Chronique

Le nerf de la guerre

CHRONIQUE / Québec passe à la vitesse supérieure pour «vendre» et expliquer aux citoyens le projet de tramway et de transport structurant.

Il était temps.

Le silence de l’administration Labeaume lors du débat public sur le projet de SRB avait été une des causes de l’échec. On sentait pourtant la même tiédeur ces derniers mois pour le nouveau projet, ce qui risquait de mener au même résultat.

«Le nerf de la guerre, c’est de communiquer», dit croire aujourd’hui le président du RTC, Rémy Normand.

On a ainsi vu lundi soir au Conseil un maire Labeaume défendre le projet avec une passion et une conviction qu’on ne lui avait pas vues depuis longtemps. 

Pour obtenir une large «acceptabilité sociale», les promoteurs doivent prendre le temps d’expliquer leurs choix et en décrire les avantages plutôt que d’attaquer ceux qui posent des questions.

Ce projet de 50 kilomètres de tramway, trambus et voies exclusives va transformer de façon radicale l’offre de transport en commun à Québec.

Sa mise en œuvre sera cependant précédée de plusieurs années de chantiers qui vont mettre à l’épreuve la patience des citoyens.

Si ceux-ci ne sont pas convaincus que c’est le bon projet et que le résultat en vaut la peine, on se prépare des années de chaos social.

Les politiciens auront-ils alors le courage de résister à la grogne? C’est le genre de risque qu’on ne veut pas courir. 

Québec pose un premier geste en donnant accès à 5200 pages d’études sur le projet actuel et sur ceux qui lui ont pavé la voie.

Personne n’est dupe. Il s’agit davantage d’une opération de communication que d’une opération de transparence, ces documents étant déjà accessibles.

On veut ainsi contrer la perception que le tramway a été improvisé au lendemain de l’élection municipale de l’automne 2017, comme continue de le suggérer le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin.

Celui-ci a repris au Conseil les mots qu’il avait eus il y a deux semaines lorsque Le Journal de Québec a mis la main sur 13 pages de fiches techniques sur les modes possibles de transport urbain (métro, tramway, SLR, train de banlieue, monorail, autobus, etc.).

«On savait que le projet avait été fait sur un coin de table, on vient de trouver la napkin», s’était alors amusé M. Gosselin. 

C’est une bonne ligne de communication, forte et imagée. Je la trouve bien réussie et elle m’a fait sourire. Mais sur le fond, c’est évidemment faux. 

Québec n’a pas choisi un tramway sur la base de 13 pages de fiches techniques. Ce raccourci intellectuel permet peut-être de faire du millage politique, mais n’apporte rien d’utile au débat. Ne gaspillons pas le temps public alors qu’il reste encore tant de questions pertinentes sans réponse. 

Le choix d’un tramway plutôt que d’un métro par exemple. Ce n’est pas qu’on ignore la réponse, mais c’est devenu un préalable à l’acceptabilité sociale du projet. M. Normand a commencé à mieux l’expliquer, mais il faut pouvoir convaincre les citoyens (et des radios) que le tramway est le meilleur choix. 

***

Vous trouverez toutes les réponses dans les 5200 pages rendues publiques, a martelé le maire Labeaume au Conseil.

Je n’ai pas eu le temps de toutes les parcourir, mais je doute qu’on y trouve la réponse sur le métro. 

Elle n’y était pas non plus dans le Plan de mobilité durable de 2010 qui a relancé le projet de tramway. Cette réponse était peut-être trop évidente pour que les auteurs s’y attardent.  

Mais il y a aujourd’hui intérêt à vider la question si on veut éviter de lancer le tramway sur les rails du doute.

Chronique

Les blues du piéton d'hiver

CHRONIQUE / L’histoire commence par une lettre de lectrice. Une toute petite histoire. Mais notre relation à l’hiver tient souvent à de petites choses qui font une différence.

La lectrice déplorait qu’on ait cessé de déneiger les accès à la promenade Samuel-De Champlain au pied des côtes du Verger, Gignac et de Sillery. 

Elle fut déçue des explications après avoir fait part de son mécontentement. On lui a dit qu’il était «impossible de déneiger, les infrastructures n’étant pas conçues pour ça».

La réponse m’a aussi étonné. 

Voire si, dans une ville rompue à l’hiver, il puisse être impossible de déneiger trois bouts de trottoirs de quelques mètres pour permettre l’accès, dût-on y aller à la pelle.

J’aurais été moins étonné si on avait évoqué les coûts ou la faible fréquentation de la promenade en hiver. Qui veut aller se les geler au vent du fleuve par 20 sous zéro en janvier?

La réalité est qu’ils sont beaucoup plus nombreux qu’on pense. Les sentiers tapés en témoignent. 

L’autre réalité est que cette promenade est un «produit d’hiver» spectaculaire et exclusif que Québec gagne à mettre en valeur, tant auprès des touristes que des résidents.

La lectrice disait y aller presque tous les jours, à pied ou en ski de fond à partir de chez elle. On lui a recommandé d’utiliser l’accès déneigé du quai des Cageux, ce qui impliquait qu’elle prenne sa voiture. Pas très cohérent avec les objectifs d’environnement et de santé publique.

J’ai pris le relais et suis allé à mon tour poser des questions. 

C’est la Ville de Québec, chargée de l’entretien de la promenade, qui avait pris la décision. Une question budgétaire, j’imagine. 

À moins d’y voir un effet de la nouvelle structure administrative qui centralise désormais les activités et éloigne les décisions des réalités des quartiers.

Quoi qu’il en soit, les questions ont eu leur effet. La Ville a mené une nouvelle «analyse» et s’est ravisée. Elle reprend dès maintenant le déneigement des accès à la promenade au pied des côtes. Bonne nouvelle.

La prochaine bataille risque d’être moins facile. Convaincre le ministère des Transports (MTQ) de changer ses équipements ou ses techniques de déneigement sur le boulevard Champlain. 

«Est-ce que la Ville de Québec, quand elle déneige, envoie sa neige sale de la Grande Allée sur les Plaines? Non! Pourquoi le MTQ envoie-t-il la neige sale du boulevard Champlain sur la promenade?» demande la lectrice. Bonne question. 

Bonne question, d’autant plus que la même se pose en ville à chaque opération déneigement. 

Comme on n’arrive pas à tout faire en même temps, on y va par priorité. D’abord les chaussées. Quitte à repousser la neige sur les trottoirs et les rendre impraticables. 

Quand ce n’est pas la neige, c’est la glace qui les rend dangereux. Vaut mieux parfois marcher dans la rue plutôt que sur le trottoir. Je suis de ceux-là. 

Mais ce n’est pas le seul danger. 

Cette fois, c’est un lecteur du centre-ville qui écrit. L’homme est de retour à Québec après avoir vécu à l’extérieur. 

Lors d’une chute de neige récente, il raconte avoir failli être renversé par un déneigeur privé en traversant une intersection au signal piéton. Puis deux autres fois ce même jour, il a vu des feux ou des stops «brûlés» par des déneigeurs. Il s’étonnait que personne n’ait encore été tué. 

Je lui ai demandé s’il avait porté plainte à la police. 

«J’y songeais», m’a-t-il répondu, mais «une petite chronique sur la façon dont les piétons sont les laissés pour compte à Québec pourrait avoir plus d’effet qu’une simple plainte d’un citoyen». 

Je ne parierais pas là-dessus. Si j’étais le lecteur, j’aurais aussi une petite pensée pour le 911.

Et c’est sans parler du froid. On en sait quelque chose ces jours-ci. 

L’urbaniste canadien Norman Pressman, professeur à l’Université Waterloo, a utilisé il y a quelques années un indice de rigueur de climat développé par Environnement Canada pour comparer les villes du monde. 

Cet indice tient compte du refroidissement éolien (température et vents), de la durée de l’hiver (nombre de mois sous zéro) et de la température moyenne du mois le plus froid. 

Son verdict, rapporté dans l’essai Maudit hiver du journaliste Alain Dubuc : Québec (54) est tout juste derrière Saskatoon (55) et Winnipeg (56) au palmarès des villes les plus froides du monde. À l’exception de quelques bleds de Sibérie où il y a cependant moins de neige (et de trottoirs à déblayer).

Quand vous attendrez, transis et désabusés, le prochain signal pour piétons en regardant passer les voitures, vous saurez désormais que vous êtes au sommet du monde, héroïques.

On déplore souvent nos difficultés collectives à apprivoiser l’hiver. Il faut cette fois saluer chaleureusement ce projet des sociétés de développement commercial (SDC), appuyées par la Ville de Québec et l’Office du tourisme. 

Un réseau de douze «stations chaleureuses» sur des places publiques des quartiers centraux. Des foyers au gaz avec des chaises Adirondack autour, des bottes de foin pour couper le vent, des couvertures, parfois des breuvages chauds et un programme d’animation. 

On en voudrait partout. Ça peut sembler dérisoire devant l’immensité du froid, mais notre relation à l’hiver tient souvent à de petites choses qui font une différence. 

Chronique

Le Vieux-Québec passe au guichet

CHRONIQUE / Plusieurs ont vu dans la fermeture récente de quelques restaurants du Vieux-Port et dans celle annoncée de la caisse populaire de la rue des Jardins un nouveau signe de dévitalisation du Vieux-Québec.

Après son école primaire publique (partie il y a longtemps), sa SAQ, son épicerie, deux de ses pharmacies et autres institutions locales, le vieux quartier perdra aussi sa caisse. Une sorte de symbole.

Le maire Régis Labeaume et le conseiller indépendant Jean Rousseau ont dénoncé cette fermeture et n’ont pas baissé les bras.

La caisse insiste cependant qu’il n’y a plus assez d’utilisateurs pour y justifier un comptoir de service. Ses chiffres sont assez convaincants.

Ce n’est pas que le quartier va mal, mais les habitudes de consommation et les façons de faire ses transactions bancaires ont changé. On ne va plus comme avant au comptoir de la caisse et pas davantage à celui du Vieux-Québec qu’à ceux d’autres villages et quartiers.

La fermeture compliquera la vie à des commerçants qui allaient encore y déposer ou chercher des rouleaux de monnaie. Mais si des centres commerciaux réussissent à distribuer de la monnaie à leurs commerçants, il doit bien y avoir moyen d’imaginer quelque chose dans le Vieux-Québec. 

Le cas de personnes âgées ou démunies peu à l’aise avec les guichets automatiques ou n’ayant pas de téléphone intelligent ou d’ordinateur pour transiger à distance est plus délicat.

Pour celles-là, même si elles sont peu nombreuses, un guichet de caisse populaire pour encaisser son chèque peut sembler un service presque essentiel. 

Cela place le Mouvement Desjardins un peu en porte à faux avec ses valeurs fondatrices de solidarité et de vie communautaire. Il vivra le cas échéant avec ses contradictions.

La vitalité et le charme du Vieux-Québec tiennent à un fragile équilibre entre les fonctions touristiques et résidentielles. Pour que le quartier reste vivant, les résidents doivent pouvoir y trouver une diversité de services de proximité. 

La caisse contribuait à cette diversité, mais n’y est pas aussi essentielle qu’un dépanneur, une épicerie ou une pharmacie. Les espaces publics, places et lieux de rassemblement font aussi partie des services de proximité, rappelle le conseiller Rousseau. 

Le Vieux-Québec se remettra du départ de la caisse. Comme il se remettra de la fermeture de quelques restaurants du Vieux-Port. 

Il ne faut pas y voir là non plus un signe de déclin, mais au contraire, d’une grande vitalité économique qui a fini par essouffler des propriétaires qui peinent à trouver de la main-d’œuvre. 

Certains ont choisi de fermer boutique. D’autres de vendre. Cela peut décevoir les habitués, mais il n’y a pas d’impact sur la qualité de vie dans ce quartier où l’offre de restauration est aussi abondante. 

Il est dans l’ordre des choses que des restaurants ferment et que d’autres prennent la place, souvent avec des décors, des concepts et une énergie renouvelés. Ce sera le cas par exemple au bistro Le Brigantin, rue Sault-au-Matelot, fermé depuis le début du mois et qui sera relancé sous peu par un nouveau propriétaire. 

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La fermeture annoncée du Marché du Vieux-Port reste à court terme la principale menace à la qualité de vie du Vieux-Québec. Plus significative que le départ de la Caisse et les roulements dans la restauration.

Cette perte sera heureusement compensée par la venue de halles d’alimentation à l’îlot Charlevoix, dans la côte du Palais. Le projet, relativement modeste lors de l’annonce initiale de l’automne dernier, a depuis pris beaucoup d’ampleur, rapporte le promoteur. Il débordera du site initialement prévu. 

On y retrouvera des services de boucherie, de poissonnerie, de boulangerie, d’épicerie, etc., dans une galerie marchande. Il y aura aussi des logements aux étages supérieurs. Les détails du nouveau projet seront dévoilés la semaine prochaine. 

C’est probablement la meilleure nouvelle depuis longtemps pour les services de proximité dans le Vieux-Québec. Il faudra cependant un peu de patience, car la livraison du projet prendra deux à trois ans. 

Reste l’épée de Damoclès de L’Hôtel-Dieu et du départ de ses quelques milliers de travailleurs (plus les visiteurs). L’impact sur les commerces du quartier sera considérable, sans parler de l’accès aux services de santé pour les résidents du Vieux-Québec. 

La transformation des 22 immeubles du complexe hospitalier est le principal défi qui attend le Vieux-Québec au cours de la prochaine décennie. L’équilibre et la santé du quartier vont en dépendre.

Chronique

Mes résolutions de début d’année

CHRONIQUE / Il neigeait ce soir-là. Une neige légère comme dans la «Marie-Noël» de Robert Charlebois ou comme dans les cartes de souhaits des fêtes qu’on affiche sur le piano.

J’en reçois encore deux ou trois chaque année. Des proches restés fidèles à la tradition écrite en cette époque d’amis Facebook et de vœux virtuels.

Il neigeait, disais-je. 

Jamais le quartier Petit Champlain ne m’a semblé si féérique que ce soir de début janvier. 

Les lumières, le grand sapin de la place Royale, le funiculaire au ralenti, le fauteuil déserté du père Noël près du théâtre, les rues grouillantes mais sans l’urgence du magasinage de dernière minute.

Des touristes se mêlant aux promeneurs locaux, rieurs et souriant pour les photos; de grands ados efflanqués allant pieds nus dans des espadrilles blanches mouillées par la sloche; des visiteurs plus âgés, barricadés sous leurs foulards. 

Ce Vieux-Québec de carte postale, je ne peux imaginer plus beau paysage d’hiver pour une ville. 

Ma blonde est ressortie d’une boutique avec des mitaines de laine de Charlevoix. Puis on est entré prendre un chocolat chaud (moi un whisky) dans un des restos du quartier épargné par la vague de fermeture pour cause d’épuisement de leurs propriétaires. 

Le lendemain, je suis allé à la brunante marcher sur la promenade Samuel-De Champlain. 

Les glaces poussées par la marée montante glissaient sur le quai des Cageux, silencieuses et dociles, au contraire des glaces grinçantes et rocailleuses de la fin de l’hiver.

Dans les turbulences de l’actualité, on oublie parfois de dire et redire combien cette ville est belle et offre une grande qualité de vie. 

Pas pour rien que tant de citoyens soient si prompts à la défendre lorsqu’ils croient son paysage ou sa quiétude menacés.

Mes résolutions pour 2019? 

Rien de compliqué. Suivre du mieux que je peux les sujets et projets qui vous préoccupent et façonnent la ville. 

Contribuer si possible à éclairer le débat et les décisions publiques par des faits et arguments rationnels. Grosse commande en cette époque où les avis d’expert et la rigueur ne pèsent souvent pas lourd. 

Mea culpa

1- Plusieurs lapsus, erreurs et imprécisions signalés par des lecteurs dans ma revue de l’année 2018. J’en suis désolé.

L’inondation causée par un débordement de la rivière Saint-Charles en janvier 2018 a fait des dommages dans le quartier Les Saules et non dans Duberger. C’est proche, mais c’est pas pareil, semble-t-il.

2- L’ex-candidate libérale Gertrude Bourdon a été directrice-générale du CHU de Québec et non du CIUSS comme je l’ai écrit. Parlant de CIUSSS, j’avais omis le dernier S à la fin. 

Mme Bourdon a été battue par Québec solidaire (Sol Zanetti) et non par la Coalition avenir Québec, comme je l’ai écrit.

Disons que dans cette catégorie du «cafouillage de l’année», je n’ai pas laissé ma place.

3- Parmi les «Déclarations de l’année», j’ai attribué les propos «L’esti, je peux pas croire qu’après sept balles il ne soit pas mort», à Alexandre Bissonnette, auteur de la tuerie de la Grande Mosquée. 

Dans les faits, c’est un codétenu qui a attribué ces propos à Alexandre Bissonnette. Cette déclaration n’a pas été mise en preuve, mais a été rapportée au tribunal par le procureur de la Couronne. Le juge a plus tard décidé de ne pas la retenir.

4- Pourquoi ne pas avoir nommé Bernard Landry dans les disparus de l’année? 

Parce que ma revue ciblait des acteurs et événements de la région de Québec. 

Au moment d’écrire, je n’avais pas en mémoire de contribution particulière de M. Landry à la vie de Québec. En y repensant, il m’est revenu que le gouvernement Landry avait beaucoup contribué à la relance de Saint-Roch dans les années 1990, en outre par des crédits d’impôts aux entreprises de haute technologie. Si c’était à refaire, il serait dans la revue.

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Voilà pour 2018. Reste à essayer de faire mieux dans la prochaine revue. Bonne année 2019 à vous tous. Merci d’être là à continuer à nous lire. 

Chroniques

«Encore trop facile de prendre son char»

Pourrait-on imaginer la «gratuité» dans le transport en commun à Québec comme contrepoids à l’attractivité de l’auto?

L’Université Laval s’apprête à offrir cette gratuité à ses étudiants. D’autres villes, comme Boischatel, s’y intéressent.

J’ai posé la question (et bien d’autres) au président du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Rémy Normand, dans une entrevue de fin d’année. 

M. Normand n’a pas mâché ses mots. «À Québec, c’est encore trop facile de prendre son char». 

Essence pas chère, stationnement pas cher, congestion relative. «Pourquoi je prendrais le transport en commun?» demande-t-il en se mettant dans la peau de l’automobiliste. 

«Personne ne va s’en aller dans le transport en commun. À moins qu’ils soient congestionnés, que l’essence soit à 3 $ le litre ou que le stationnement soit à 250 $ par mois».

«Quand la pression est trop forte, les gens examinent les options». Sinon, c’est peine perdue. 

M. Normand est conscient de caricaturer lorsqu’il pose l’enjeu de façon aussi extrême, mais c’est avec cette réalité que le RTC doit composer. 

Il constate aussi que «les gens sous-estiment le coût» de l’auto. Surtout «si môman ou pôpa paye l’auto pour aller au cégep».

Cette réalité n’a rien d’unique à Québec. 

Pour essayer de changer la donne, des Villes et administrations publiques se tournent vers la «gratuité». Gratuité pour l’usager s’entend, car dans les faits, aucun service public n’est jamais gratuit.

Boischatel a mis fin il y a quelques jours à son entente avec le RTC. À partir de l’été prochain, elle offrira son propre service local d’autobus avec des véhicules plus petits, plus fréquents et un accès gratuit.

Les usagers ne paieront plus pour prendre les circuits d’autobus locaux, puisque la facture sera assumée par tous les contribuables. 

Ils devront cependant payer pour les connexions avec les parcours du RTC. Québec a promis de leur faciliter les correspondances. «C’est nos clients. Ils vont venir chez nous pareil», analyse M. Normand. 

Il y a quelques semaines, la principauté du Luxembourg a annoncé vouloir élargir à tous ses citoyens la «gratuité» dans l’ensemble des transports en commun. La gratuité était déjà offerte aux moins de 20 ans et aux étudiants. Si le projet se concrétise, le Luxembourg deviendrait le premier pays d’Europe à aller aussi loin. 

À l’Université Laval, les étudiants viennent de voter pour un laissez-passer universel «gratuit» dans le réseau du RTC. La «gratuité» sera financée par une cotisation obligatoire de tous les étudiants.

L’impact de ce laissez-passer sur l’achalandage n’a pas été évalué encore par le RTC. Il est cependant vraisemblable d’anticiper une hausse. 

48 % des étudiants, employés et professeurs de l’Université Laval prennent déjà l’autobus. 

D’un point de vue comptable, plus de passagers à transporter, c’est plus de coûts pour le transporteur et une plus grosse facture pour les contribuables. 

C’est un des grands paradoxes des sociétés publiques de transport. Plus elles ont de succès d’achalandage, plus la facture publique augmente.

Rémy Normand se méfie de la gratuité dans le transport en commun, comme dans les autres services publics. 

«Moi je dis toujours, tout ce qui est gratuit se gaspille. Il n’y a qu’à penser à l’eau». Il évoque aussi les services de santé. «Je ne dis pas qu’il y a du gaspillage, mais il y a parfois de l’abus». On est ici dans les nuances sémantiques. 

«Tout ce qui est gratis, nécessairement, induit soit une part d’abus, soit une part de gaspillage», poursuit-il. «C’est une règle économique de base pour moi depuis que je travaille dans la fonction publique».

M. Normand concède que la gratuité est «peut-être une solution» pour le transport collectif. Mais il prévient : «À quelque part, il y a quelqu’un qui va payer». 

Les citoyens de Québec assument actuellement 53 % du budget d’opération du RTC (224 M$ en 2019). Le ministère des Transports paie 15 % et les usagers, 32 %.

On est loin de la gratuité pour l’usager, mais ceux de Québec paient moins en proportion que ceux de Montréal (53 %) et moins que la moyenne canadienne (45 %).

À noter que l’offre de service à Québec est moindre qu’à Montréal et autres grandes villes canadiennes. Nous sommes la seule grande ville au pays à ne pas avoir encore de transport sur rail.

Le laissez-passer gratuit pour les étudiants de l’Université Laval pourrait avoir un impact sur les heures de pointe à Québec, croit le président du RTC. 

Plus d’étudiants qui prennent l’autobus, ça signifie moins de voitures sur les routes et moins de congestion.

Il pourrait aussi y avoir un «un effet induit multiplicateur» avec les changements d’horaires à l’Université, estime M.Normand.

Depuis l’automne dernier, 61 cours d’administration et de sciences sociales ont été repoussés de 8h30 à 9h. 

À partir de janvier, s’ajouteront des cours de foresterie, géographie, géomatique, agriculture et alimentation pour un total de 93 cours.

Le RTC a déjà constaté un «petit glissement sur l’heure de pointe du matin et le soir, c’est plus marqué encore». 

L’heure de pointe de Québec s’étire, ce qui suggère qu’elle devient peut-être moins lourde.

L’Université Laval est aussi à analyser les impacts de l’étalement de ses horaires. Elle a demandé aux étudiants concernés si leur mode de transport et leurs temps de déplacement avaient changé.

Les résultats sont attendus en janvier, mais les premiers commentaires étaient si positifs que l’Université n’a pas attendu avant d’élargir son projet pilote. 

La démographie et les changements de comportement des citoyens vont aussi avoir un impact sur la congestion, prévoit Rémy Normand. Les retraités se déplacent davantage en dehors des heures de pointe. Ils préfèrent parfois marcher, aller à vélo ou en autobus. Au Festival d’été par exemple. Le paysage du transport n’a pas attendu le tramway pour commencer à changer. 

Chronique

Les «choix politiques» du maire Labeaume

CHRONIQUE / L’opposition reproche à l’administration Labeaume des «choix politiques» favorisant les districts de son équipe au détriment des autres.

Ils en veulent pour preuve la mise à l’écart de projets annoncés dans des districts de l’opposition (jeux d’eau à Loretteville et aréna à Beauport) pour privilégier une piscine «tombée du ciel» dans un district du pouvoir (Vanier). 

Au premier regard, la manœuvre semble en effet suspecte. 

Le projet dans Loretteville a par exemple été inscrit au Programme triennal d’immobilisations (PTI) à l’époque où Raymond Dion siégeait avec Équipe Labeaume. 

Il en fut retiré cet automne, après que M. Dion ait choisi de devenir indépendant. Une coïncidence pour laquelle il est difficile d’en vouloir à l’opposition de soupçonner la partisanerie politique. 

Surtout que le maire Régis Labeaume nourrit lui-même cette perception par ses appels insistants à voter pour le pouvoir. Encore le mois dernier, lors de l’élection partielle dans Lebourgneuf.

Les électeurs n’y ont pas cru, mais l’intention était claire : vous serez mieux servis en votant du bon bord.

Au lendemain de l’élection, M. Labeaume a fait amende honorable. 

Il a dit vouloir réaliser tous les projets promis en campagne dans Lebourgneuf, même si le district venait de lui tourner le dos. «Je suis le maire de tout monde», s’est-il alors souvenu.

Les districts détenus par l’opposition reçoivent-ils leur juste part des services et des investissements de l’administration municipale?

La question est sans doute pertinente, mais la réponse risque de décevoir ceux qui croient au complot. Voici pourquoi.

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1- Au conseil municipal, lundi soir, le maire Labeaume a dressé une liste convaincante de projets d’investissement retardés dans des districts détenus par des élus de son équipe : pataugeoire au parc Myrand, terrain de baseball à Sainte-Geneviève, tennis Saint-Yves, parc Marcoux, parc de la Pointe-aux-Lièvres, pumptrack au parc Dollard-des-Ormeaux, stationnement et tennis au parc Victoria, pataugeoire Roland-Beaudin, parc Cambert, lacs Laberge à la base de plein air de Sainte-Foy, piste et surface au parc du Collège des Compagnons, etc.

Ces projets n’étaient pas (pour la plupart) inscrits au PTI, ce qui est une nuance importante, direz-vous. Mais PTI ou pas, les conseillers des districts concernés ont dû être déçus que «leur» projet soit repoussé ou tarde à apparaître au PTI. Comme le sont les élus d’opposition pour les projets mentionnés ci-haut.

Chaque année, des projets entrent et sortent du PTI, au gré des priorités ou impondérables du moment. Il n’est pas exclu que ce puisse être parfois pour des raisons partisanes, mais il est difficile d’y voir un système organisé.

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2- Seule «une» job de moine permettrait de mesurer la part précise des 1,9 milliard $ du PTI allant à chaque district de la Ville.

Les fiches techniques décrivant les projets ne font pas mention du district et visent souvent des enveloppes globales. Par exemple : mise à niveaux des terrains de basket-ball, chauffage des piscines extérieures, etc.

Il faudrait pouvoir examiner chacune de ces enveloppes administrées par différents services de la ville pour identifier les lieux précis qui profiteront de l’investissement. Une job de moine, je vous dis.

Le maire a fait valoir au Conseil que l’arrondissement de Beauport (où l’opposition est en majorité) avait reçu sa large part d’investissements ces dernières années. Plus que d’autres peut-être. C’est possible. Comme il est possible qu’un échantillon pris une autre année donne des résultats différents. 

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3- L’opposition s’en désole, mais les projets d’immobilisations sont toujours des choix politiques. À part peut-être les urgences d’ingénierie ou de voirie qui ne laissent guère le choix d’intervenir. Ou les obligations légales, comme celle de recycler les déchets putrescibles.

Pour le reste, il y a des arbitrages à faire entre les projets et les districts en fonction de ses valeurs, engagements électoraux et de sa vision.

Dans les années 1990, j’ai souvenir que les districts du nord de l’ancienne Ville de Québec se plaignaient d’être délaissés au profit du centre-ville. 

Saint-Roch était alors aux soins intensifs et recevait plus d’attention que d’autres. Ça n’avait rien à voir avec les orientations partisanes des élus locaux. C’était un choix politique dans le sens noble du terme.

Comme aujourd’hui, celui d’une piscine dans un quartier (relativement) défavorisé comme Vanier, plutôt que des jeux d’eau dans Loretteville ou dans Sainte-Foy. C’est un choix politique et social tout à fait compréhensible. 

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Il y a une grande différence entre dire aux électeurs : “Votez pour le pouvoir” et “Votez pour notre vision de la ville”. 

L’argument du pouvoir relève d’une partisanerie détestable; celui de la vision relève de «choix politiques» légitimes et essentiels à la vie démocratique. À quoi servirait de voter s’il n’y avait pas cette possibilité d’un choix entre des visions différentes.

Le danger est de (trop) mêler partisanerie et politique. C’est là que les messages s’embrouillent et le soupçon s’installe.

Chronique

L’ombre des gilets jaunes

CHRONIQUE / Les mécontents qui ont voté contre l’administration Labeaume dimanche ne portaient pas de gilets jaunes ni ne scandaient de slogans haineux.

Leur grogne contre le maire, si ça en est une, n’avait rien de celle qui agite la France cet automne et qui a forcé son président à «entendre» les bruits de la rue.

Dans son adresse à la nation, lundi, le président Emmanuel Macron a dit sentir que la colère était «juste à bien des égards» et a fait acte d’humilité. «Je sais qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos», a-t-il confié. 

Cet «état d’urgence économique» en France rappelle, par contraste, combien la vie est douce à Québec pour une majorité de citoyens. 

Même par 12 degrés sous zéro, même avec la congestion des heures de pointe, les taxes à payer et la neige à pelleter.  

Les mécontents qui ont voté dimanche dans Neufchâtel-Lebourgneuf ont été à peine plus nombreux que les satisfaits. Une courte majorité de 125 voix pour le candidat Patrick Paquet de Québec 21 avec un taux de participation anémique de 23 %. 

Cela donne la mesure du mécontentement : vents faibles à modérés par endroit, mais prévisions à long terme incertaines pour l’ensemble du territoire.

Au soir de la défaite, le maire Régis Labeaume a prévenu qu’il ne donnerait pas suite à sa promesse d’essayer d’obtenir un pont d’étagement à l’intersection de Lebourgneuf–Robert-Bourassa. 

«Si les gens avaient voulu du pont, ils nous auraient appuyés. Ils ne le veulent pas», a-t-il conclu. 

La mauvaise nuit qui a suivi lui a porté conseil. 

«Il faut humblement prendre acte de ça», a-t-il dit en parlant des résultats de la veille. 

«Je me suis levé ce matin en prenant la décision de respecter tous nos engagements. Je suis le maire de tout le monde». 

Le maire de tout le monde. Cela rassure de l’entendre. Il y a des moments où on en venait à douter. Si l’ombre des gilets jaunes a pour effet d’insuffler un peu d’humilité et une meilleure écoute dans les administrations, c’est ça de pris.

Le rapport de force avec le gouvernement ne sera pas le même après la défaite de sa candidate, croit le maire, mais il tentera de convaincre les députés locaux d’appuyer son projet de viaduc.

J’ignore si ce pont d’étagement est vraiment la meilleure (ou la seule) solution pour soulager la congestion à l’angle Lebourgneuf–Robert-Bourassa.

Ce que je note, c’est que l’administration Labeaume opte ici (encore) pour une solution autoroutière à un problème de circulation.

Ça me semble contraire à la tendance actuelle en urbanisme qui est d’essayer de faire disparaître les viaducs en ville quand c’est possible. Pas en construire de nouveau. 

À moins que Québec ait démissionné et renoncé à améliorer les qualités urbaines de ce secteur de Lebourgneuf, estimant qu’il est déjà trop tard. 

Il est en effet difficile d’imaginer environnement plus hostile aux piétons et désagréable en général que celui des Galeries de la Capitale avec ses bretelles, ses flopées de stationnements de surface et son enchevêtrement de voies de circulation confuses. 

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Trois observations sur le budget 2019 déposé lundi. 

1- Le nouveau directeur général, Luc Monty qui était jusqu’à cet automne sous-ministre aux Finances au gouvernement du Québec, n’a pas tardé à mettre sa griffe sur les affaires de la Ville.

Son avis fut important, voire décisif, dans le choix de taxer désormais selon le niveau d’inflation réel de l’année terminée, plutôt que de taxer sur des projections. Le gouvernement utilise aussi ce genre d’outil pour l’impôt des particuliers. La Ville y avait déjà songé, mais il a fallu M. Monty pour l’en convaincre.  

Dorénavant (jusqu’à ce qu’une nouvelle administration en décide autrement), les taxes résidentielles et non résidentielles vont augmenter au niveau de l’inflation. Il y a là une logique de gros bon sens.

Plus question de gel de taxes à des fins électorales ou pour contenter les lobbys d’affaires qui l’espéraient encore pour 2019. Ceux-ci en seront déçus, mais sans doute pas au point de descendre dans les rues habillés en jaune.

L’administration Labeaume a choisi de ne pas utiliser un nouvel outil fiscal qui permet des taux de taxes différents selon la taille des commerces. La Ville aurait pu par exemple taxer davantage les gros pour soulager les plus petits. Ceux-ci en seront déçus aussi, mais cela aurait cependant créé des «écarts» que la ville ne souhaitait pas gérer, ai-je compris.  

2- L’administration reconnaît avoir atteint la limite du possible quant à la réduction du nombre d’employés. Depuis sept ans, le chiffre tourne autour de 5000 personnes-années.

Depuis l’arrivée du maire Régis Labeaume en 2007, Québec a aboli environ 600 postes, mais a dû se résigner à inclure dans sa comptabilité quelques centaines d’employés qui étaient «cachés» dans des règlements d’emprunt.  

En comparant le «chiffre d’affaires» de la Ville et le nombre d’employés de 2008 avec ceux d’aujourd’hui, Québec estime que la «productivité» de la fonction publique a augmenté de près de 40 %. 

L’informatique et des réorganisations administratives permettront peut-être de retrancher encore des employés ici et là, laisse entrevoir le maire. Mais vient un moment où il n’est plus possible de couper dans les cols bleus, surtout quand le nombre de kilomètres de rues municipales augmente. 

3- Québec continue de suivre avec rigueur le cadre financier de 2009. C’est une mauvaise nouvelle pour les journalistes (et pour l’opposition) qui n’ont (presque) plus de surprise à se mettre sous la dent les jours de budgets. 

Mais c’est une bonne nouvelle pour les citoyens, car les maisons de cotations reconnaissent la bonne gestion financière de la Ville et lui maintiennent des taux d’emprunts avantageux. 

Québec a longtemps traîné (avec raison) la réputation d’être plus endettée que d’autres grandes villes. Ce n’est plus le cas. Si elle continue d’accroître les immobilisations payées comptant et de réduire sa dette comme elle le fait pour la troisième fois en 2019, Québec se retrouvera bientôt parmi les premières de classe. 

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Tous les gilets jaunes du monde aimeraient payer moins de taxes et être mieux entendus de leurs gouvernements. Québec n’y fait pas exception, mais je ne vois rien dans ce budget municipal pour mobiliser les mécontents ou nourrir une révolte populaire et. Les rues peuvent dormir tranquilles, en attendant que la charrue passe.

Chroniques

Quel message pour l’administration Labeaume?

CHRONIQUE / La partielle de dimanche dans Neufchâtel-Lebourgneuf ne changera rien au rapport de force à l’hôtel de ville de Québec, où le maire Labeaume continuera de détenir les pleins pouvoirs.

Je ne me souviens d’ailleurs d’aucune partielle, tous niveaux politiques confondus, qui aurait menacé le pouvoir en place.

Les électeurs le savent et sont souvent la moitié moins nombreux à voter aux élections partielles.

Une partielle permet cependant de passer des messages. C’est une sorte de «référendum sur l’administration en place», décrit Frédéric Bastien, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal.

La littérature scientifique au Québec et au Canada montre que l’opposition et les petits partis y obtiennent souvent de meilleurs résultats qu’aux élections générales.

Les mécontents se mobilisent davantage et les petits partis peuvent y concentrer leurs efforts.

Il n’existe aucune recherche spécifique sur les partielles municipales. Celles-ci sont rares (c’est seulement la deuxième à Québec depuis la fusion de 2002) et intéressent peu les chercheurs.

M. Bastien croit cependant que les observations sur le provincial et le fédéral valent pour une ville comme Québec, où il y a des partis politiques et une «couverture média décente».

Quel message les citoyens de Neufchâtel-Lebourgneuf pourraient-ils vouloir envoyer à l’hôtel de ville?

Ils ont voté il y a un an à peine pour Équipe Labeaume (55 %), devant Québec 21 (33 %) et Démocratie Québec (9 %).

Les choses n’ont pas tant changé depuis, mais la dernière année a fourni aux citoyens de Québec beaucoup de matière à réflexion.

Seulement 20 000 citoyens ont droit de vote, mais on aura une bonne idée du sentiment général après une première année de mandat où le maire aura été plus discret qu’à l’habitude.

Certains y ont vu un signe de lassitude ou de fatigue. C’est possible après 11 années intenses de mairie.

C’est le «mandat de trop», a déjà conclu le leader de l’opposition Jean-François Gosselin.

Cette (relative) discrétion peut cependant s’expliquer aussi par un choix de stratégie et/ou un concours de circonstances.

L’espace public de la dernière année a été beaucoup accaparé par l’élection provinciale, ce qui en laissait moins pour le maire.

Les citoyens de Neufchâtel-Lebourgneuf voudront-ils «sanctionner» l’attitude du maire envers l’ancien conseiller Jonatan Julien? Son attitude générale envers ceux qui diffèrent d’opinion avec lui?

Le sanctionner pour avoir relancé le projet de tramway après avoir juré en campagne que le transport structurant ne serait pas un tramway?

Voudront-ils exprimer leur désaccord avec les consultations (bidon) sur Le Phare? Lui reprocher son appui timide au troisième lien? Le coût de ses missions à l’étranger? Les choix artistiques des statues de Jean Béliveau ou des frères Stastny?

On peut imaginer mille raisons d’être insatisfaits du maire. Ou d’être satisfaits.

Des citoyens peuvent aimer le projet de transport, même si leur quartier ne sera pas directement desservi par le tramway ou le trambus.

Ils peuvent aimer le projet du Phare ou de grand marché à ExpoCité, etc. Peuvent préférer le maire et son équipe à celle de l’opposition.

Sans enlever aux mérites de Dominique Turgeon (Équipe Labeaume) et Patrick Paquet (Québec 21), la personne des candidats ne pèse pas très lourd dans une élection.

On vote d’abord pour un maire et un parti. Ou contre.

Rien ne me fait croire que ce soit très différent lors d’une partielle.

On a assisté depuis des semaines à une surenchère de promesses locales, nouvelles ou recyclées.

La congestion à l’angle de Lebourgneuf et de Robert-Bourassa semble être le principal irritant local. Équipe Labeaume propose un viaduc par-dessus l’autoroute; Québec 21, un ajout de voies sur l’autoroute.

Pour le reste, on s’est beaucoup relancé sur des projets de parcs et d’équipements communautaires. Démocratie Québec a choisi de passer son tour.

Le maire et sa candidate auront joué jusqu’à la fin et presque à l’indécence la carte du pouvoir : votez du bon bord si vous voulez régler les problèmes de circulation.

Le maire a ainsi retenu la suggestion de sa candidate, qu’il activera la semaine prochaine en «redonnant» aux voitures des heures de voies réservées aux autobus sur Lebourgneuf.

«Nous avons pris l’engagement d’instaurer, elle et moi, dans les jours suivant son élection…» lit-on dans son communiqué de fin de campagne.

J’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise idée pour la circulation, mais on joue ici de façon grossière, racoleuse et triomphante l’argument du pouvoir.

Une élection partielle est un bon indicateur des humeurs du moment, comme l’est un sondage. Il serait cependant hasardeux d’en tirer des prédictions pour l’élection suivante.

Pour reprendre le titre d’une étude sur les partielles du professeur Louis Massicotte de l’Université Laval, «un bon thermomètre, mais un mauvais baromètre» pour prédire le temps qu’il fera demain.

Politique

La vie en noir et blanc de Maxime Bernier

Rendez-vous au Café au Temps Perdu. Ce n’est pas moi qui ai choisi le lieu.

C’est le début de l’après-midi. Maxime Bernier rentre d’une tournée au Canada. Il enchaîne depuis le matin les entrevues avec des médias locaux.

Pas eu le temps de déjeuner ni de dîner, mais il ne s’en plaint pas. «J’ai pris un bon smoothie ce matin», dit-il. Je suis allé voir la recette : boisson frappée à la consistance onctueuse et douce. Ça lui sied bien.

L’homme déborde de confiance et parle de Maxime Bernier à la troisième personne, mais j’ai devant moi un homme affable et sans prétention.
Il affiche une candeur et une insouciance adolescentes qui étonnent d’un politicien avec autant de métier.

Cela lui permet d’idéaliser la politique et de la simplifier à quelques principes et valeurs auxquels il ne dérogera plus. Pas de nuances, pas de compromis ni de consensus. Seulement des «convictions».

Tant pis pour les personnes, entreprises ou institutions qui en feraient les frais. Elles iront chercher de l’aide et un filet social ailleurs. Au provincial, tiens, comme le prévoit la constitution.

Le monde de Maxime Bernier est ainsi tout en blanc ou noir. Les choses sont «bien» ou «mal». Il a choisi son camp : celui des «vraies valeurs conservatrices de liberté et de responsabilité sans compromis».

Dans son monde, les subventions sont mal, comme les entraves aux libertés individuelles.

Entre 13 000 agriculteurs touchés par la gestion de l’offre et les 36 ou 37 millions de Canadiens, il a tranché. «Je ne ferai pas des courbettes pour avoir leur vote [agriculteurs].» «Pas de clientélisme» ni de «politique identitaire».

Lors de la campagne de l’an prochain, on ne l’entendra pas faire de promesses autres que de réduire l’État et accroître les libertés.

Preuve qu’il ne fera aucun compromis pour plaire, ses réponses, déroutantes, à mes questions sur l’aide fédérale aux médias que vient d’annoncer le gouvernement Trudeau.

Il était contre et l’est toujours, sans chercher à faire de nuances, même s’il a devant lui un journaliste de presse écrite.

Si des médias traditionnels disparaissent, ce n’est pas grave, je lui demande.

«Ça peut arriver», dit-il. «Il y avait l’industrie des calèches il y a 100 ans et l’industrie des calèches n’existe plus», dit-il. Comme si les calèches avaient la même utilité démocratique que les médias.

«La meilleure façon d’aider les médias, c’est de couper Radio-Canada» et de se «concentrer sur son mandat», dit-il.

«Radio-Canada vous donne une concurrence déloyale avec les gens qui font des chroniques sur Internet payés par Radio-Canada». 

Voyons, M. Bernier, ce n’est pas Radio-Canada qui menace les médias traditionnels.

Ce qui les menace, c’est le départ des annonceurs locaux et nationaux vers Internet. C’est la récupération de nos contenus par des géants du Web qui en tirent profit avec la complicité du gouvernement qui ne les taxe pas.

C’est la baisse des abonnements, le départ des annonces classées vers les Kijiji, la migration des jeunes lecteurs vers des supports électroniques qui ne rapportent pas assez, etc. C’est tout ça qui nous menace.

«Je pense que les bons journaux vont demeurer, dit-il. Pour d’autres, c’est la loi du marché».

Renseignez-vous, M. Bernier. De «bons» journaux ont disparu et d’autres sont aussi menacés. Mais, peut-être est-ce une nuance qui échappe à votre monde tout en noir et blanc.

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«Qu’est-ce que vous faites ici, avez-vous lu le programme?» a demandé M. Bernier à un membre de son exécutif de Vancouver venu du Nouveau Parti démocratique.

On peut en effet difficilement imaginer options politiques plus aux antipodes. L’homme en avait contre les subventions aux entreprises et le «cartel de l’UPA», rapporte Maxime Bernier.

Allez-vous pouvoir vous entendre sur le reste, lui ai-je demandé? Il est parti à rire. «Ça va être difficile.»

Il est conscient du pari qu’il fait. Normalement, le pouvoir se prend au centre, en faisant des compromis et en étant rassembleur. Avec son Parti populaire du Canada, Maxime Bernier propose le contraire : une vision extrême. Comme celle de son modèle politique, l’ex-première ministre de Grande-Bretagne, Margaret Thatcher.

Tout juste derrière au cénacle de ses idoles, l’ex-premier ministre Wilfrid Laurier, un «vrai libéral, pro-libre marché et pro-libertés individuelles».

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Maxime Bernier sait qu’il va diviser le vote de la droite que Stephen Harper était parvenu à unifier il y a 15 ans.

Il a fait l’analyse que le Parti conservateur d’Andrew Scheer n’allait pas gagner, même quand «Maxime Bernier était avec lui». «S’il ne gagne pas, ce n’est pas de ma faute», dit-il, cette fois au «je».

Le succès d’affluence de sa récente tournée au Canada (plusieurs centaines de personnes à chaque soir et plus de 900 à Toronto) lui fait croire en ses chances.

Peut-être pas pour l’élection de l’an prochain (il reconnaît être encore très bas dans les sondages), mais «Maxime Bernier est là pour le long terme», prévient-il.

Son nouveau parti compte 292 associations de comtés sur 338. Il prévoit en avoir une partout d’ici la fin de l’année. Il sent un «momentum».

«Je n’ai jamais été aussi heureux en politique que présentement», jette-t-il.

Profitez-en, M. Bernier. Le temps perdu ne revient jamais.

Chronique

Un week-end à Hoboken

CHRONIQUE / Long week-end à New York pour du football. Tailgate sous la pluie arrosé avec des partisans locaux arrosés. Un match moyen mais une finale trépidante dans un grand stade à moitié vide.

Nous avons goûté à la frénésie de Times Square et à la féérie du Rockfeller Center et de la 5e Avenue à quelques semaines de Noël. Le grand sapin, la patinoire et la musique. La foule serrée des touristes et les millions de lumières. 

Des images de cartes postales un peu convenues mais dont l’effet reste irrésistible.  

On comprend que le promoteur du Phare puisse vouloir s’en inspirer pour sa place publique. Mais même avec la meilleure volonté, on en restera à des millions d’années-lumière. Inutile de s’en faire accroire. Une énergie pareille ne se crée pas à partir de rien. 

Mon fait saillant du week-end est cependant ailleurs que dans cette effervescence d’avant Noël. Il fut dans le quotidien du quartier Hoboken, New Jersey, sur la rive mal-aimée de la Hudson River que New York regarde un peu de haut.

Sixième borough de la Grosse Pomme pour les uns. Enfant bâtard pour d’autres.

Cinquante-deux mille habitants sur cinq kilomètres carrés, la quatrième plus forte densité aux États-Unis.

L’ancienne ville portuaire est aujourd’hui grouillante d’universitaires, artistes et hipsters. Hoboken gagne des prix d’urbanisme et est devenu en vogue. On s’imagine facilement y habiter. Le prix de l’immobilier y a explosé et est désormais astronomique, mais rien comparé à Manhattan.