Chronique

L'art de voter à moitié

CHRONIQUE / Amusante, la publicité du Directeur général des élections (DGE) pour inviter les citoyens à voter aux municipales du 5 novembre.

On y voit des projets amputés de façon loufoque : une glissoire coupée, une patinoire sans glace au-delà de la ligne du centre, etc. 

Le message est simple : moins de la moitié des électeurs qui votent, ce n’est pas assez. Imaginez si les municipalités faisaient aussi les choses à moitié. (Voir la vidéo sur le réseau YouTube du DGE)

La campagne va rouler à la télé, à la radio et dans les réseaux sociaux jusqu’au jour de l’élection. Elle coûtera 1,5 million $.

Il n’y a pas de recherche scientifique démontrant que la publicité a un effet sur les taux de participation. 

On ne va cependant pas blâmer le Directeur général des élections (DGE) d’essayer. L’objectif est concret et sert l’intérêt public.  

Ce n’est pas comme les campagnes creuses ou la propagande partisane grossière qu’on voit souvent dans le public.

Souvenez-vous de la récente campagne «Ensemble, on fait avancer le Québec», où les couleurs et les mots du jupon libéral dépassaient de façon indécente. 

Pourquoi vote-t-on moins aux élections municipales qu’aux autres niveaux de gouvernement? 

On cherche la réponse tous les quatre ans sans trouver d’explication convaincante. 

Beaucoup de décisions municipales ont pourtant un impact immédiat sur le quotidien des citoyens et sur leurs taxes. 

Il existe très peu de recherches scientifiques sur les élections municipales, rapporte François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la Démocratie et les institutions parlementaires à l’Université Laval.

Quelques rares certitudes se mêlent aux hypothèses et aux légendes urbaines. Le portrait qui en résulte reste flou.

J’ai retenu de ma conversation avec le professeur Gélineau neuf facteurs, perçus, à tort ou à raison, comme ayant une incidence sur la participation aux élections en général et aux municipales en particulier. 

1. L’âge et la scolarité

Ce sont les seuls indicateurs vraiment fiables. Plus on est âgé et instruit, plus on vote. 

Une exception cependant pour les 75 ans et plus. La baisse de mobilité et l’inexistence du droit de vote à leur jeune âge pour les femmes aujourd’hui très âgées pourraient expliquer ce recul.

La présente pub du DGE mise sur l’humour et des images fortes, ce qui semble une bonne stratégie pour attirer l’attention des jeunes. 

On croit que les jeunes votent moins au municipal (34 % à Québec en 2013) parce qu’ils sont moins souvent propriétaires et ne voient pas de comptes de taxes. 

C’est possible, mais ils utilisent davantage le transport en commun, les équipements de sport, etc. Ils auraient en théorie d’aussi bonnes raisons que les autres de voter. 

Et puis, il n’y a pas que les jeunes. Les autres groupes d’âge aussi votent moins au municipal. (voir le tableau page suivante) 

2. Le sens du devoir et la culture

Aller voter est une question d’habitude et de culture. Cela s’acquiert souvent à la maison. «C’est comme aller à la messe», suggère François Gélineau. 

Le fait que les parents, les amis ou les professeurs votent exerce une pression et crée un sens du devoir civique qui incite à voter.

3. L’intérêt et la confiance dans la politique

On s’intéresse aux élections si les enjeux nous intéressent. C’est une lapalissade, mais cela joue sur la participation. Le fait d’avoir un vrai choix joue aussi.

Inversement, le cynisme ou le manque de confiance dans la politique peut provoquer un désintérêt. Cela n’a cependant pas un effet automatique sur la participation.

Le cynisme peut inciter à ne pas voter, mais il peut aussi inciter à voter pour Trump…

4. La météo du jour

La croyance voulant qu’on vote moins quand il ne fait pas beau tient davantage de la légende urbaine que de faits avérés. 

À moins d’une énorme tempête, l’effet de la météo semble marginal. La popularité grandissante du vote par anticipation contribue à mettre le vote à l’abri des intempéries. 

5. La compétitivité de l’élection

J’ai toujours cru (et souvent écrit) qu’on vote davantage quand la lutte est serrée et qu’on sent que son vote peut faire une différence. 

Il y a ainsi eu une participation record de 93 % au référendum de 1995. Inversement, la propension à voter est moindre si l’élection semble jouée d’avance.

La «compétitivité» d’une élection a un «impact», mais la corrélation est «faible» avec le taux de participation, note pourtant M. Gélineau. 

Il rappelle que, dans le West Island à Montréal, la participation au provincial est élevée malgré des résultats prévisibles. Le sens civique des anglophones fait peut-être ici la différence. 

Je persiste à penser qu’une lutte serrée autour d’enjeux significatifs fait davantage sortir le vote. 

6. La conjoncture politique

L’insatisfaction a un effet stimulant sur le vote. Une élection perçue comme inutile aura l’effet contraire.

Les 18-24 ans ont voté à 54 % à la provinciale de 2007, mais seulement à 36 % l’année suivante lorsque Jean Charest est retourné en élection pour avoir les deux mains sur le volant pendant une «tempête» économique.

Après le printemps étudiant de 2012, la mobilisation contre le gouvernement a fait sortir les 18-24 ans qui ont voté à 62,1 %.   

7. Le sentiment d’appartenance

Un sentiment d’appartenance moindre pourrait expliquer la plus faible participation des jeunes, suggère François Gélineau. 

Des jeunes vont souvent étudier ailleurs que dans leur lieu de résidence et songent parfois à s’établir à l’extérieur. Ça joue sur le sentiment d’appartenance. 

Chronique

Couillard a choisi son camp

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard a choisi son camp pour la bataille électorale de l’an prochain à Québec: le camp du troisième lien et de la poursuite de l’étalement urbain.

Il fait ainsi le choix de se battre sur le terrain de la CAQ avec la même vision de l’aménagement du territoire et la même priorité aux projets qui peuvent plaire à l’auto. 

Cela va laisser beaucoup d’espace au PQ et à Québec solidaire pour plaider le contraire à la prochaine élection.

Dans un discours du Trône (sans le trône), le premier ministre a décliné, numéro par numéro, les noms d’autoroutes dont il veut s’occuper. Il a parlé d’un pont sur le Saguenay et du «fameux troisième lien» pour Québec.

Il a été beaucoup plus évasif sur les enjeux de mobilité durable et de transport collectif, se contentant d’évoquer le virage à poursuivre vers l’électrification des transports. Pas un mot sur le transport structurant à Québec. 

Par ce discours, M. Couillard montre la voie à ses nouveaux ministres André Fortin aux Transports et Sébastien Proulx à la Capitale. 

La promotion de Véronyque Tremblay comme ministre déléguée aux Transports conforte le signal. Mme Tremblay est de celles qui ont applaudi le plus fort lors de l’annonce de l’élargissement de l’autoroute Laurentienne.

Les premières réactions aux promotions de M. Proulx et de Mme Tremblay sont très favorables. C’est rarement le contraire le jour d’une nomination.

Le maire de Québec et la Chambre de commerce y voient une preuve que le gouvernement est sensible aux enjeux de mobilité et de gestion du réseau routier de la ville.

C’est ça de pris, mais le plus important reste à venir: quels choix d’aménagement et de mobilité va-t-on faire? 

Ce qu’on a entendu hier de M. Couillard n’avait rien de particulièrement rassurant pour ceux qui croient à un vrai virage vers la mobilité durable. 

Il est à espérer que les nouveaux venus, MM. Fortin et Proulx et Mme Tremblay, y seront sensibles et ne cèderont pas uniquement à l’appel des autoroutes, aussi payant cela puisse-t-il être à la veille d’une élection.

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Numériquement, la région de Québec gagne un siège au conseil des ministres. C’est en principe une bonne nouvelle. Mais il y a longtemps qu’on a compris que ce n’est pas le nombre de ministres qui importe mais leur poids politique et la force de leur leadership. 

Sam Hamad en avait. François Blais beaucoup moins, malgré ses efforts pour s’intégrer à la vie de Québec et à la politique. Malheureusement pour lui, le flair et le charisme sont des choses qui ne s’apprennent pas.

À trop vouloir plaire au maire et à tout le monde en même temps, il a fini par incarner un des défauts les plus irritants de la politique: l’opportunisme.

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En Sébastien Proulx, Québec gagne un représentant solide et crédible, une des rares véritables «étoiles» de ce gouvernement fatigué. 

Délesté du ministère de la Famille, M. Proulx aura plus de temps pour préparer la campagne de l’an prochain. Ce n’est pas un hasard. 

Il a aussi le «mérite» de venir de l’ADQ (depuis fusionnée à la CAQ), ce qui semble un atout pour une bataille qui se fera sur des thèmes chers à la CAQ.

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Je n’ai vu que des commentaires positifs sur le travail parlementaire et les interventions au caucus du nouveau ministre des Transports André Fortin. On le dit structuré et capable de bien exposer des idées. 

Je persiste à croire qu’il serait intéressant un jour de regrouper les Transports et les Affaires municipales pour assurer une meilleure cohésion de l’aménagement du territoire. 

Mais en attendant, on aura un ministre capable de saisir les enjeux complexes d’aménagement et de circulation et de mieux les expliquer. Laurent Lessard n’y arrivait pas.

Pour la petite histoire, M. Fortin a déjà été dans une autre vie attaché de presse du ministre des Transports Jean Lapierre à Ottawa. 

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Le gouvernement Couillard a essayé de se faire croire qu’il a perdu la partielle de Louis-Hébert à cause de l’impopularité de la Commission sur le racisme systémique. 

C’est vrai que cette commission était mal barrée. 

Vrai aussi que la CAQ présentait une candidate, Geneviève Guilbault, habile dans l’espace public, comme on l’a vu la semaine dernière encore à Tout le monde en parle

Mais la véritable explication à la dégelée des libéraux est ailleurs. Elle est dans l’exaspération générale (y compris celle de la circulation), dans les ratés de la candidature libérale locale, dans l’envie d’un changement.

Le gouvernement Couillard espère qu’avec cinq nouveaux visages au conseil des ministres, les citoyens croiront que son parti peut incarner le changement souhaité. C’est possible. 

Mais en choisissant de conserver tous les anciens ministres (sauf une), dont les plus visibles dans les mêmes sièges, il envoie aussi le message d’un manque de volonté (ou de courage) pour rompre avec le passé. M. Couillard a ainsi choisi son camp: celui de la vieille garde. 

Chronique

Les fusions n'ont pas tout réglé

CHRONIQUE / La réalité entre parfois par la porte d’en arrière sans faire de bruit et ce n’est que plus tard qu’on s’aperçoit qu’elle est là : Neuville et Donnacona sont devenues des banlieues de Québec.

On le savait pour Sainte-­Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Sainte-Brigitte-de-Laval ou Saint-Henri-de-Lévis, mais pour Portneuf, ça ne m’était pas encore venu à l’esprit.

La sociologue Andrée Fortin, associée au Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBA) de l’Université Laval, s’est chargée de nous mettre à jour.

Les chiffres des recensements 2011 et 2016 pointent d’ailleurs dans cette direction.

Population en hausse de 13 % à Neuville (38 km de Québec), 14,6 % à Donnacona (45 km de Québec) et 13,5 % à Cap-Santé (50,7 km). 

Même constat sur la Rive-Sud : hausse de 20,3 % à Saint-Agapit (40 km), 10,7 % à Saint-Antoine-de-Tilly (47 km de Québec) et 17,9 % à Saint-Gilles (48 km).    

De petites localités identifiées jusqu’ici au monde rural ou à la couronne verte de Québec entrent ainsi en ville et en deviennent des banlieues.

Cela soulève des enjeux de mobilité, de protection des sources d’eau potable, de vieillissement de la population au centre de l’agglomération, de développement durable, etc.

On retrouve ces enjeux dans les campagnes municipales, où chacun sur sa rive ou dans son bled, plaide ce qu’il croit être l’intérêt collectif : 

ici un meilleur transport collectif; là un prolongement ou un élargissement d’autoroute; ailleurs un 3e lien, un dézonage agricole, de nouvelles infrastructures, de nouveaux services. 

Il manque cependant une vue d’ensemble et à long terme qui permettrait d’espérer des solutions durables et cohérentes.  

«Les frontières municipales ne sont pas nécessairement l’échelle pertinente pour discuter de dossiers locaux qui polarisent l’opinion», croit Andrée Fortin. «Les fusions n’ont pas tout réglé». 

Les fusions ont dans les faits aidé à mieux planifier le territoire, mais elles ont leurs limites. 

L’échelle des villes reste trop petite pour beaucoup des enjeux qu’on y discute.

L’ennui, c’est que les élections provinciales ou fédérales ne sont pas non plus l’échelle pertinente pour les enjeux «locaux» d’aménagement et de mobilité. Ils y sont dilués à travers tant d’autres qu’ils finissent par être éludés. 

On vote ainsi pour ou contre la souveraineté, pour la langue, pour la laïcité, pour réduire les impôts, pour de meilleurs soins de santé ou services d’éducation, pour chasser un gouvernement usé ou corrompu. Mais on ne nous invite jamais à y voter sur des enjeux d’aménagement du territoire.  

La Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), créé lors des fusions, devait permettre cette meilleure vue d’ensemble. On y retrouve les 28 villes de l’agglomération de Québec et des MRC voisines (île d’Orléans, Côte-de-Beaupré et Jacques-Cartier). 

Là encore, on en mesure aujourd’hui les limites. On a l’impression que la CMQ embrasse trop large ou pas assez. C’est au mieux un lieu d’échanges et de compromis régionaux, mais oubliez les décisions courageuses. 

La CMQ n’a été par exemple d’aucune utilité dans le débat sur le projet de Service rapide par bus (SRB), bien que ce projet aurait eu des impacts sur l’aménagement du territoire des deux rives.

Voudrait-elle exercer un plus grand leadership et prendre de grandes décisions que la CMQ n’en aurait pas le pouvoir. 

Jusqu’à nouvel ordre, ce sont encore les gouvernements qui vont décider s’il y aura un 3e lien, plus d’autoroutes, un meilleur transport collectif, etc.

Adoptée en juin dernier, la Loi 122 qui reconnaît les municipalités comme de «véritables gouvernements de proximité» n’y a rien changé. 

Les décisions les plus cruciales sur l’aménagement, la mobilité et le développement sont restées à la charge du «vrai» gouvernement.

Faudrait-il redessiner les frontières municipales pour qu’elles correspondent mieux aux enjeux importants? 

Faire de Québec et Lévis une ville unique ou forcer la fusion de leurs sociétés de transports, comme l’a suggéré cette semaine l’association étudiante du Cégep de Sainte-Foy?   

Faudrait-il élargir le territoire et les pouvoirs de la CMQ pour inclure les «nouvelles banlieues»? 

Devrait-on donner aux grandes villes le pouvoir (et les budgets) pour décider pleinement de leurs réseaux autoroutiers et de l’aménagement de leur territoire? 

Il y aurait là une certaine cohérence, mais il y aurait aussi un risque à confier tous les pouvoirs aux humeurs des administrations locales.

Tout cela pourrait mériter réflexion, mais ne perdons pas notre temps. 

Il est illusoire de penser qu’un gouvernement en fin de parcours (ou même au début) osera s’y risquer. Déjà que les villes ont beaucoup étiré l’élastique de ce que le gouvernement était prêt à leur déléguer.

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Rien n’est parfait, mais faute de mieux, le palier municipal demeure le meilleur lieu pour débattre des enjeux d’aménagement et de mobilité. 

La campagne de cet automne à Québec est particulièrement intéressante en ce qu’elle oppose des visions très différentes. 

Trois exemples. 

1- On peut s’exaspérer de voir Québec 21 jouer les apprentis sorciers avec des solutions simplistes à des problèmes complexes de transport. 

Je pense par exemple aux navettes à 1$ pour amener les citoyens au centre-ville. 

Comment boucler les budgets du RTC si on coupe ses revenus? Et comment éviter que les navettes s’enlisent dans la circulation quand on ne veut pas enlever de voies à l’auto pour en réserver au transport collectif ? 

Les idées, même les plus vulnérables, sont cependant l’occasion d’expliquer les choses et de confronter les arguments. Ce n’est jamais inutile. 

2- J’ai trouvé Anne Guérette bien courageuse d’attaquer le projet de power center pour IKEA qu’elle qualifie «d’erreur majeure» d’aménagement. 

Le choix des mots «cancer urbain» était provocateur, mais elle a raison de relever l’incohérence de la ville. 

Celle-ci prône le développement durable mais consent à un nouveau power center qui va dans le sens contraire de toutes les valeurs d’aménagement auxquelles elle dit croire.

3- Équipe Labeaume multiplie les promesses de nouveaux parcs et espaces publics, ce qui cette fois, est parfaitement cohérent avec son projet de bonifier la qualité de vie.

Démocratie Québec partage pour l’essentiel cette vision, mais pas Québec 21.

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Voter, c’est choisir comment on veut la ville. Ça peut sembler une évidence, mais on le perd parfois de vue dans les campagnes électorales très centrées sur les anecdotes et sur la personne des chefs.

CHRONIQUE

Tenir tête aux géants du sport

CHRONIQUE / Québec a bien eu ses débats et ses détracteurs, mais on a senti que le choix d’un financement public pour le nouvel amphithéâtre faisait l’objet d’une large acceptabilité sociale.

Le ton est différent dans notre ville jumelle, Calgary, où le projet de nouvel aréna pour les Flames de la Ligue nationale de hockey est devenu un des enjeux de l’élection municipale du 16 octobre prochain.

Le maire sortant, Naheed Nenshi, tient la ligne dure dans la négociation avec le propriétaire de l’équipe. Il tient à ce que la ville récupère par des taxes sur les billets, toutes les sommes qu’elle pourrait investir dans un nouvel aréna.

Le projet sur la table vise aussi la construction d’un stade de football et d’un complexe sportif public, pour une facture totale de 890 M$ ou 1.3 milliard $, selon les sources.

Constatant l’impasse, le maire Nenshi a brutalement mis fin aux discussions cet été, avant d’accepter il y a quelques jours de revenir à la table (s’il est réélu).

Un de ses adversaires, Bill Smith, reproche au maire son intransigeance envers la LNH. Il ne précise pas si lui-même injecterait des fonds publics dans l’aréna.

Le débat va se poursuivre bien au-delà des élections d’octobre. Le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a prévenu que l’équipe pourrait partir si elle n’obtient pas un nouvel aréna. Un air connu. 

Les Flames ne sont pas la première équipe à menacer de partir si on ne lui donne pas ce qu’elle demande.

La prochaine pourrait bien être Ottawa. Les Sénateurs cherchent désespérément à se reloger au centre-ville dans l’espoir d’y attirer plus de spectateurs. 

Il y a quelques semaines, le président Tom Anselmi  a lancé un appel de détresse à la communauté d’affaires pour qu’elle soutienne davantage l’équipe locale.

Tôt ou tard, la pression se fera sentir aussi sur les autorités publiques.

Les Sénateurs peinent à vendre des abonnements à leur aréna de Kanata, à 25 km du centre-ville. Ils voudraient s’installer aux plaines Lebreton, un ancien quartier industriel que la Commission de la capitale nationale (CCN) souhaite développer.

Des discussions avec la CCN et la ville d’Ottawa ont été amorcées, mais ne sont pas très avancées encore. 

Il n’y a rien de bien nouveau à ce que des villes fassent l’objet de pressions de la part d’équipes de sport.

Beaucoup d’entreprises dans d’autres domaines cherchent aussi à marchander leur présence contre des faveurs publiques, exemptions de taxes, subventions, etc. La dernière en date et la plus spectaculaire est Amazon. 

Ce qui est peut-être en train de changer, c’est l’attitude des villes devant la surenchère ou les menaces de relocalisation. Je les perçois plus réticentes à se saigner pour des équipes professionnelles ou événements de sport. 

Le CIO, qui a longtemps eu les villes à ses pieds, a désormais de la difficulté à susciter des candidatures en dehors de l’Asie. Lorsque deux grandes villes du monde occidental ont montré de l’intérêt pour les jeux de 2024 (Paris et Los Angeles), le CIO s’est dépêché de signer pour deux Olympiques de suite. Il ne voulait pas risquer que la perdante change d’idée et ne dépose pas de nouvelle candidature.

Le football de la richissime NFL n’est pas épargné. Trois équipes viennent coup sur coup de plier bagage, faute d’avoir obtenu ce qu’elles espéraient des autorités locales.

Les Chargers (San Diego) et les Rams (St-Louis) sont partis pour Los Angeles; les Raiders (Oakland) feront de même l’an prochain à Las Vegas.

On ne peut pas encore parler de tendance, mais c’est à suivre.

Le bluff a toujours fait partie des discussions entre les villes et les équipes à la recherche d’un nouveau stade. Parfois la menace fonctionne, parfois pas. En 1995, Québec a refusé de plier et on connaît la suite. 

Au Canada, la dernière ville à avoir cédé à la pression d’une équipe professionnelle est Edmonton. Les Oilers ont emménagé l’an dernier dans un nouvel aréna de 18 500 sièges de 614 M$ au centre-ville.

Dans ce projet, la ville d’Edmonton a consenti 316 M$ qui doit provenir d’une captation de la «plus value» foncière autour du Rogers Place. 

Une taxe sur les billets doit rapporter 125 M$ au cours des 35 prochaines années. Le propriétaire, qui empochera tous les revenus d’exploitation, verse 166 M$, essentiellement en paiement de location pour l’aréna. 

Dans une entrevue à CBC l’an dernier, l’ex-maire Stephen Mandel a reconnu que la peur de perdre les Oilers avait été une «très grosse carte». L’équipe menaçait de déménager à Seattle. 

Anecdote amusante rapportée par le Calgary Herald : le propriétaire des Oilers, Daryl Katz, avait versé 430 000 $ en contribution au Parti conservateur de l’Alberta dans l’espoir sans doute d’obtenir de l’aide pour l’aréna d’Edmonton.

Cette aide n’est jamais venue. Le président du parti était alors un dénommé Bill Smith, aujourd’hui engagé dans la course à la mairie de Calgary et partisan de plus d’ouverture envers la LNH.

Il est difficile de comparer les ententes de financement et/ou de gestion des arénas municipaux : les économies locales, les dynamiques politiques et les attentes du public y sont tellement variables qu’il serait hasardeux de juger.

Seattle, dans l'État de Washington, est un bel exemple de cette différence, avec ses 4 M d’habitants, ses sièges sociaux de Amazon, Starbucks et Microsoft et sa méga-usine de Boeing.

Le promoteur Oak View Group vient de s’entendre avec la ville pour reconstruire à ses frais le Key Arena (aréna municipal) au coût de 600 M$US. 

L’entente prévoit aussi 60 M$ US pour améliorer le transport autour de l’aréna de Seattle, venir en aide à de jeunes malades ou sans-abris, relocaliser un parc, etc.

Le promoteur va aussi payer à la ville un loyer d’environ 2.5 M$ US, l’équivalent des profits actuellement générés par le vieux Key Arena. 

À Las Vegas, l’entreprise privée (MGM et AEG) a construit (et payé) l’aréna où s’installe ces jours-ci la nouvelle équipe de la LNH, les Golden Knights.

Facture du T-Mobile Arena : 375 M $US + 100 M $US pour une aire commerciale piétonne (The Park). Aucune contribution publique ne fut nécessaire. 

Tant mieux pour les citoyens. On est ici dans un monde bien différent de celui des équipes canadiennes établies dans des villes de taille moyenne où le hockey est une religion, mais où la quête du dimanche ne suffit plus.

François Bourque

«Je l'ai dit en Labeaume»

CHRONIQUE / Il y a longtemps que je m'étais assis, seul à seul pour un lunch, avec le maire Labeaume, comme au temps d'avant la politique.
Il commentait alors la vie de Québec à la radio et dans les journaux, souvent sur un ton critique.

François Bourque

Pourquoi se battre contre Airbnb?

CHRONIQUE / Il y a quelque chose de sympathique dans l'idée de partager son logement ou le louer à des visiteurs pendant son absence.
Ces logements ajoutent à la diversité de l'offre et permettent de vivre «chez l'habitant» à un prix abordable.

François Bourque

Le grand théâtre de l'autoroute Laurentienne

CHRONIQUE / Le maire Labeaume a semblé s'inquiéter en début de campagne municipale de son «poids politique». Il demande un mandat fort (et l'élection des candidats de son équipe) pour conserver ce poids politique.
À voir la servilité du gouvernement Couillard à son endroit, je ne vois pas de quoi le maire s'inquiète. 

François Bourque

La «dictature» des feux de circulation 

CHRONIQUE / Gérer la circulation est un parfait microcosme de la vie en démocratie : une dictature du plus grand nombre, assortie d'une protection de droits des minorités.
Les minorités, ce sont les voitures ou piétons qui arrivent des rues secondaires et veulent accéder à la rue importante ou la traverser.

François Bourque

Québec n'avait rien à gagner d'Amazon

CHRONIQUE / Plusieurs se sont étonnés que le maire Labeaume ferme la porte aussi brutalement au projet de siège social d'Amazon, lui pour qui la planète n'est souvent pas assez grande pour loger toutes les ambitions.
Pendant que partout en Amérique du Nord des villes se sont mises à saliver à l'idée d'accueillir les 5 milliards $ d'investissements et 50 000 «nouveaux emplois» d'Amazon, le maire de Québec a été tranchant :

François Bourque

Pas d'obstacle trop grand pour Gosselin

Ses premières sorties publiques pour un troisième lien et contre les arbres - si cela le prive d'un stationnement sur la rue Maguire - ont campé Jean-François Gosselin à l'extrémité de l'offre municipale à Québec. Il incarne ce que j'ai appelé la «droite-auto» et qu'on reconnaît dans plusieurs radios privées. Ex-député dans l'éphémère opposition officielle de l'ADQ en 2007-2008 et candidat défait du Parti libéral en 2014, M. Gosselin est relativement peu connu encore du public. Je l'ai rencontré il y a quelques jours au local de son parti. Entrevue-portrait avec le candidat à la mairie de Québec.
La rue D'Aiguebelle où il a grandi donnait sur le parc Cartier-Brébeuf, dans Limoilou. Par la fenêtre, on avait «la plus belle vue sur la ville» et sur la patinoire voisine. Lorsque sa mère allumait la lumière extérieure, il savait que c'était l'heure de rentrer souper.