Le gouvernement du Québec ira chercher les 800 millions $ qui manquaient dans une enveloppe fédérale qui sera disponible dans quatre ans. Une «technicalité» qui permet de dénouer l’impasse des derniers mois et d’avancer. Le ministre des Transports, François Bonnardel a parlé d’une réalisation par «phases», mais dans les faits, il n’y a rien de changé. Pour les grands projets, le décaissement se fait principalement à l’étape de la construction.

Bonne nouvelle en cet étrange pays

CHRONIQUE / Le bon sens aura finalement eu raison des tensions politiques entre le fédéral et le provincial. Le projet de transport structurant de Québec ira de l’avant selon le calendrier. Les parcours et les modalités prévus.

Cela fait deux bonnes nouvelles le même jour avec l’annonce lundi matin de la parution prochaine d’un nouvel album de Jean Leloup : L’étrange pays. Bien dit.

L’invraisemblable scénario d’un plan B minceur, lancé la semaine dernière par le premier ministre François Legault est donc mise de côté.

Le gouvernement du Québec ira chercher les 800 millions $ qui manquaient dans une enveloppe fédérale qui sera disponible dans quatre ans. Une «technicalité» qui permet de dénouer l’impasse des derniers mois et d’avancer.

Le ministre des Transports, François Bonnardel a parlé d’une réalisation par «phases», mais dans les faits, il n’y a rien de changé. Pour les grands projets, le décaissement se fait principalement à l’étape de la construction. 

Le calendrier du transport structurant prévoit une mise en chantier en 2022 pour livraison en 2026. C’est pendant cette période que l’argent deviendra nécessaire. Que les 800 millions $ deviennent disponibles seulement en 2023 plutôt que tout de suite n’aura donc pas de conséquence.

Avec le 1,8 milliard $ du provincial et les 400 millions $ du fédéral déjà acquis (plus les 300 millions $ de la Ville), il y a bien assez pour lancer les travaux. Le gouvernement du Québec confirme qu’il donnera sous peu le feu vert et toute la latitude nécessaire à la Ville de Québec pour démarrer.

Ainsi s’achève un autre épisode tragicomique de la vie de cet étrange pays. 

L’issue en était pourtant écrite dans le ciel depuis le début. Les deux gouvernements disaient être favorables au projet et avoir l’argent demandé. Où était le problème?

On peut s’étonner (et déplorer) qu’il ait fallu des mois de bras de fer et de chantage pour régler les détails, mais l’important est qu’on y arrive.

Le dernier chapitre (et le plus gênant) aura été ce scénario d’un plan B lancé par M. Legault comme une menace. 

De deux choses l’une. 

Ou bien M. Legault ne savait pas de quoi il parlait et ignorait que couper 25 % allait dénaturer le projet et y ajouter des problèmes insurmontables. 

Ou alors, il savait très bien de quoi il parlait et cherchait, sans le dire, à torpiller le projet en essayant d’en faire porter l’odieux par le fédéral. On comprend aujourd’hui que ce n’était pas son intention. 

 ***

Avant de tourner la page, je trouve utile de rappeler pourquoi ce plan B était insensé et impossible. 

Pas pour m’acharner M. Legault, mais parce que c’est une belle occasion de rappeler ce qu’est le projet de transport structurant et pourquoi il est ce qu’il est. 

On parle d’un projet qui vise à rejoindre un maximum de citoyens, y compris ceux de la périphérie. 

On utilise souvent le mot tramway comme raccourci, mais il s’agit bien d’un réseau dont les composantes sont imbriquées l’une dans l’autre et complémentaires, soit : une ligne de tramway de 23 km (2 milliards $); une ligne de trambus de 17 km (572 millions $); des voies réservées, pôles d’échanges, stationnements incitatifs (407 millions $) et des aménagements municipaux le long des lignes (300 millions $). Total : 3,3 milliards $.

Raccourcir des lignes pour des motifs budgétaires signifierait qu’on laisse tomber un grand nombre de citoyens. Ça irait à l’encontre de tout ce qu’on a entendu lors des audiences publiques sur le projet. 

Déjà que ce projet n’a pas été discuté lors de la dernière campagne électorale municipale, c’est un minimum démocratique d’écouter ce qu’on y a dit. 

Un des messages forts lors de ces audiences était de rejoindre davantage les secteurs est, nord et ouest et pas seulement les quartiers centraux. Il faut pour cela aller le plus loin possible. Pas raccourcir les lignes.

Pour couper 800 millions $, il aurait fallu amputer 9 km aux extrémités du tramway. 

Des ateliers et garages sont cependant nécessaires aux extrémités des lignes si on souhaite une certaine efficacité. Cela prend de l’espace. Il y en a dans les bouts de lignes actuelles, mais ce serait plus compliqué avec un terminus au Phare et un autre au cœur de Limoilou.

On pourrait toujours imaginer des coupures dans le trambus. Éliminer par exemple la portion qui dédouble le tramway le long du boulevard Laurier ou le tronçon «orphelin» de Saint-Roch à ExpoCité. 

Il aurait suffi alors de déplacer un peu le tramway pour qu’il serve directement l’amphithéâtre, le nouveau marché, etc. Ce serait un trajet bien plus intéressant à mon avis, mais c’est un autre débat. 

De toute façon, ça aurait été insuffisant pour atteindre l’objectif de coupe de 800 millions $. Insuffisant même en éliminant la totalité du trambus (572 millions $) et le pôle d’échange d’Estimauville, ce qui impliquait de laisser tomber les citoyens de Beauport, de Limoilou et de l’Est. 

Couper dans les nouvelles lignes et voies réservées nord-sud, Parc-o-bus et autres pôles d’échange (407 millions $) n’aurait pas eu plus de sens et aurait été insuffisant aussi. 

Ce sont des composantes essentielles au réseau qui assurent l’interconnexion entre l’auto et le transport collectif d’une part et entre les lignes d’autres part.

***

Voilà. Je crois qu’on a fait le tour. 

Si on résume, la volonté politique de réaliser le tramway est réaffirmée par les trois niveaux de gouvernement et le financement viendra. 

Reste à attendre l’étude comparative tramway-métro-monorail qui devrait dissiper les derniers doutes sur le choix du tramway. 

Sauf pour ceux qui ont déjà choisi qu’ils n’en voulaient pas et préfèrent continuer à rouler dans l’étrange pays du tout à l’auto.