Sam Hamad lors de l'inauguration du stade de soccer Telus de l'Université Laval, en 2012.

Chronique d'un départ annoncé

CHRONIQUE / La voix brisée et les yeux rougis, Sam Hamad a expliqué que «la plus grande gratification et notre véritable salaire, on les puise dans les choses si simples, mais tellement grandes à la fois».
La maman monoparentale qui retrouve confiance et sort de l'aide sociale; le travailleur à qui tu permets de conserver son emploi; l'école de la circonscription qui évite la fermeture; le retraité qu'on aide à conserver son fonds de pension; la famille de réfugiés qui trouve un logis, etc.
M. Hamad venait de décrire les «choses simples et grandes» qui font le quotidien de la vie de député. 
Des «choses» qui auraient dû être des raisons pour rester plutôt que pour partir, M. Hamad pouvant désormais s'y consacrer à temps plein, ce qui lui était impossible lorsqu'il était ministre. Il faut croire que ces «choses simples et grandes» ne le nourrissaient plus autant. 
Il y a un malaise (pour ne pas dire davantage) à continuer de voir ainsi partir des élus avant la fin du mandat qu'ils ont sollicité. On parle ici d'un ego blessé et de lassitude face à son travail et non d'une infortune de santé ou de famille. 
M. Hamad «fatiguait assis dans le bureau de comté», depuis qu'il avait été exclu du Conseil des ministres le printemps dernier.  
«Je suis un actif et un député, c'est moins actif [qu'un ministre]», avait-il confié lors d'une conversation à la fin janvier. 
M. Hamad se donnait encore un peu de temps, mais il avait commencé à comprendre qu'il ne reviendrait plus au Conseil des ministres. Dans ce contexte, il constatait qu'il avait «fait le tour du jardin».
C'était dès lors la chronique d'un départ annoncé.  
M. Hamad s'ajoute à une longue liste d'élus dont le coeur pour «servir» les électeurs, comme ils aiment le dire, a cessé de battre en cours de route. 
Je ne parle évidemment pas de la députée Sylvie Roy, décédée l'été dernier.
Cela fait désormais une quinzaine de départs depuis la dernière élection, autant que le record de départs prématurés du deuxième gouvernement de René Lévesque, de 1981 à 1985.
Que les élus ne reçoivent plus de prime de départ lorsqu'ils partent sans raison forcée ne console qu'à moitié. Le public doit encore assumer la facture d'une élection partielle qui coûtera 500 000 $ à 600 000 $. Il faudra bien trouver un jour une réponse à ce gaspillage.
J'ai l'impression d'avoir fait plusieurs fois déjà le bilan politique de Sam Hamad, mais le contexte d'une sortie officielle impose d'y revenir. 
M. Hamad aura été un joueur central de la scène locale (puis nationale) depuis le début des années 2000. 
Résilient, opiniâtre et fort de solides contacts dans le Parti libéral et la communauté locale de Québec, il s'est battu avec succès pour développer la capitale. 
Le souvenir de ce rôle lui a inspiré un moment de forte émotion et de lyrisme presque shakespearien. 
«Québec, je te vois te développer et t'embellir. Je t'ai accompagnée dans tes plus grandes ambitions et je réalise, avec une grande satisfaction, que tu es condamnée à réussir.»
Roméo au balcon de Juliette : «Voici ma dame! Oui, voici mon amour!» «Québec, je serai toujours ton meilleur ambassadeur et ton plus grand fan
Aime ou n'aime pas son style ou ses standards éthiques, il faut reconnaître la contribution de M. Hamad à nombre de projets qui ont façonné la ville depuis 20 ans. Sam Hamad livrait. 
Promenade De Champlain, PEPS, Musée national des beaux-arts, amphithéâtre, centres de foires et des congrès, 400e, etc. 
Son départ du cabinet l'an dernier avait laissé un vide de leadership dont la région s'était inquiétée. Le maire Labeaume et d'autres avaient alors souhaité ouvertement son retour. 
Mais personne n'est irremplaçable. Le nouveau ministre de la capitale, François Blais, a fini par faire sa place. Il maîtrise mieux qu'au début le jeu politique, il a trouvé ses repères et développé à son tour des liens dans la communauté locale. On n'entend plus personne aujourd'hui se plaindre d'un manque de leadership provincial. 
Ce qui fait défaut, c'est plutôt du côté fédéral, le gouvernement Trudeau ayant choisi de ne pas nommer de ministre responsable dans les régions.
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M. Hamad prévient qu'on ne le reverra pas en politique, ni à la mairie de Québec, ni ailleurs, ni à court terme, ni jamais. 
Il a précisé à la radio de Radio-Canada, en fin d'après-midi jeudi, qu'il travaillera pour une entreprise manufacturière de la région. Quelques détails restent à régler avant d'annoncer laquelle. Lors d'un entretien plus tôt en journée, il avait indiqué que «mon emploi ne touchera pas les dossiers de la région de Québec. J'irai pas faire de lobbying, ça c'est interdit», ni de développement des affaires avec le gouvernement. 
«Avec mon expérience, je suis capable de faire beaucoup de choses», croit-il.
M. Hamad était à dresser le bilan personnel de sa vie politique lorsque le privé a cogné à sa porte il y a quelques mois.
«Je n'ai pas cherché», dit-il. «Les gens voyaient mon potentiel, il y a eu des approches.»
M. Hamad affirme que cette offre n'a pas accéléré sa décision de quitter la politique, mais je ne parierais pas là-dessus. 
Quand on a été contraint de quitter la fonction qu'on aimait et que l'ego en est resté meurtri, on ne peut être indifférent à l'idée de se savoir désiré ailleurs.