoles et françaises, de La Nouvelle-Orléans, le jazz incarne depuis lors le métissage des cultures. 

Ce sera le cas lors de ce 5 à 7 jazz au profit du Centre multiethnique, avec des musiciens aux origines diverses jouant pour une bonne cause. Un mix parfait, tout à fait dans l’esprit de la journée du jazz voulue par l’UNESCO. J’y serai. J’ai compris qu’il restait encore des places.