À l’abri de la politique!

CHRONIQUE / L’appui de la Coalition avenir Québec (CAQ) met le projet de transport structurant de Québec à l’abri des débats partisans et racoleurs qu’on pouvait redouter à l’approche de la campagne provinciale.

L’hypothèque de la prochaine élection est ainsi levée. Le projet pourra aller de l’avant, peu importe le résultat de l’élection. Ce n’est pas rien. 

Le plus important projet de mobilité dans la capitale depuis le pont Laporte et les autoroutes des années 60-70 a désormais l’appui des quatre principaux partis au Québec (PLQ, PQ, CAQ, QS). On peut vraiment parler d’un projet rassembleur.

Ça ne veut pas dire que tout est parfait et qu’il n’y a plus de questions à poser, mais cela en dit long sur les mérites et la qualité du projet déposé par l’administration Labeaume sous l’impulsion du gouvernement libéral. 

La CAQ ne renonce pas pour autant à son 3e lien, on s’en doute, mais elle a sans doute compris que le projet était dans l’intérêt général de la région. Et le sien.

Beaucoup d’électeurs auraient été déchirés: voter pour changer de gouvernement ou voter pour un projet stimulant pour l’avenir de Québec.

Ces électeurs pourront maintenant se concentrer sur d’autres enjeux que ceux de la mobilité et du transport. Il y en a quelques autres, paraît-il.  

La CAQ pose comme seule condition qu’il y ait un lien avec Lévis, ce qui tient du gros bon sens. C’est d’ailleurs prévu dans l’entente signée par MM Labeaume et Couillard. Une formalité ou presque.

Le parti de François Legault promet de garder l’œil sur les coûts et de possibles améliorations au projet, ce qui tient aussi du gros bon sens.

Quant à la connexion que la CAQ promet avec un 3e lien, ce sera intéressant dans la mesure où un troisième lien le serait, ce qui est loin d’être démontré encore. 

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On a senti depuis la semaine dernière un large consensus des acteurs publics de la région et d’ailleurs. Même de farouches adversaires du maire Labeaume (l’ex-directeur général Denis DeBelleval; l’ex-chef de l’opposition Anne Guérette), ont applaudi au projet.

Le parti d’opposition de Jean-François Gosselin, qui n’y croit pas, se retrouve aujourd’hui presque seul dans le camp des irréductibles.  

Ces derniers jours, les principales critiques n’ont pas porté sur la qualité du projet, mais sur la légitimité du maire Labeaume à construire un tramway.

Lors de la campagne, il n’en a jamais parlé sinon pour dire que son projet de transport ne serait pas un tramway.

Il ne faut pas s’étonner que plusieurs se sentent aujourd’hui floués. Ce n’est pas ce qu’on attend de la démocratie.

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Ce «déficit» de légitimité doit-il être corrigé par un référendum, comme le voudraient M.Gosselin et des commentateurs publics?

Je ne pense pas. Je peux comprendre la tentation de vouloir «punir» le maire.

Mais est-ce vraiment dans l’intérêt collectif d’envoyer ce projet en référendum et risquer de tout perdre? On sait combien un débat référendaire peut devenir démagogique et improductif. 

Je vais reprendre ici quelques arguments de ma chronique de janvier sur ce même sujet. 

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Sur quoi irait-on voter? 

Ce projet forme un tout: tramway, trambus (autobus articulés électriques), Métrobus, stationnements incitatifs, voies réservées, liens mécaniques haute-ville/basse-ville, etc.

Un non au référendum serait-il un rejet de chacune de ces mesures? Ça n’aurait pas de sens. Et comment saurait-on à quoi les gens ont dit oui ou non? 

Voter uniquement sur le tramway n’aurait pas plus de sens.  

Le projet de réseau prévoit rabattre les passagers des banlieues vers des tram et trambus à forte capacité. Si on retirait le tram, le reste ne serait plus possible.

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Qui irait voter?    

La logique d’un référendum est de faire voter ceux qui payent. Dans ce cas-ci, c’est 60 % le provincial et 40 % le fédéral.

Faudrait-il faire voter tous les citoyens du Québec et du Canada?

On ne vote pas sur le métro de Montréal ou les trams de Calgary, Ottawa ou Edmonton que nous payons en partie. Pourquoi voter sur celui de Québec? 

Un vote local n’aurait guère plus de logique. Encore une fois, qui voterait? Les citoyens de Québec seulement? Ceux de Lévis, mais juste un peu parce qu’ils n’auront qu’une petite connexion? Ceux de la lointaine périphérie qui voudront se connecter au réseau de Québec? 

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Comment avoir le meilleur projet?

Les référendums mènent par nature à une confrontation entre le oui et le non. Il faut tout prendre ou tout laisser.

De bonnes audiences publiques ont plus de souplesse et permettent la recherche du meilleur projet possible à partir des suggestions et critiques qu’on y exprime. 

C’est arrivé l’an dernier sur le même sujet. En audiences, des citoyens ont déploré que le projet de Service rapide par bus (SRB) n’offre rien aux banlieues et en haute ville. On a corrigé dans le nouveau projet.

Un référendum ne permet pas ces améliorations, sans parler des délais et animosités qu’il provoquerait. Ce projet mérite mieux.