Chronique

Les diamants sont éternels...

CHRONIQUE / Le Manège militaire avait brûlé la veille. En mission à Paris, le maire Labeaume avait eu deux urgences.

Joindre le premier ministre Harper pour le presser de reconstruire. 

Et joindre Robert Lepage avec l’espoir de créer un événement artistique sur les ruines du Manège pour l’été du 400e. On était au début avril. C’était un peu serré.

Lepage avait promis d’y réfléchir, conscient, avait-il dit, que le manège incendié risquait d’être «une pierre tombale dans le décor du 400e». 

Il s’est passé beaucoup de choses à Québec cet été-là, mais il n’y a pas eu d’événement Lepage au Manège. En fait, ça aura pris 10 ans. 

L’événement Lepage au manège, ce fut lundi midi au lunch de la Chambre de commerce. Un gros succès de foule avec près de 450 convives. Lepage attire et fascine.

C’est la première fois que j’entrais au manège depuis la reconstruction. C’est très réussi. Un décor industriel chic et feutré fait de brique rouge, de métal, de bois et de velours. 

Ça a pris une éternité à aboutir, mais c’est bien fait. Reste la place George-V devant le Manège. Une désolation. Souhaitons que ça ne prenne pas 10 ans encore.

Robert Lepage venait présenter son projet de Diamant à la communauté d’affaires de Québec.

Il a repris les mêmes arguments que lors d’un passage précédent à cette même Chambre en décembre 2008.

Il est revenu par exemple sur Bilbao (Espagne) et son musée Guggenheim pour illustrer l’impact de la culture sur la trajectoire d’une ville. 

Petite ville aux industries vieillissantes, Bilbao est devenue sous l’impulsion de ce musée une ville «internationale» pour des événements sportifs et artistiques, rappelle-t-il.

Robert Lepage avait alors parlé de deux projets pouvant avoir un impact similaire pour Québec : le nouveau pavillon du Musée des beaux-arts et le Diamant. On y est presque. 

Attendu pour l’été prochain, le Diamant va ajouter à l’identité, à l’animation et à l’attractivité de la ville. 

Il se démarque par son architecture et par une programmation audacieuse unique. Un peu déroutante même avec son menu de lutte, de cirque, d’opéra, de théâtre, de cinéma, etc.

Mais il se démarque surtout par l’aura de Robert Lepage et de sa compagnie Ex Machina, qui a déjà tourné dans 150 villes d’une quarantaine de pays.

C’est à la fois la plus grande force du projet et sa plus grande fragilité. Que se passe-t-il le jour où la locomotive Lepage n’y est plus? 

Les diamants sont éternels, mais celui de Québec aura-t-il alors le même attrait pour des troupes internationales ou des partenariats avec le Metropolitan Opera de New York?C’est un des défis qui attendent le Diamant. 

Le quart de la programmation ira à des œuvres de Lepage et Ex Machina. La souplesse de la nouvelle salle (625 places) permettra peut-être de garder des œuvres du maître à l’affiche plus longtemps. On s’en réjouit.  

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Robert Lepage est monté sur la scène du Manège sans papier ni souffleur, comme s’il jouait 887 ou un autre de ses spectacles solos.

Il affichait l’aisance du maître devant des élèves conquis, maniant les chiffres avec la même aisance que les mots. 

Il a raconté le Diamant, le ­YMCA, le Capitole, place d’Youville. A parlé de la ville, du sport, des arts, de l’économie locale. Un cours magistral. 

Avant de découvrir le théâtre à l’adolescence, Robert Lepage pensait devenir professeur de géographie. Il se sera finalement contenté de mettre sa ville sur la carte du monde.

Chronique

Les gagnants du débat des chefs

CHRONIQUE / Citoyens et militants auront vu dans le débat de jeudi soir ce qu’ils avaient envie d’y voir.

Les partisans de l’un ou de l’autre auront trouvé leur chef meilleur, auront apprécié ses formules, son langage non verbal, ses arguments et réparties. Le débat les aura confortés dans ce qu’ils croyaient déjà. 

Je doute que beaucoup de citoyens aient viré à 180 degrés ce soir-là en découvrant tout à coup un nouveau chef. 

Même les journalistes et chroniqueurs auront cherché (et trouvé) dans ce débat des preuves pour étoffer leurs prédictions de la veille (et confirmer leur compétence).

Tous ou presque avaient prédit que Jean-François Lisée allait l’emporter. 

On saluait à l’avance son aisance à manier les mots et l’humour, sa vivacité d’esprit, ses qualités de stratège et le fait qu’il n’avait rien à perdre.

Je pense aussi qu’il est dans l’ADN des médias d’espérer qu’il se passe quelque chose dans les campagnes électorales. Autrement, c’est aussi plate qu’une course de Formule 1 sur une piste où les dépassements sont difficiles. 

À moins que son moteur explose, la voiture première sur la ligne de départ est aussi première au fil d’arrivée. 

Ça ne fait pas beaucoup d’histoires à raconter ni de matière à analyse pour identifier les points tournants.

Rien de plus stimulant pour les médias qu’une course électorale qui bascule en cours de route, comme la dernière fédérale où Trudeau, parti troisième, termine loin devant. 

Ou ce soir où Jack Layton a consacré le soulèvement d’une improbable vague orange par sa performance à Tout le monde en parle. L’intérêt pour la course en fut décuplé. 

Je ne dis pas que les médias sont de mauvaise foi ou ont des agendas cachés, mais il est dans la nature de la bête de raconter l’accident plutôt que le long fleuve tranquille.

Beaucoup de citoyens auront regardé le débat de jeudi avec un filtre média «favorable» à Lisée et à une course qui s’anime. 

Ils auront été très attentifs aux réussites du chef du PQ et en auront conclu qu’il fut le meilleur. 

C’est aussi mon avis. Lisée a fait un bon débat, pas parfait, mais à la hauteur des attentes. 

Sauf que les autres ont aussi eu leurs bons moments (et de moins bons). La domination de M. Lisée, si domination il y eut, ne fut pas à sens unique. À ce jeu-là, il n’y a pas de réalité objective et en l’absence de K.-O. évident, il est bien difficile de désigner un véritable gagnant. 

On peut pourtant prédire que cette (courte) victoire va grandir dans les jours et semaines à venir. 

Les nuances vont s’estomper et on ne retiendra plus qu’une chose : Lisée a gagné le premier débat. De la même façon qu’on se souvient de qui a gagné la dernière coupe, mais pas combien il eut suffi de peu pour qu’il en soit autrement. 

Gagner un débat témoigne de l’habileté à débattre et à communiquer. C’est utile, mais pas le seul critère pour juger des aptitudes d’un futur premier ministre. 

Ça ne fait pas la démonstration d’un meilleur programme ou d’une meilleure équipe. 

Encore moins la preuve que l’aspirant aura le courage nécessaire pour garder le cap sur les promesses et les valeurs le jour où l’adversité, les sondages et la tentation du populisme chercheront à l’en faire dévier.

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Les débats ont une influence dans les campagnes électorales, confirme la recherche scientifique. Il est cependant difficile de distinguer si c’est alors la performance des chefs ou les analyses et commentaires des médias qui jouent le plus grand rôle. 

Conscients de leur impact, des commentateurs deviennent plus prudents à déclarer un vainqueur, avait constaté le professeur Thierry Giasson de l’Université Laval en entrevue à L’actualité il y a quelques années.

Une des études révélatrices de l’effet média est celle menée à l’Université d’État d’Arizona lors du débat présidentiel de 2004 entre John Kerry et George Bush. 

Dans un des volets de l’étude, la moitié des sujets ont regardé le débat et l’autre un match de baseball ou un épisode de Friends. Six conditions d’observation ont ainsi été dégagées :

• Sujets qui regardent seulement le débat

• Sujets qui regardent le débat puis 20 minutes d’analyses à NBC 

• Sujets qui regardent le débat et 20 minutes d’analyses à CNN

• Sujets qui ne regardent ni le débat ni les médias

• Sujets qui regardent Friends ou le baseball puis NBC 

• Sujets qui regardent Friends ou le baseball puis CNN.

Les participants ont été interrogés au début et à la fin de l’exercice sur leurs préférences politiques et les enjeux importants pour eux.

Le débat fut assez équilibré ce soir-là, mais NBC a eu des commentaires plus positifs pour le président Bush que pour l’aspirant Kerry. Ce fut le contraire à CNN.

Les conclusions de l’étude sont éloquentes. Les perceptions des électeurs sont influencées par les arguments des candidats, mais tout autant par les analyses des médias. 

Les sujets exposés à la couverture de NBC avaient mieux jugé la performance de Bush et ceux exposés à CNN celle de Kerry. 

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Ce que la recherche nous dit sur les débats et l’impact des médias vaut sans doute pour le reste de la campagne électorale et de la couverture politique en général. 

En fait, pour tous les sujets et enjeux auxquels s’intéressent les médias. Économie, environnement, santé, histoires policières, etc. 

Le public n’aurait-il pas davantage aimé un film parce que la critique était bonne? A-t-il davantage cru la version du dg du Canadien sur le départ de Pacioretty parce que les journalistes qui ont relaté l’affaire y avaient cru? 

Voilà qui nous rappelle l’influence des médias. Et nous rappelle aussi la responsabilité publique qui l’accompagne.

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Quelle sera votre question de l'urne?

CHRONIQUE / Pas de lapins sortis du chapeau, pas de silences gênants ni de coups de gueule assassins.

Pas de grand vainqueur ni de vaincus. Mais intéressant débat mardi soir devant les Chambres de commerce de Québec avec plusieurs grosses pointures régionales : Sébastien Proulx du Parti libéral du Québec (PLQ), Joëlle Boutin de la Coalition avenir Québec (CAQ), Diane Lavallée du Parti québécois (PQ) et Sol Zanetti de Québec solidaire (QS).

Ce fut intéressant, non pas pour les informations inédites et argumentaires nouveaux, mais pour l’évidence qu’il y a entre ces partis davantage de similitudes de vue que de divergences irréconciliables. 

Sauf peut-être pour Québec solidaire dont les utopies peuplent un monde parallèle. Voire une autre époque. M. Zanetti rêve encore par exemple de la retraite à 55 ans au moment où les autres cherchent des moyens de ramener des retraités au travail.

Sauf aussi pour l’incontournable troisième lien, pour lequel la CAQ demeure la plus pressée, le Parti libéral le plus pragmatique et le Parti québécois le plus réservé des trois.

«On ne vous croit pas», a lancé M. Proulx à Mme Boutin sur la capacité de la CAQ à mettre un troisième lien en chantier dans un premier mandat. Ce fut une des répliques les plus cinglantes du débat.

La grande collision attendue sur le thème des seuils d’immigration ne s’est jamais produite et on a rapidement vu émerger des consensus.   

L’immigration est un moyen de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, mais pas le seul ni une solution miracle.

Il faudra miser aussi sur une meilleure formation à école et en entreprise; une meilleure rétention des employés déjà au travail; inventer une «conciliation travail-retraite». 

Il faudra miser sur une immigration encore mieux ciblée sur les emplois à pourvoir, une reconnaissance plus facile des diplômes, un meilleur accueil des nouveaux arrivants, etc.

Comme souvent dans les débats, on a eu droit à beaucoup d’évidences, de généralités et d’intentions pieuses : mieux soutenir les entreprises, développer la culture «entreprenariale», préparer la relève, etc. Quand on reste dans le général, ce n’est pas ce qui aide à départager les partis. 

Les candidats n’avaient pas choisi les thèmes ni les questions, aussi est-il difficile de leur en faire reproche. 

Mais j’aurais aimé les entendre sur des enjeux économiques plus controversés : projet d’agrandissement du Port de Québec, projet du Phare, dézonage des terres agricoles des Sœurs de la Charité à Beauport et dézonages éventuels sur la Rive-Sud et à Saint-Augustin. 

Ce sont des enjeux qui débordent, il me semble, le cadre des débats municipaux où on a tendance à les confiner. Ces projets auront un impact sur le paysage et la qualité de vie de Québec. 

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Le débat de mardi a mis en lumière la tension grandissante entre le Parti québécois et Québec solidaire, qui se font une lutte féroce dans Taschereau.

Le PQ cherche à y sauver sa peau; QS à y faire une première percée hors du centre-ville de Montréal. 

Un sondage récent a placé les quatre partis en haut de 20 % dans les intentions de vote. Cela rend l’issue très imprévisible. Ce sera une des luttes les plus intéressantes de la soirée du 1er octobre. 

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Quelle sera la «question de l’urne» pour les gens de Québec. L’enjeu principal, si vous préférez. Le troisième lien? La pénurie de main-d’œuvre? La réfection du pont de Québec? 

Depuis quelques jours, les grands partis ont tous essayé d’imposer leur question de l’urne. Pour la CAQ, c’est le changement; pour Québec solidaire, le changement climatique; pour le Parti libéral, la question de l’urne est changeante (hier, la bonne gestion, aujourd’hui, l’immigration, puis l’économie); pour le PQ, c’est la crédibilité à réaliser le changement. 

Quelle sera votre question de l’urne?  

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Le PLQ dit miser sur la «stabilité et la prévisibilité». Le PQ est dans le sauve-qui-peut. La CAQ dans l’incantation du changement et Québec solidaire dans celle du rêve.

Si les partis politiques étaient des temps de verbe, QS serait un futur plus-que-parfait, le Parti libéral un imparfait de l’infinitif présent, le PQ un passé antérieur pas simple et la CAQ, un conditionnel imparfait au futur simpliste.

Mon choix? Un participe présent. À défaut d’un futur parfait.  

Chroniques

Toujours quelque chose qui gosse

Pourrait-on imaginer un système électoral qui fasse davantage de place aux bonnes idées qu’aux batailles de partis et de candidats locaux?

C’est la question qu’on ne pose jamais chaque fois qu’on parle de réformer le mode de scrutin. 

Les réformes dont on parle visent surtout à mieux refléter la volonté populaire dans le résultat des élections. 

C’est un objectif noble. Le système actuel donne souvent des majorités gouvernementales déconnectées de la réalité. Tout le monde (sauf le Parti libéral) pense qu’il est possible de faire mieux.  

Une des pistes serait qu’une partie des députés ne soient pas élus, mais nommés sur la base du pourcentage de vote de leur parti. Cette «proportionnelle mixte compensatoire» fonctionne dans plusieurs pays d’Europe. 

C’est intéressant, mais toutes nos tentatives de réforme du mode de scrutin semblent vouées à l’échec. 

La tentation de profiter d’un pouvoir sans partage finit par avoir raison des promesses de changement. René Lévesque a échoué deux fois, puis Jean Charest au début des années 80. 

Le chef de la CAQ, François Legault, que les sondages donnent gagnant le 1er octobre, promet à son tour une réforme rapide. 

«On ne fera pas comme [Justin] Trudeau», assure-t-il. M. Trudeau avait promis, mais a vite renoncé.

Spécialiste des systèmes politiques à l’Université Laval, Louis Massicotte voudrait bien, mais croit qu’il y a encore «loin de la coupe aux lèvres». Tout le monde est pour la «vertu», mais la réalité finit par rattraper les élus, rappelle-t-il.

Le chef de CAQ risque de se buter aux mêmes difficultés que les autres avant lui: 

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1. Une formule de proportionnelle est plus difficile à «vendre» à la population.

Il y a des députés élus, d’autres pas, des candidats défaits pourraient se retrouver à l’Assemblée nationale, voire au Conseil des ministres. Il faut faire des calculs de proportion. C’est plus compliqué.   

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2. C’est encore plus difficile à «vendre» aux députés.

Un chef a beau vouloir, quel élu aura l’abnégation de voter la disparition de sa circonscription pour faire place à des députés qui seraient nommés? Les libéraux y voient un risque de perte de représentation des régions. 

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3. L’absence de consensus sur les modalités techniques empêche souvent d’aboutir. Ça peut aussi être un excellent prétexte pour laisser tomber si la volonté politique s’émousse à cause des résistances intestines. Parlez-en à Justin Trudeau.

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Peut-on imaginer un système qui ferait davantage de place aux idées? 

Je trouve la question d’autant plus pertinente que beaucoup de citoyens s’apprêtent cet automne à voter contre leurs idées et affinités naturelles par pure stratégie pour battre le gouvernement. Le contraire d’un vote pour des idées.

À Radio-Canada en fin de semaine, l’humoriste-commentateur François Parenteau (ex-Zapartiste) déplorait (à la blague, mais pas tant que ça) qu’il faille choisir un parti politique comme un forfait de câble. Il y a toujours quelque chose qui nous gosse d’inclus. Il a donné l’exemple de Météomédia et du «3e lien promis aux automobilistes radicalisés de la Vieille Capitale». C’est pas fin ça.

Ne pourrait-on pas voter plutôt sur des idées, demandait-il? Le parti qui aurait le plus d’idées populaires formerait le gouvernement et devrait appliquer aussi les bonnes idées des autres.

Voter sur des idées? Aucun état ne s’y est jamais essayé, rapporte le professeur Massicotte. Le plus proche, ce sont les États-Unis et la Suisse avec leurs référendums, mais avec de faibles taux de participation, signe d’une certaine lassitude. 

C’est déjà difficile d’amener les gens voter, imaginez si le bulletin de vote devenait un long questionnaire. Même les citoyens seraient contre. 

La liberté est exigeante et la nature humaine un peu paresseuse. 

Les gens sont occupés à autre chose ou pas toujours intéressés par le détail de la chose publique. Ils préfèrent déléguer. Laisser d’autres décider à leur place, même au prix parfois des idées qui gossent.  

François Bourque

Portrait statistique des immigrants de Québec

L’immigration est devenue plus que jamais cette semaine un des enjeux significatifs de l’élection du 1er octobre en raison des positions divergentes des principaux partis.

La Coalition avenir Québec souhaite abaisser à 40 000 par an le nombre d’immigrants admis. Le Parti québécois va plus loin et évoque un seuil de 35 000 à 40 000.

Le Parti libéral et Québec solidaire souhaitent pour leur part maintenir le rythme actuel de 50 000 immigrants par an et n’excluent pas de l’augmenter.

Avant d’aller plus loin dans le débat, j’ai trouvé utile de retourner aux données du dernier recensement 2016 pour savoir qui sont les immigrants sur le territoire de la grande région de Québec. Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Où habitent-ils et travaillent-ils?

Prenons les chiffres pour ce qu’ils nous disent, sachant qu’un portrait statistique sera toujours par nature très incomplet.

Il ne dit rien des efforts, des rêves, des épreuves, des joies et des échecs de ces dizaines de milliers de personnes qui ont choisi de venir vivre ici.

Sauf indication contraire, tous les chiffres et tableaux sont tirés du Recensement 2016 dans la RMR de Québec, ce qui inclut Québec, Lévis et les MRC périphériques.

1. VENUS POUR RESTER

  • Qui sont-ils?

Près de 94 % des immigrants installés dans les limites de la ville de Québec en 2011 y étaient encore lors du recensement de 2016.

Pareil taux de rétention des immigrants aurait semblé invraisemblable il y a quelques années à peine à Québec.

Il faut maintenant se rendre à l’évidence : les immigrants qui viennent à Québec y restent.

Je n’ai pas mis la main sur le taux de rétention pour l’ensemble de la région métropolitaine de Québec, mais il serait étonnant que ce soit très différent.

La moitié des 44 500 immigrants qui habitent aujourd’hui la grande région de Québec sont arrivés après 2006, ce qui coïncide avec l’essor de l’économie locale.

Une forte proportion des immigrants arrivés dans la région de Québec entre 2006 et 2015 connaissent le français (71 %) et sont instruits. Près de 60 % ont 14 années ou plus de scolarité.

Combinés à une économie qui tourne en accéléré et à une pénurie de main-d’œuvre, ce sont des facteurs qui facilitent l’intégration et le désir de rester.

Les 44 550 résidents de la région de Québec nés à l’étranger représentent 5,6 % de la population totale de la RMR Québec (800 296).
C’est une proportion en hausse, mais qui reste bien inférieure à celle des villes de même taille au Canada.

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Quand la CAQ ferme la porte

CHRONIQUE / La détermination de la Coalition avenir Québec (CAQ) à réduire l’immigration dès 2019 heurte de plein front les attentes de la région de Québec aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre.

Le chef François Legault veut limiter à 40 000 par an le nombre d’immigrants, soit 10 000 de moins que le rythme actuel (- 20 %).

Cette promesse (ou faut-il la voir comme une menace) va en sens contraire des priorités exprimées ces dernières semaines par les maires de Québec et de Lévis, qui cette fois, sont sur la même longueur d’onde.

Les élus locaux font valoir que 17 000 postes sont actuellement à pourvoir dans la région, soit 10 000 sur la rive nord et 7000 sur la rive sud.

M. Labeaume voudrait que Québec accueille davantage d’immigrants (francophones) et demande d’accélérer les procédures administratives. Il en a fait sa grande priorité électorale.  

Gilles Lehouillier demande aussi de «favoriser l’attraction de la main-d’œuvre». 

La CAQ, à qui les sondages locaux sont depuis longtemps favorables, tiendrait-elle déjà la région de Québec pour acquise en ignorant ainsi ses demandes? Ce serait beaucoup d’arrogance pour un parti qui n’est pas encore élu.

Dans les querelles intestines qui ont opposé à l’époque les militants de l’ancienne Action démocratique du Québec à ceux de la CAQ, il était reproché à M. Legault un penchant «montréaliste» et un manque de sensibilité pour Québec. Sa posture sur l’immigration en serait-elle une nouvelle manifestation? 

Réduire les seuils d’immigration n’empêche pas d’aller recruter des travailleurs à l’étranger ni de faciliter leur accueil et leur intégration, comme le demandent les élus locaux. 

La loi du nombre voudra cependant que s’il y a moins d’immigrants au total, il risque d’y en avoir moins aussi pour Québec.

Déjà que près de 75 % des 370 000 immigrants entrés entre 2006 et 2015 et encore présents en 2017 se sont installés à Montréal (seulement 5,4 % à Québec et moins de 1 % dans Chaudière-Appalaches).

On voit mal comment baisser le seuil d’immigration pourrait aider à en attirer plus à Québec et sur la rive sud. 

Les maires, chambres de commerce, Québec International, entreprises et autres acteurs économiques locaux se tromperaient-ils tous en même temps lorsqu’ils voient dans l’immigration un moyen de répondre aux problèmes de main-d’œuvre?

J’étais curieux d’entendre les candidats locaux de la CAQ sur ce sujet délicat. Les Jonatan Julien, Éric Caire et autres. Je n’avais eu aucun retour à mes messages au moment d’écrire. 

J’ai hâte aussi de voir où loge Christian Dubé, ex-député de Lévis et nouveau candidat-vedette de la CAQ dans La Prairie. La rareté de la main-d’œuvre à Québec et sur la rive sud inquiétait déjà au moment où il avait quitté le navire en 2014. Il ne pouvait l’ignorer. 

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La grande région de Québec n’est pas la seule à miser sur l’immigration pour les besoins de main-d’œuvre. Le gouvernement croit que d’ici 10 ans, 285 000 des 1,3 million d’emplois à pourvoir au Québec pourraient l’être par des immigrants. 

La CAQ est-elle la seule à avoir le pas en pensant le contraire?  

Ou alors, aurait-elle flairé autre chose? Croit-elle qu’elle a plus à gagner à cultiver la méfiance de l’étranger qu’à s’attaquer aux problèmes de main-d’œuvre? Les citoyens sauront en juger.

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L’enfant sage de la classe

CHRONIQUE / Depuis la galerie du Manoir Montmorency, le regard plonge vers le fleuve, les pentes verdoyantes de l’île d’Orléans et son pont fatigué.

Les candidats du Parti québécois (PQ) de la rive nord serrent les rangs pour la photo. Une belle image pour le début de la «vraie campagne».

Le ciel sans nuage ne fait cependant pas illusion. Depuis 20 ans, le PQ peine à trouver sa place dans la capitale et ce ne sera pas plus facile cet automne.

Cette vue, spectaculaire, contraste avec la vision sobre du PQ dans cette campagne.

Pas de surenchère de promesses et de programmes racoleurs à coups de milliards. Pas (trop) de populisme facile. À ce jour, le PQ est à Québec comme au «national» : l’enfant raisonnable dans une classe d’excités. 

Le PQ n’est pas entré dans la course effrénée à un troisième lien, préférant attendre les conclusions du bureau de projet. «On ne sait même pas s’il en faut un», rappelle Diane Lavallée, candidate dans Taschereau et porte-parole régionale. 

En attendant, le PQ préfère travailler au tramway et au réseau structurant qu’il veut raccorder à la rive sud. Ça semble plein de bon sens.

Sa principale audace pour le transport est d’évoquer un banc d’essai de taxi collectif pour le jour où des voitures pourront rouler sans conducteur. 

Je laisse les rêveurs rêver. Pour ma part, je ne m’y risquerai que le jour où il n’y aura plus jamais de bogue dans mon ordinateur ou mon cellulaire.

Depuis l’an dernier, le PQ a affiné son message sur les transports pour Québec. Il a abandonné par exemple l’idée de faire participer la Ville de Québec au financement du tramway.

Le chef Jean-François Lisée avait lancé l’idée au sortir d’un lunch à la Chambre de commerce en mars 2017. On craignait manquer d’argent pour le projet.

S’inspirant du modèle du train électrique de Montréal (REM), M. Lisée avait suggéré de capter la plus-value foncière dans les corridors SRB/tramway.

«S’il y a de l’argent qui pousse dans les villes grâce au SRB, j’aimerais ça qu’on se le partage.»

Il est depuis acquis que les gouvernements paieront la totalité du projet. 

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Lors de ce même point de presse, M. Lisée avait pourfendu le Canadien National pour sa «mauvaise volonté» à repeindre le pont de Québec. «Que le CN paie pour son pont», insistait-il alors.

Le PQ a depuis changé de cible et renoué avec son fonds de commerce traditionnel : la faute à Ottawa.

«Le fédéral a commis une erreur [en cédant le pont au privé], il doit payer pour son erreur historique», plaide aujourd’hui le PQ. C’est aussi l’avis général à Québec. 

Le PQ profiterait du timing des élections fédérales de 2019 pour mobiliser la machine et faire pression sur les libéraux fédéraux qui avaient promis en 2015 de s’occuper du pont.

C’est bien beau, mais comment le PQ pourrait-il faire mieux que les autres pour faire payer le fédéral? ai-je demandé à la députée sortante Agnès Maltais. Elle avait sa thèse : 

Les libéraux ont eu une «attitude molle» et «n’aiment pas les chicanes avec le fédéral»; François Legault serait mal placé, ayant déjà évoqué la démolition du pont de Québec avant de se raviser devant le tollé. Pas très convaincu encore.

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«On a juste des paroles verbales», avait déploré M. Lisée qui avait hâte, au printemps 2017, à un «vrai bureau de projet» du troisième lien pouvant livrer de «vraies études». On en est au même point aujourd’hui. Beaucoup de «paroles verbales» pour peu de faits avérés. Aussi bien vous y faire. La vraie campagne commence. On y entendra beaucoup de paroles verbales.

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La psychologie des listes d’épicerie

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard a beaucoup donné aux Villes ces dernières années et particulièrement à Québec.

Anneau de glace, promenade De Champlain, élargissement d’autoroutes, Diamant, amphithéâtre, musées, tramway, etc. 

Sans parler des nouveaux pouvoirs, du statut de capitale et des changements législatifs, dont celui sur les régimes de retraite.

La Ville de Québec a obtenu tout ce qu’elle demandait ou presque, à en rendre les autres jalouses. 

Cela en dit long sur son poids politique et sur les affinités que l’administration Labeaume a su développer avec le gouvernement en place.

On n’y retrouve peut-être pas la complicité festive de l’époque de l’Élisette sous Jean-Paul L’Allier et Jacques Parizeau. 

La résidence officielle du premier ministre, aujourd’hui discrètement logé au sommet de l’édifice Price, n’a pas le même impact dans la vie (mondaine) de la ville que la résidence de la rue des Braves. 

Mais on peut constater le succès d’une relation d’affaires harmonieuse et féconde, à laquelle les ministres Sam Hamad et Sébastien Proulx ont beaucoup contribué.

Cette bienveillance à l’endroit de Québec aide à comprendre pourquoi l’administration Labeaume a été si modeste cette semaine dans sa «liste d’épicerie» à l’intention des candidats en campagne. 

Québec sait avoir eu sa large part et qu’il serait gênant et ingrat de monter aux barricades pour avoir plus. 

Depuis la toute première liste échappée de façon impromptue un soir de conseil municipal en 2008, le maire Labeaume avait toujours privilégié les infrastructures.

Culture, économie, sport, transport et routes. La Ville demandait de l’argent pour du béton et de l’asphalte.

La liste 2018 vient de briser la tradition. Le tramway semblant «acquis», l’accélération de l’immigration devient la prochaine grande priorité de Québec. La demande impliquera moins d’argent et d’arbitrages délicats pour le prochain gouvernement que les projets d’infrastructures.

M. Labeaume maintient officiellement une position de «neutralité» dans la présente campagne. Le contraire serait inconvenant et risqué. 

On peut cependant lire entre les lignes : le maire de Québec est très satisfait du gouvernement sortant. Comment ne pas l’être?

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Le maire de Lévis, dont la liste d’épicerie est passée sous des radars étourdis par les allégations de harcèlement psychologique, n’est pas dans le même état d’esprit.

M. Lehouillier perçoit que Lévis n’obtient pas toujours sa juste part du gouvernement du Québec. 

Cela se traduit par son ton impatient à l’endroit de ses anciens collègues libéraux de l’Assemblée nationale. 

• Peut-être est-ce déjà venu à vos oreilles, M.Lehouillier voudrait «accélérer» les travaux d’un troisième lien à l’est. 

• Il croit «impératif» de réaliser «trois priorités incontournables à très court terme»: route 116, viaduc Saint-Omer au-dessus de l’autoroute 20 et élargissement de la 20 entre l’avenue Taniata et Saint-Omer.

• Il voudrait que le gouvernement corrige «l’inéquité» du Fonds d’immatriculation qui, dans sa forme actuelle, prive Lévis de 1,2 M$ par an.

• Il voudrait une «meilleure collaboration de la Commission de la capitale nationale» qui n’en a que pour Québec, perçoit-il, et n’a donné à Lévis que deux statues : Guillaume Couture et Chevalier-de-Lévis.

Le maire de Lévis n’a pas pris parti lui non plus dans cette campagne, mais on peut aussi lire entre les lignes. C’est à la CAQ que ses aspirations pour un troisième lien (à l’est) trouvent le meilleur écho.

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La région de Québec a longtemps traîné la réputation d’avoir du mal à retenir ses immigrants. 

À la fin des années 90, les statistiques suggéraient que quatre sur 10 repartaient pour ailleurs. Cela coïncidait avec une période de morosité économique. Certains y voyaient aussi le résultat de la xénophobie des gens de Québec. 

Une thèse sensible qui revient parfois encore hanter les débats publics à Québec. L’idée de l’immigrant «voleur de job» a longtemps fait des ravages.

Les choses se sont mises à changer à partir du début des années 2000 avec la relance de l’économie. On s’est mis à prendre conscience que la démographie n’allait bientôt plus suffire à combler les besoins de main-d’œuvre et qu’il faudrait compter davantage sur l’immigration. 

Le nombre d’immigrants à Québec s’est depuis mis à grimper et le taux de rétention de façon plus spectaculaire encore pour atteindre 94 %. 

Non seulement les immigrants restent-ils à Québec, mais leur taux d’emploi (68 %) pour les 15 ans et plus est supérieur à celui de la population «locale» (65 %). 

L’immigrant n’est plus un «voleur de job», mais une planche de salut.

Signe des temps, l’administration Labeaume fait de l’immigration la grande priorité de sa liste d’épicerie 2018. Elle veut attirer plus d’immigrants et alléger les délais. 

Lévis est du même avis et a aussi inscrit la demande à sa liste. 

M. Lehouillier imagine peut-être déjà ces immigrants travailleurs arriver à Lévis en nombre et sans congestion par un troisième lien (à l’est).

Chronique

Dans la gueule du monstre de l’État

CHRONIQUE / Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a raison de croire que Québec a une sensibilité particulière aux promesses qui visent une meilleure efficacité et moins de gaspillage dans l’administration publique.

Les gens de Québec sont bien placés pour le savoir. Les tentatives répétées de réingénierie, modernisation et réorganisation de l’État n’ont pas mis fin à toutes les aberrations et dépenses inutiles.

Les récits d’utilisations douteuses d’argent public et du temps des employés continuent à résonner à nos oreilles par des amis, parents, voisins.

Ici, des gestionnaires incompétents; là, une mauvaise organisation du travail; ailleurs, des commandes politiques insensées, des formulaires ou des sites Internet mal foutus pour les citoyens, des procédures aberrantes, etc. C’est parfois à désespérer.

L’idée de mettre fin au gaspillage, de rendre la machine plus efficace et en réduire les coûts de fonctionnement fera facilement consensus.

La promesse de la CAQ aura certainement une résonance à Québec cet automne, même si elle est plus nuancée (et timide) que celle de 2014 où elle avait promis 20 000 postes coupés. La CAQ parle aujourd’hui de 5000 postes en quatre ans, de regroupements de services informatiques, d’élimination du gaspillage.

J’ai toujours un petit frisson quand j’entends qu’on veut continuer à grossir les machines informatiques.

On se souvient des explosions de coûts ou des ratés des projets GIRES, Dossier Santé Québec, SAGIR ou Phénix (service de paie fédéral).

On ne sait jamais dans la gueule de quel monstre on vient de se jeter. Il y a des économies d’échelle possibles dans le regroupement de services informatiques, mais on a tendance à oublier les risques de dérapage. On voit les bénéfices théoriques, mais pas les dommages et conséquences concrètes. La perte de contrôle des coûts, les délais, les frustrations des employés et du public.

La CAQ n’invente rien en proposant de revoir les façons de faire. Tous les précédents gouvernements s’y sont essayés sous une forme ou une autre. Bouchard, Charest, Couillard, aujourd’hui Legault.

«La volonté de réformer les administrations publiques est aussi ancienne que les administrations elles-mêmes», observe Steve Jacob, professeur à l’Université Laval.

Depuis Margaret Thatcher, des gouvernements populistes s’attaquent à la fonction publique, rappelle Marcel Proulx, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

Inspirés par le privé, ces gouvernements veulent pouvoir mesurer des résultats à court terme. C’est le premier danger.

On se concentre sur les résultats : nombre de postes à couper, nombre d’organismes à faire disparaître ou de services à regrouper, économies anticipées.

Ce sont des choses plus faciles à compter que d’essayer de mesurer l’efficacité de la machine ou du service au citoyen.

«On ne met pas assez l’accent sur la recherche d’efficacité», déplore M.Jacob.

On commence par les résultats alors qu’il faudrait d’abord réfléchir à la nature des services qu’on veut offrir et à la façon de les donner, croit aussi M.Proulx.

Le problème est que ces changements-là demandent du temps et font appel au qualitatif plutôt qu’au quantitatif.

On imagine mal en débattre dans une campagne électorale où il y a peu de place pour les nuances et les détails compliqués.

Il est plus simple de faire des promesses sur des chiffres d’emplois à couper et de surfer sur la méfiance des citoyens envers les fonctionnaires.

Ça évite de devoir expliquer comment on va s’y prendre pour faire mieux. 

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Un des fléaux des dernières années est cette obsession à vouloir implanter dans le public des méthodes de gestion empruntées au secteur manufacturier.

Tous ces processus en vogue, Lean, Kaizen, Six Sigma et autres Toyota, pensés à l’origine pour améliorer la performance sur les chaînes de montage.

L’idée de mettre à contribution les employés pour rechercher de meilleures façons de faire est excellente, voire incontournable. 

Cela peut être aussi utile dans les administrations publiques que dans les usines. 

Le problème est de les appliquer de façon dogmatique, sans intelligence ni discernement. 

Comme si le travail intellectuel d’un professionnel pouvait se mesurer avec des chiffres comme la production d’une usine. 

Produire des pièces plus vite avec moins de perte, moins de défauts et moins d’humains pour la manipuler est une chose. Mais ça ne peut pas fonctionner dans tous les secteurs de la fonction publique. 

On ne peut pas mesurer à l’avance le temps qu’il faut à produire un rapport, une analyse, une politique ou un projet d’infrastructure. Cela dépend chaque fois de la nature et de la complexité du dossier.

Ça vous semble comme à moi une évidence, mais malheureusement, ça ne l’est pas pour tous les petits apôtres du Lean qui sévissent dans la machine publique. 

Lorsqu’on insiste, on aboutit à des aberrations.

La méthode exigeant des résultats, on se met à mesurer les processus eux-mêmes, à compter les réunions et les participants, on essaie de codifier l’incodifiable, on crée de nouveaux processus, etc.

La bête se nourrit elle-même et ne travaille plus que pour ses besoins propres, oubliant de se demander en quoi le public ou l’État en sera mieux servi.

La méthode qui devait améliorer les façons de faire finit par ajouter au gaspillage plutôt que de le combattre. En prime, on aura probablement payé un consultant externe pour piloter le projet.

On n’entend pourtant personne remettre en question ces façons de faire. Ni en campagne électorale. Ni après.

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Il ne fait pas de doute qu’il y a moyen d’améliorer les façons de faire et l’efficacité de la machine gouvernementale. Il faut juste s’assurer de réfléchir aux bons enjeux plutôt qu’aux enjeux les plus populaires.

Chronique

Le mythe d’un troisième lien à l’est

CHRONIQUE / La CAQ promet de lancer le chantier d’un troisième lien à l’est dans un premier mandat et accuse les libéraux de s’être traîné les pieds.

Le Parti libéral dit tenir à ce troisième lien, mais avoir besoin de temps pour compléter les études. Le PQ reproche à la CAQ et aux libéraux d’aller trop vite en promettant un troisième lien sans avoir ces études.

Québec solidaire promet de mettre fin au projet de troisième lien qui ne servirait dit-il qu’à enrichir les promoteurs de Lévis et aggraver les problèmes de circulation.

La table est mise pour un débat régional animé et il est heureux que tous les points de vue y soient représentés.

À la veille de la campagne, la ministre Véronyque Tremblay a rendu public les faits saillants de l’état des travaux du Bureau du troisième lien.

Ce rapport évoque cinq hypothèses de corridor entre l’île d’Orléans à l’est et Saint-Augustin/Saint-Nicolas à l’ouest (voir carte ci-jointe).

J’en ai tiré mes propres faits saillants.

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J’ai été ébloui par la carte des déplacements vers la rive nord à l’heure de pointe du matin. J’en ai rarement vu d’aussi éloquente et pertinente.
D’un seul coup d’œil, on y comprend toute l’inutilité d’un troisième lien à l’est pour soulager la congestion routière.

Cela tient du simple bon sens. L’immense majorité des citoyens de Lévis qui traversent à Québec viennent des quartiers de l’ouest (Saint-Nicolas, Saint-Étienne, Charny, Saint-Jean-Chrysostome, Saint-Lambert, etc).

Ils ont pour destination le boulevard Laurier, l’Université Laval, les cégeps Sainte-Foy, St. Lawrence et Garneau et dans une moindre mesure, le centre-ville de Québec.

C’est une absurdité de penser que ces citoyens feront un détour de 30 km ou 40 km par un pont/tunnel à la hauteur de l’île d’Orléans (corridor 5) pour entrer à l’école ou au bureau.

Sans compter que les autoroutes 20 et 40 auxquels ce troisième lien à l’est serait relié sont déjà congestionnées.

La thèse d’un pont/tunnel à l’est pour soulager la congestion ne tient tout simplement pas la route.

Il y a une sorte de malhonnêteté intellectuelle à continuer à soutenir le contraire à des fins électoralistes.

Je n’ai pas vu non plus de démonstration encore de la nécessité d’un troisième lien pour compléter un «périphérique» autour de Québec.

Cela répond peut-être à une sorte de modèle théorique, mais à quoi bon si ça ne sert pas l’objectif de réduire la circulation. On plaidera que des camionneurs en provenance de la Côte-Nord éviteraient ainsi de traverser Québec pour rallier l’autoroute 20.

Peut-être, mais je n’ai pas l’impression que le nombre de ces camions en transit pèse lourd dans la congestion des heures de pointe.

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  • 2

La seule raison «logique» à un troisième lien à l’est serait de vouloir urbaniser davantage la rive sud, notamment les terres agricoles dans Bellechasse et Montmagny.

Des élus locaux (dont le maire de Lévis) salivent sans doute à la perspective de nouvelles taxes foncières. C’est dans la culture des organisations municipales de vouloir ainsi grossir, toujours et davantage.

Alors qu’on le dise clairement et qu’on cesse d’entretenir le mythe qu’un troisième lien à l’est peut réduire la congestion.

Ça ne rendrait pas le projet plus acceptable, car on relancerait ainsi  l’étalement urbain et les coûts publics qui y sont associés.

Mais ça aurait le mérite de l’honnêteté et d’une meilleure cohérence dans l’argumentaire des tenants du troisième lien.