S’il est une ville qui sait ce que des Olympiques peuvent apporter de visibilité, de prestige et de nouvelles infrastructures, c’est bien Calgary. Les Jeux de 1988 (photo) l’ont mis sur la carte du monde et en ont fait un haut lieu du sport d’élite avec ses centres d’entraînement nationaux.

Ce chinook qui souffle les Olympiques

Les citoyens de Calgary ont vécu l’extase des Jeux de 1988 et surfé depuis sur la fierté. S’ils ont dit non à une nouvelle candidature, quelle ville canadienne voudra encore des Olympiques?

Québec? Le maire Labeaume y a renoncé en 2016, mais le retrait de Calgary garde l’hypothèse olympique ouverte. Dans le cas contraire, le délai pour un retour des Jeux au Canada aurait été repoussé à beaucoup plus tard. Qui sait s’il y aura encore des Jeux olympiques rendu là.

Le rejet par référendum (56 %) à Calgary s’ajoute aux revers du mouvement olympique dont la démesure effraie de plus en plus les villes et gouvernements des pays démocratiques.

Les efforts du Comité International Olympique (CIO) pour assainir sa gouvernance et réduire (en apparence) ses exigences ne convainquent personne.

Le gigantisme des jeux et l’explosion des coûts de sécurité continuent de faire peur.

Pourtant s’il est une ville qui sait ce que des Olympiques peuvent apporter de visibilité, de prestige et de nouvelles infrastructures, c’est bien Calgary. Les Jeux de 1988 l’ont mis sur la carte du monde et en ont fait un haut lieu du sport d’élite avec ses centres d’entraînement nationaux.

Sans compter qu’on y a retrouvé ces dernières années un contexte pouvant rappeler celui du début de ses années 1980 : chômage élevé, faible prix du pétrole, chute de la valeur des maisons, vacances élevées, etc.

Il peut arriver qu’une ville se mette alors à souhaiter une étincelle.

Le maire Naheed Nensi, un progressiste, était de ceux-là. Ils étaient nombreux à Calgary à le croire aussi. Jusqu’à tout récemment, il y avait peu d’opposition ouverte et la candidature semblait avoir de bonnes chances de réussir pour 2026, après un long exil des Jeux en Asie.

Un chinook s’est levé cet automne, ce vent typique des Rocheuses qui réchauffe brusquement les températures. Les appuis olympiques ont rapidement fondu, tant au Conseil municipal que dans la population.

On est encore à en chercher la cause, la plus probable étant les tergiversations du Canada sur sa contribution et son refus d’assumer d’éventuels dépassements de coûts de sécurité.

Un doute s’est installé : qu’adviendrait-il des services de première ligne et des finances de la Ville si celle-ci devait hériter d’un déficit?

Le taux de participation étonnamment élevé au référendum de mardi (40 %), presque autant qu’aux élections municipales de l’automne 2017, donne la mesure de ces inquiétudes.

Les hésitations du gouvernement canadien et les difficultés d’arrimage avec le gouvernement provincial (néo-démocrate) me semblent inhabituelles.

Maladresse de communication ou réticence du Canada à financer de nouveaux projets olympiques? Ce n’est pas très clair encore. Ce qui l’est par contre, c’est qu’aucune ville ne voudra des Olympiques si elle doit porter les risques de dépassement de coûts de sécurité.

Il y a beaucoup d’excellentes raisons de se méfier des Olympiques ou de s’y opposer : corruption, dopage, démesure, autocratie du CIO, exigences déraisonnables, dérangement, coûts exorbitants pour un party éphémère, dérive du sport vers le spectacle, inutilité des équipements après les jeux, etc.

L’ex-olympien Jean-Luc Brassard en a rajouté à la veille du vote à Calgary en dénonçant l’exploitation des athlètes à des fins mercantiles. Du «cheap labor», dit-il. Ben coudonc.

Cela dit, il peut y avoir quelques motifs de vouloir quand même les Jeux.

Pour une ville, ce peut être un formidable levier pour faire payer par les gouvernements supérieurs et le privé, des infrastructures urbaines, de transport et équipements de sport. De l’argent qui ne viendrait pas s’il n’y avait pas les Jeux.

J’ai déjà pensé que pour Québec, c’était peut-être le meilleur moyen (voire le seul) d’obtenir de l’aide pour des projets coûteux : tramway, aéroport, train rapide, résidences étudiantes, équipements de sport d’envergure (aréna, anneau de glace, etc.).

Je vous fais grâce ici du troisième lien qui n’était pas dans le paysage à l’époque où Québec pensait aux Olympiques. Eût-ce été le cas, vous pouvez être certains que ses partisans en auraient fait une condition olympique.

Mais tout ça est de l’histoire ancienne. La théorie du levier olympique ne tient plus ou difficilement.

Québec est en train d’obtenir ses infrastructures sans avoir eu besoin des Olympiques. Je craindrais même que des Jeux servent à justifier la folie des grandeurs qui de plus en plus nous afflige.

Et puis, je vois mal que des Jeux puissent être d’une grande utilité pour répondre aux principaux enjeux qui préoccupent aujourd’hui Québec : la congestion, le manque de main-d’œuvre et le vieillissement de la population.