Laurent Lessard  (photo) aurait manqué à son rôle de ministre des Transports au matin de la tempête, selon le député péquiste Sylvain Gaudreault.

Ce sera la faute à personne

CHRONIQUE / Une des grandes frustrations des citoyens est qu'il semble n'y avoir jamais de responsable lorsque la machine du service public s'enraye. Les élus sont en théorie imputables, mais dans les faits, ce n'est jamais la faute de personne.
On peut déjà imaginer les conclusions des enquêtes sur la tempête de cette semaine : ratés dans les communications, la coordination et les lignes de commandement; plans d'urgence inadéquats, incomplets ou mal appliqués. 
L'explication sera multiple et incontestable : un peu la faute de tout le monde, mais celle de personne en particulier.  Comme si ce ne pouvait être que le système qui faillit et jamais les humains.
Le sacrifice rapide de deux boucs émissaires au lendemain de la tempête, l'un officier de la Sûreté du Québec et l'autre sous-ministre aux Transports, ne doit pas faire illusion.
Ces suspensions tiennent davantage du «lynchage» et d'une opération de relations publiques que d'une véritable compréhension de ce qui a déraillé dans la nuit du 13 mars. 
Le gouvernement et la police ont dû sentir que le public ne se satisferait pas des excuses du premier ministre et des piètres réponses des ministres des Transports et de la Sécurité publique. On a donc livré deux premiers coupables. Vite fait bien fait, sans perte de salaire ni perte d'emploi. Le contraire aurait été hasardeux quand on ne sait pas encore quelle fut la part de chacun dans le cafouillis.
La tempête passée, ils reprendront discrètement leur poste ou un autre. À défaut, on leur trouvera une tablette pour attendre la retraite et la machine retournera à son ronron jusqu'à la prochaine tempête. 
J'ai repensé cette semaine au ratage de la Ville de Québec dans le déneigement de l'hiver dernier. 
Ce n'était ni la faute du maire ou des élus, ni celle des gestionnaires, ni celle des contremaîtres ou des cols bleus dans la rue. 
Pas de responsable. Juste la faute du système, de mauvaises procédures ou du flou dans la ligne de commandement. 
Le soir où il aurait fallu ramasser la neige mouillée avant qu'elle gèle, il ne s'était trouvé personne pour en donner l'ordre. Ce n'était pas de la mauvaise foi, mais ce qui aurait dû être fait ne l'a pas été. Comme cette semaine. 
Ces ratages sont le symptôme d'administrations publiques déresponsabilisées où l'on n'ose plus prendre d'initiative. 
On craint d'être blâmé pour avoir dérogé au plan, défié la ligne hiérarchique ou dépassé le budget alloué. 
Tranquillement, la machine se met à perdre de son ressort. Elle se résigne, se tient occupée à nourrir les processus qu'elle a elle-même créés, s'applique à ne pas froisser les hauts gestionnaires soucieux de leur carrière. 
Elle finit par perdre de vue le gros bon sens et la finalité du service public : servir les citoyens.
L'initiative des pompiers de Montréal est ici une belle et rare exception. Sachant des citoyens en péril sur l'autoroute enneigée, ils ont arrêté d'attendre que le plan aboutisse et sont partis à leur secours. Bravo.
Le ministère des Transports fut toute la semaine au centre de la tourmente. Tant pour ses ratés sur les routes qu'aux points de presse de son ministre titulaire.
Sylvain Gaudreault, qui l'a dirigé de 2012 à 2014 dans le gouvernement du PQ, parle d'une «déresponsabilité» et d'un bris de confiance entre le politique et l'administration.
Cela pourrait s'expliquer croit-il par la succession rapide des ministres (Poëti, Daoust, Lessard) et par la perte d'expertise au Ministère.
M. Gaudreault croit que M. Lessard a manqué à son rôle de ministre au matin de la tempête. Il fallait, dit-il, rassurer les citoyens et se montrer en contrôle. À son arrivée au parlement, le ministre ignorait encore ce qui s'était passé pendant la nuit. 
M. Gaudreault n'est évidemment pas un observateur neutre, mais ce qu'il soulève est pertinent. 
Qu'attend-on d'un ministre en période de crise et dans la gestion quotidienne? 
D'être le premier porte-parole de son ministère, comme on a vu cette semaine?
Ou d'en être un leader éclairé qui laisse à la machine la responsabilité des opérations, mais est capable de l'inspirer par sa vision, de challenger ses choix et de corriger le tir au besoin?