Chroniques

Ce chinook qui souffle les Olympiques

Les citoyens de Calgary ont vécu l’extase des Jeux de 1988 et surfé depuis sur la fierté. S’ils ont dit non à une nouvelle candidature, quelle ville canadienne voudra encore des Olympiques?

Québec? Le maire Labeaume y a renoncé en 2016, mais le retrait de Calgary garde l’hypothèse olympique ouverte. Dans le cas contraire, le délai pour un retour des Jeux au Canada aurait été repoussé à beaucoup plus tard. Qui sait s’il y aura encore des Jeux olympiques rendu là.

Chronique

Le déclin de la Commission de la capitale nationale

CHRONIQUE / La Commission de la capitale nationale (CCN) n’a plus aujourd’hui l’énergie, l’imagination et le leadership des années qui ont suivi sa création en 1995.

Elle avait alors contribué de façon remarquable à définir le paysage de Québec. Promenade Samuel-De Champlain, Colline parlementaire, tous ces parcs et espaces publics qui ont contribué à la qualité de vie.

Depuis le milieu des années 2000, on assiste à une érosion du rôle de la Commission. Son mandat s’est rétréci, son autonomie est moindre et son poids politique devenu insignifiant. Son expertise des grands projets n’est plus la même, assez que pour «son» dernier grand chantier, Place des Canotiers, c’est la Société Québécoise des Infrastructures qui fut le maître d’œuvre.

Comment expliquer ce déclin de la CCN? Voici quelques pistes.

1. Le contexte a changé

En 1995, Québec s’inquiétait du glissement furtif (vers Mont­réal) des lieux de décision et des effectifs de l’État. La CCN en faisait une veille assidue, mais le sujet est aujourd’hui sorti des radars. 

Le gouvernement Parizeau rêvait de faire de Québec la capitale d’un pays, ce qui enveloppait la CCN naissante d’une certaine aura. Alléchée par l’impact économique du statut de capitale, la Chambre de Commerce de Québec avait alors acheté une résidence pour le premier ministre (1080, avenue des Braves). 

L’idée de «Québec capitale» a depuis perdu beaucoup de ses ambitions. L’avenir de la CCN est aujourd’hui remis en question en même temps que celui du parti qui l’a créée. 

2. Une direction peu compétente

Les pdg de la CCN ont tous été des «nominations politiques», à commencer par son premier titulaire, Pierre Boucher (1995-2003), un ami du Parti québécois et du maire Jean-Paul L’Allier. 

M. Boucher avait cependant travaillé pour les parcs nationaux et le service d’aménagement de la Ville de Québec. Il avait une vision forte du paysage de la ville et fut à l’origine des principaux projets qui ont fait la fierté de la CCN. 

Ses successeurs n’avaient pas cette expertise ni sa vision. Ils ont fait rouler la CCN sur l’élan donné, mais n’ont pas su lui en imprimer de nouveau.

Peut-être cela convenait-il aux gouvernements du moment.

Une direction forte est plus dérangeante qu’une direction insipide et discrète, et risque de priver les élus de l’attention des médias.

Ce n’est pas unique à la CCN, mais les gouvernements de la dernière décennie se sont assurés que ça n’arrive plus à la CCN. 

L’actuelle pdg, Marie-Claire Ouellet, une apparatchik libérale, aura en cela été exemplaire, refusant rigoureusement toute demande d’entrevue de fond depuis sa nomination. 

Le rôle de la CCN a ainsi évolué vers celui de gestionnaire de parcs et propriétés de l’État (domaine Cataraqui, Bois-de-Coulonge, etc., perdant du coup un peu de sa pertinence.

3. Un maire omnipotent

Le déclin s’est amplifié après l’arrivée du maire Régis Labeaume, pour atteindre un point de non-retour sous la direction de Françoise Mercure.

Le maire lui a brutalement fait comprendre que c’est lui qui menait et que la CCN n’avait désormais qu’à suivre. La Ville a ainsi pris l’initiative (et le monopole) des grands projets d’aménagement et c’est le maire qui donne les signaux (ex. : phase 4 de la promenade Samuel-De Champlain vers Beauport). 

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La nouvelle ministre de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a dit au Journal de Québec vouloir réfléchir au sort de la CCN. Une bonne idée.

Elle pense à une fusion avec le Secrétariat à la capitale, qui gère un fonds économique régional. À noter que ce Secrétariat a aussi perdu des plumes avec le temps, ses enveloppes étant aujourd’hui éparpillées (Ville, Québec International, etc.).

On pourrait imaginer un scénario où les responsabilités d’aménagement de la CCN seraient transférées à la Ville, qui en a l’expertise et les ressources.

Mais on pourrait aussi penser au scénario contraire d’une CCN ragaillardie et inspirée, complémentaire à la Ville et pouvant lui faire contrepoids sur des enjeux d’aménagement. 

Les maires de Québec ont fait pression pendant 25 ans avant d’obtenir en 1995 la création de la CCN. On ne balaie pas ça sans prendre le temps d’y réfléchir.

Québec s’apprête à vivre une période de grandes transformations avec les chantiers annoncés de la tête des ponts, du Phare, du tramway, d’un troisième lien peut-être et d’un train à grande fréquence.

Le paysage de Québec va beaucoup changer et les enjeux d’aménagement et d’embellissement seront nombreux.

Ce serait ironique de choisir ce moment pour faire disparaître la CCN dont les contributions au paysage ont si bien servi Québec. 

Chronique

Le rêve américain et les terres agricoles

CHRONIQUE / Le gouvernement a rejeté pour la seconde fois cet automne, le projet de schéma d’aménagement de Québec qui prévoyait le dézonage de 567 hectares de terres agricoles, l’équivalent de plus de cinq fois les Plaines d’Abraham.

Dans une lettre au maire Régis Labeaume, le ministère des Affaires municipales indique que ce projet n’est «pas conforme» aux orientations» du gouvernement et renvoie la ville aux planches à dessin. 

Les terres des Sœurs de la Charité, le long de l’avenue Bourg-Royal à Beauport, comptent pour plus du tiers (211 hectares) des espaces agricoles convoités par Québec.

Le promoteur Michel Dallaire et l’administration Labeaume y projettent un nouveau quartier résidentiel de 6500 unités d’habitation dont les profits iraient à des causes communautaires. 

Le schéma rejeté prévoyait aussi le dézonage d’autres terres du secteur Bourg-Royal (194 hectares) et de Saint-Augustin (162 hectares). 

Ce qui est moins connu, c’est que la Ville en a d’autres dans sa mire dans l’ouest de Beauport, à Charlesbourg et à Val-Bélair, marquées en rouge sur la carte avec la légende «secteur en évaluation».

Loin de s’essouffler, la pression sur les terres agricoles de Québec risque d’aller en s’amplifiant.

L’administration Labeaume dit avoir besoin de ces terres agricoles pour loger les nouveaux ménages attendus à Québec dans les prochaines décennies.

Si les jeunes familles ne trouvent rien à leur goût à Québec, elles iront plus loin en périphérie, ce qui va accroître l’étalement urbain, fait valoir la Ville. L’argument mérite considération. 

Les statistiques montrent en effet que beaucoup de jeunes familles se sont installées sur la Rive-Sud, dans Portneuf, sur la Côte-de-Beaupré et dans la couronne nord, faute d’avoir trouvé à Québec ou d’avoir les moyens de s’y loger.  

L’analyse de la Ville est cependant contestée et le débat est loin d’être clos. 

J’ai retenu quatre arguments qui devraient inciter à la prudence avant d’envisager le dézonage de terres agricoles.

Chronique

La dérive des hauteurs

CHRONIQUE / Le projet immobilier à l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague, dans le Vieux-Québec, n’a pas la démesure de celui du Phare, mais soulève lui aussi un enjeu de hauteur, d’architecture et d’impact sur le paysage.

Contrairement au Phare qui va atterrir dans le désert de la tête des ponts, on est ici dans un environnement sensible, au cœur de l’arrondissement historique reconnu par l’UNESCO. 

Le promoteur GM Développement prévoit aménager 200 logements dans les bâtiments patrimoniaux de l’ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague (1898) et de l’ancien foyer pour personnes âgées Nazareth (1860) et dans deux nouvelles ailes à construire.

Tous ces logements sont bienvenus et font l’unanimité dans ce quartier qui peine à maintenir l’équilibre entre les fonctions touristiques, de divertissement et d’habitation. En prime, une vingtaine de logements «sociaux» seront offerts à prix abordable.

Beau projet donc. Mais est-il nécessaire de grimper si haut et d’altérer la ligne d’horizon du Vieux-Québec? 

L’ancienne école de briques rouges, qui faisait cinq étages, en comptera 11 avec ses nouveaux étages de verre et de métal.

Il sera pour cela nécessaire de modifier le Programme particulier d’urbanisme (PPU).

De nombreux citoyens s’y opposent. Parmi eux, l’ex-directeur général de la Ville, l’urbaniste et architecte Serge Viau, qui y voit une «disproportion nettement disgracieuse» avec les immeubles historiques voisins. 

C’est d’autant plus étonnant, dit-il que ce projet arrive au moment où on envisage retrancher six étages à la tour de l’hôpital de L’Hôtel-Dieu pour «harmoniser et rétablir le paysage historique». 

Selon l’angle d’où on regardera, les nouveaux immeubles donneront l’impression d’avoir la même hauteur que ceux de la Banque Royale ou de la tour de la Banque de Montréal à place D’Youville.

Dans les faits, la Ville prévoit prolonger à l’horizontale les hauteurs permises pour le Diamant et le futur hôtel du Capitole. 

Cela donne une douzaine d’étages pour le projet Saint-Louis-de-Gonzague, ce qui n’a rien en soi d’une hérésie dans un centre-ville. 

Le problème est que la pente descendante vers la basse ville amplifie la perception hauteur.

L’immeuble «hors gabarit» aura l’air «d’émerger de manière incongrue par rapport au paysage historique du Vieux-Québec», analyse Serge Viau. Une «aberration» et une «erreur majeure de design urbain».

L’architecture «résolument contemporaine» des nouveaux étages ajoutera à ce «contraste dérangeant». L’ex-dg aurait préféré un immeuble avec des dégradés en terrasses pour atténuer l’impact visuel.

Le conseiller municipal Jean Rousseau suggère l’ajout d’un autre bâtiment secondaire sur le même site, près de la côte de la Potasse. Le promoteur maintiendrait ainsi son nombre de logements tout en réduisant la hauteur du bâtiment principal. On demandera au promoteur ce qu’il en pense.

Le conseil de quartier du Vieux-Québec a déjà donné son aval au projet, de même que le conseil d’arrondissement. Ne manque que le OK de la commission d’urbanisme.

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Le projet de Saint-Louis-de-Gonzague ne suscite pas la même inquiétude ni le même débat public que Le Phare à l’autre bout de la ville.

Il n’y a pas ici d’enjeux de transport, d’équilibre de marché, ni de questions sur l’ombre, le vent ou les oiseaux migrateurs. L’impact sur le paysage, aussi significatif soit-il, sera moindre que pour Le Phare et vous ne m’entendez pas ici crier au scandale. 

Ces deux projets (et plusieurs autres) sont cependant le résultat d’une même dérive voulant que pour densifier, il faut nécessairement aller plus haut.

C’est peut-être un argument économique valable pour les promoteurs, mais au plan urbain, ça ne tient pas. Dans une ville où le taux de croissance reste modeste malgré des statistiques d’emploi spectaculaires, il y a intérêt à répartir les pieds carrés plutôt qu’à les empiler.

On obtient ainsi la même offre de logements et de bureaux en occupant davantage le vide des terrains vagues et stationnement de surface. 

La qualité de vie des quartiers y gagne, la pression sur les infrastructures publiques est moindre et il y a une meilleure acceptabilité sociale. Ça paraît logique. Pourquoi s’entêter à faire le contraire?

Chronique

Les gens d’affaires paient-ils trop de taxes?

CHRONIQUE / Le récent rapport d’une firme de consultants immobiliers relance le débat sur la taxation à Québec.

La grande question : les commerçants et gens d’affaires paient-ils trop de taxes par rapport aux propriétaires de résidences?

Les lobbies d’affaires le pensent depuis des années et l’analyse du Groupe Altus tend à leur donner raison. Mais qu’en est-il vraiment?

Une première observation factuelle est que les gens d’affaires de Québec paient 3,6 fois plus de taxes foncières que les propriétaires de résidences.

Il y a 15 ans, ce ratio était de 2,1, ce qui signifie que les taxes pour les gens d’affaires ont augmenté davantage que pour les propriétaires de résidences.

Une des explications identifiées par la recherche scientifique est que le poids politique des gens d’affaires est moindre que celui des propriétaires résidentiels.

Les gens d’affaires de Québec n’ont par exemple qu’un droit de vote, comme tous les autres citoyens, peu importe la taille de leur entreprise.

Les gens d’affaires qui n’habitent pas Québec peuvent aussi voter, mais il s’en trouvait seulement 441 sur les 410 095 inscrits sur la liste électorale de l’élection municipale 2017. Un nombre dérisoire.

On comprend facilement pourquoi les administrations municipales ont préféré refiler les plus fortes augmentations aux gens d’affaires plutôt qu’aux petits propriétaires.

Il y a cependant une limite.

Des commerçants de Québec se disent étouffés par les taxes. Par les taxes et par bien d’autres choses faut-il ajouter (règlements tatillons, délais d’obtention de permis, exigences démesurées des fonctionnaires, etc.).

On pourrait pendre la chose avec un grain de sel. Il est dans la nature des gens d’affaires (et de beaucoup de citoyens) de réclamer des baisses de taxes pour alléger leur colonne des dépenses.

La taxation a cependant un impact sur la localisation, la compétitivité et parfois la survie des entreprises. Surtout les plus petites. On aurait tort de le prendre à la légère.

Ces petits commerces, qui ont souvent pignon sur rue, contribuent à la qualité de vie des villes et à en définir la personnalité. De la même façon que le patrimoine bâti, les espaces publics, l’animation en ville, etc.

On peut être indifférent aux états d’âme des grandes surfaces ou magasins de chaînes qui payent cher de taxes. Mais on ne veut pas voir disparaître le resto de quartier, le café branché (ou pas), la friperie, la micro-brasserie, la salle de spectacles underground, l’épicerie spécialisée et autres petits commerces de service qui font le plaisir du quotidien.

L’administration Labeaume en est consciente et vient d’ouvrir la porte à un «gel» de taxes pour le non résidentiel similaire à celui consenti au résidentiel (unifamilial et condo) ces deux dernières années.

On verra si elle y donne suite dans son prochain budget.

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Comment déterminer le juste partage du fardeau fiscal entre les commerces et les résidences? Toutes les villes cherchent une réponse.

Un principe d’équité voudrait qu’il y ait équilibre entre le prix payé et le bénéfice reçu.

Si cela était, les commerces devraient payer moins de taxes que les résidants, car ceux-ci profitent davantage des services municipaux (loisirs, parcs, etc.).

D’un autre côté, les gens d’affaires peuvent déduire les taxes municipales de leurs impôts d’entreprise. Sous cet angle, il serait normal qu’ils paient plus cher de taxes que les citoyens.

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L’étude du Groupe Altus suggère que la Ville de Québec a peut-être atteint la limite dans la taxation du secteur non résidentiel. Personne n’en a été vraiment surpris.

Là où l’analyse du Groupe Altus est plus fragile, c’est dans les comparaisons qu’elle fait entre les villes canadiennes.

Québec s’y classerait quatrième, derrière Vancouver (4,4), Toronto (3,8) et Montréal (3,8) pour le ratio impôt foncier commercial/résidentiel.

Le problème, c’est que le consultant n’a regardé que le taux d’impôt foncier. Ces taux ne disent pas tout.

On n’y prend pas en compte les tarifications imposées par certaines villes (consommation d’eau, gestion des eaux usées, cueillette des ordures, bibliothèques, etc.). Ça peut changer la donne, convient Yvon Godin, vice-président exécutif au Québec pour Groupe Altus.

L’étude ne tient pas compte non plus de la valeur des immeubles qui varie beaucoup d’une ville à l’autre. Les valeurs à Québec sont modérées par rapport à d’autres. Lorsque les immeubles valent très cher, une ville peut appliquer un taux foncier plus bas, ce qui lui permet quand même d’aller chercher les taxes nécessaires pour payer les services.

Souvenons-nous de la Ville de Sillery d’avant les fusions, qui avait le plus faible taux d’impôt foncier et les plus grandes valeurs foncières.

L’étude ne tient pas compte non plus du niveau de services offert par les villes ni des subventions qu’elles reçoivent (ou pas), ce qui a une incidence directe sur le niveau des impôts fonciers.

Tout ça pour dire que la comparaison avec d’autres villes canadiennes, qui fait mal paraître Québec, doit être regardée avec prudence.

Ce qui ne dispense pas de réfléchir au niveau de taxation qu’il convient de percevoir auprès des gens d’affaires.

La Ville de Québec a obtenu l’an dernier le pouvoir de taxer de façon plus fine qu’avant les immeubles non résidentiels. Elle pourrait par exemple imposer des taux de taxes différents selon la taille ou la nature des établissements. Par exemple un taux plus élevé pour les grandes surfaces que pour les petits commerces de quartier. Ça ouvre des pistes intéressantes.

Chroniques

Le prix des égos blessés

Il faudra bien un jour finir par trouver réponse au scandale de ces élus qui démissionnent et provoquent des élections partielles parce que déçus du résultat de l’élection ou de leur rôle au sein du gouvernement.

Cela vaut aussi pour ces élus qui se lassent de leur fonction, ne se plaisent plus dans leur équipe ou entendent le chant des sirènes d’un meilleur job ailleurs.

Après Philippe Couillard au lendemain de la dernière élection, on apprend que la députée de la CAQ Claire Samson, meurtrie la pauvre de ne pas avoir été appelée au conseil des ministres, songe à démissionner. L’évocation de soudains problèmes de santé ne dupe personne.

Pendant 39 jours (et bien davantage), Philippe Couillard et Claire Samson ont fait campagne, le cœur sur la main, en disant aux citoyens de Roberval et d’Iberville vouloir continuer à les servir. 

Ces citoyens y ont cru et leur ont accordé leur confiance.

On mesure aujourd’hui la sincérité de ce désir de service public (ou de son absence). Ce qu’ils voulaient dire par servir, c’était servir leurs intérêts propres d’abord ou ceux de leur parti, dans un rôle qui soit à la hauteur de leur égo et de leur ambition.

Après la cinglante défaite, on peut comprendre que M.Couillard ait souhaité quitter la direction de son parti. S’il ne l’avait pas fait de lui-même, d’autres lui auraient sans doute indiqué la porte.

Mais rien ne l’empêchait d’honorer son contrat social avec les électeurs de Roberval. Rien sinon sa fierté et blessée.

Le même motif pousse aujourd’hui la députée Samson à envisager son départ.

On peut comprendre que des motifs de santé ou d’urgence familiale puissent contraindre un élu à quitter prématurément son poste. Ceux-là ont toute notre empathie.

Mais comment éviter ces départs pour cause de lassitude, d’égos froissés ou d’appétit pour un autre job vu comme plus stimulant ou plus payant?

Il y en a eu plus d’une dizaine dans le précédent mandat : Yves Bolduc, Marguerite Blais, Gilles Ouimet, Robert Dutil, Stéphane Bédard, Élaine Zakaïb, Christian Dubé, Gérard Deltell, etc.

On pourrait inclure dans cette liste le nouveau ministre Jonatan Julien qui a quitté Équipe Labeaume puis son poste de conseiller, ce qui entraîne une élection partielle à la charge des citoyens.

Et voici que ça recommence. Couillard, Samson peut-être et qui d’autre ensuite?

Il en coûte chaque fois entre 500 000 $ et 600 000 $ pour tenir une élection partielle.

L’abolition en 2015 de la prime de départ pour démission hâtive sans motif de santé ou de famille fut un premier pas, mais à l’évidence, ça ne suffit pas. Et ça n’empêche pas surtout la dépense des partielles.

Comment l’éviter? Il y a déjà quelques modèles établis qui pourraient nous inspirer. J’y ajoute ici quelques idées et peut-être en aurez-vous d’autres et de meilleures, vous me le direz.

1. Remplacer le démissionnaire par un substitut du même parti (sorte de colistier) qui serait élu conjointement le jour le l’élection. Cela existe en France et a l’avantage de respecter la volonté démocratique des citoyens.


2. Remplacer le démissionnaire par un député de même couleur d’une autre circonscription qui cumulerait les rôles.
Il en résulte un déficit de représentation politique pour cette circonscription, mais pour les services directs aux citoyens, le personnel du bureau du député peut compenser.


3. Remplacer le démissionnaire par le candidat arrivé deuxième à l’élection. Ce serait une bonne leçon, non?
Encore faudrait-il que ce deuxième soit encore intéressé et disponible au moment où le siège deviendrait libre. Cela pose par contre un problème de légitimité. Une circonscription serait représentée par une personne et/ou un parti dont les électeurs ne voulaient pas.


4. Tenir une élection partielle et faire payer celle-ci par le démissionnaire en prélevant si nécessaire sur son salaire futur. Il y penserait deux fois avant de partir pour des motifs discutables.
Ou alors, on pourrait faire payer le parti dont il est issu, même si celui-ci n’est pas toujours responsable des départs hâtifs.
L’inconvénient à empêcher des départs hâtifs serait de devoir endurer (davantage) de députés grincheux ou démotivés à l’Assemblée nationale. Il n’y a pas de démocratie parfaite. On peut cependant viser à en éliminer les irritants qui discréditent le métier d’élu et nourrissent le cynisme.

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À la lecture de la chronique de vendredi sur les arbres abattus sur la Promenade Samuel de Champlain, plusieurs lecteurs m’ont souligné (avec raison) que l’eau du fleuve n’est pas salée à cet endroit. L’argument voulant que les arbres abattus étaient affaiblis par l’air salin du fleuve ne tient donc pas la route. Il aurait fallu dire que ces arbres étaient affaiblis par les embruns salins (sel de déglaçage du boulevard Champlain) et par le climat du fleuve et le corridor de forts vents sur la promenade. Voilà. C’est plus clair?

Je vous dis ça comme ça. Le Canadien National, propriétaire du pont de Québec, rapporte un bénéfice net record de 1,13 milliard $ pour le trimestre qui a pris fin le 30 septembre dernier (+ 18 % par rapport à 2017).

Ce trimestre fut le meilleur de l’histoire du CN sur le plan du chiffre d’affaires.

«Plus qu’un chemin de fer», peut-on lire en entête du récent rapport adressé aux investisseurs.

En effet. Le CN est plus qu’un chemin de fer, c’est une machine à imprimer de l’argent. Pendant que ses ponts rouillent.

Chronique

Une astuce légale pour forcer le Phare

CHRONIQUE / La Ville de Québec tiendra une seule soirée de consultation avant d’autoriser le projet du Phare qui va changer pour des générations, le paysage et la ligne d’horizon de la capitale.

Consultation est ici un bien grand mot, puisque l’administration Labeaume a déjà donné son appui au projet et n’est pas liée par ce que pourraient dire les citoyens. 

Le promoteur Michel Dallaire a aussi tenu ses propres consultations le printemps dernier. 

Le petit soir de «démocratie» prévu par la ville le 21 novembre prochain, contraste avec la vaste consultation qui avait précédé l’adoption en 2012 du Programme particulier d’urbanisme (PPU) du plateau de Sainte-Foy. 

Pendant plus d’un an, la ville avait multiplié les rencontres avec des centaines de citoyens, entreprises, institutions et acteurs du secteur. 

Il en avait en outre résulté un large consensus pour limiter à 29 étages la hauteur des futurs immeubles du côté Nord du boulevard Laurier.

«Le PPU guidera l’action de la Ville pour les 20 prochaines années», écrivait alors le bras droit du maire Labeaume, François Picard, à la première page du document. 

«Il était de notre devoir de mettre en place une démarche complète, sérieuse et rigoureuse qui regroupe le plus de citoyens et d’opinions», avait ajouté M. Picard.

Le PPU de Sainte-Foy a depuis été modifié à deux reprises sans soulever de vagues, car les modifications restaient conformes aux orientations et objectifs de départ.

Le modifier à nouveau pour autoriser 65 étages plutôt que 29 risquait de soulever davantage de controverse, mais l’administration Labeaume estimait ne pas avoir le choix : pour permettre le Phare, une modification au PPU (et au zonage) était nécessaire. 

La Ville vient cependant de changer d’idée. On a appris la semaine dernière qu’elle a trouvé un autre moyen légal (article 74.4 de sa Charte) pour forcer l’adoption du projet de Phare sans devoir toucher au zonage ou au PPU. 

Cet article permet d’imposer de grands projets privés ou publics sans tenir compte de l’acceptabilité du voisinage.

Sur le fonds, ça ne change rien que la ville prenne un moyen ou l’autre, le résultat étant le même : permettre une tour de 65 étages là où le zonage disait 29. 

Pourquoi alors ce changement de stratégie? 

Mon hypothèse est que la ville souhaite limiter les dommages de perception. 

Forcer un changement au PPU dans la controverse créerait un précédent désagréable et serait contraire à l’esprit de consensus qui entoure les PPU. 

La crédibilité des PPU futurs s’en trouverait entachée. Des citoyens pourraient se demander à quoi il sert de participer à des consultations PPU si la ville fait le contraire dès qu’un promoteur cogne à sa porte. 

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En recourant à l’article 74.4 de sa Charte, la Ville détourne l’attention ailleurs. 

Le motif officiel est qu’elle pourra «mieux encadrer la réalisation du projet». Il en résultera un «règlement plus modulable et sur mesure pour un projet hors de l’ordinaire», explique le service des communications. 

La Ville pourra y «intégrer des dispositions plus sévères dont certaines n’auraient pas pu être incluses dans le cadre habituel d’une modification au zonage», précise-t-on.

On pourrait par exemple forcer la construction d’un pôle d’échange de transport en commun en même temps que la construction de la Tour 1. La ville pourra aussi mieux contrôler l’usage des cases de stationnement, etc. 

Je ne suis ni avocat ni urbaniste pour juger des limites réglementaires inhérentes aux PPU ou à l’article 74.4 de la Charte.

Ce que je sais par contre, c’est que les PPU ont précisément été conçus pour permettre aux villes une «planification particulière et détaillée» dans des secteurs névralgiques. 

Le site Internet du ministère des Affaires municipales est à cet égard très explicite : le PPU permet de préciser les modalités d’aménagement, les normes d’usages, et d’affichage, marges de recul, localisation des accès aux terrains et stationnements, etc. 

Il permet aussi d’identifier les priorités d’intervention des immobilisations pour la construction de voies de desserte, feux de circulation, etc.

Bref, les PPU donnent aux villes beaucoup de latitude. Québec semble cependant trouver que ce n’était pas assez. 

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Les PPU sont devenus le principal outil de planification de la Ville de Québec pour les secteurs centraux où il y a des enjeux délicats ou controversés.

Les PPU ont en outre l’intérêt de mettre dans le coup les citoyens et acteurs locaux pour planifier à l’avance le développement de leur quartier.

Cela permet une réflexion sereine, davantage que la formule des référendums où souvent, les points de vue «pour» et «contre» s’entrechoquent sans qu’il soit possible de travailler à des compromis.

Québec compte actuellement sept PPU. Dans un corridor de deux kilomètres le long du fleuve, entre l’autoroute Henri-IV et la Baie de Beauport, près de la moitié du territoire de la Ville est ainsi régie par des PPU.

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J’ai toujours perçu que l’administration Labeaume avait piloté ses PPU avec ouverture d’esprit et grande sensibilité pour les citoyens, commerçants et acteurs des secteurs concernés.

Le projet de PPU Sainte-Foy a par exemple fait l’objet de près de 200 modifications avant l’adoption d’une version finale en décembre 2012. La Ville avait alors pris en compte les avis et commentaires exprimés en consultation. 

Le chemin choisi par l’administration Labeaume pour forcer le projet du Phare me semble aller à l’encontre de cet esprit de consultation et de la tradition des PPU.

Il me semble aussi aller à l’encontre de l’esprit de la nouvelle loi 122. Celle-ci permettra aux villes d’abandonner complètement les référendums à condition de se doter d’une politique de participation publique. 

La Ville de Québec travaille actuellement à peaufiner sa politique. C’est une approche intéressante au plan démocratique. 

Mais elle ne servira à rien si la on choisit d’ignorer ou bulldozer les consultations publiques par un coup de force légal, comme Québec s’apprête à le faire pour le Phare. 

Chronique

Ma première poffe

CHRONIQUE / J’ai respiré ma première poffe avant 10h, dans la file d’attente devant la succursale du chemin Sainte-Foy, entre le Couche-Tard, la station d’essence et la poissonnerie.

De la fumée secondaire d’un pot illégal, forcément. Mais personne ne s’en est formalisé parmi ces fumeurs aguerris, alignés dans l’antichambre du grand jour.

Avec la pluie, l’attention frénétique des médias et la longueur inattendue de l’attente, on se serait cru à l’ouverture du IKEA, il y a deux mois.

Un même besoin de meubler son ennui. De satisfaire sa curiosité. D’être là où ça se passe et d’appartenir à quelque chose. De pouvoir dire, en se gonflant les poumons : j’étais là le premier matin. J’ai fait partie de l’histoire, fût-elle toute petite.

À cette différence qu’il n’y avait pas cette fois ni dignitaires, députés ou ministres dans la haie d’honneur pour applaudir béatement l’entrée des premiers clients. 

L’événement en fut peut-être moins glamour, mais plus digne.

Dans la file, une forte majorité d’hommes. Le nouveau premier ministre François Legault aurait eu peine à y choisir un conseil des ministres égalitaire, eut-il voulu s’intéresser aux fumeurs de pot. 

Cela soulève une ou deux questions intéressantes pour les sociologues. 

Le pot est-il à ce point une affaire d’hommes? Ou serait-ce que les femmes sont simplement moins pressées à acheter «légal», plus discrètes sur leur consommation ou avaient moins de temps à perdre dans les files d’attentes du pot que dans celles des IKEA?   

Une affaire d’hommes, donc. 

En remontant la file, j’ai croisé leurs regards : fébriles, excités, placides, curieux, souriants, froids, chaleureux, rêveurs. Au travers, une bonne dose d’abonnés absents. Rien pour rassurer ceux qui s’inquiètent de l’impact de la légalisation sur les plus vulnérables.  

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Un accidenté du travail originaire de la Gaspésie. La cinquantaine. Une niveleuse lui a reculé dessus en 1998 sur un chantier routier. Blessures à une jambe et à une épaule. Des années en chaise roulante. Il a depuis recommencé à marcher, mais n’a plus jamais travaillé.

Depuis l’accident, il achète son pot au noir pour soulager la douleur. Il avait ses fournisseurs en Gaspésie et maintenant à Québec, mais croit que sera plus facile à la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Deux jeunes préposés aux bénéficiaires dans un établissement de Québec. Le premier prend du pot pour décompresser après le travail. 

Le second de l’huile de CBD sans effet psychoactif, pour calmer l’anxiété. Une goutte le matin, une autre le soir, même les jours de travail. Surtout les jours de travail peut-être.

Leur métier est le plus exigeant, le plus mal payé et le plus sous-estimé de notre société.  

Ça ne rend peut-être pas acceptable l’idée que des préposés aux bénéficiaires puissent travailler sous l’effet du cannabis, mais si ça se trouvait, ce n’est pas moi qui jetterais la première pierre.

Une étudiante de première année en droit. Elle avait cessé de fumer en attendant le jour où ce serait légal, m’a-t-elle d’abord dit, mais j’en doute.

J’ai vu qu’elle en savait autant sur le cannabis Sativa que sur l’habeas corpus. Ça aide, dit-elle, à lutter contre la procrastination et lui donne de l’énergie pour faire le ménage. Il n’y a pas de sots motifs.

Un installateur dans les télécoms est venu pour son épouse atteinte de sclérose en plaques. 

Le médicament prescrit à la clinique antidouleur ne fait plus effet et crée des maux de tête, explique-t-il. À l’évidence, il y trouve aussi son compte.

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Un employé de service dans un hôtel cinq étoiles. La mi-cinquantaine. Serein avec lui-même, mais il ne voudrait pas que sa mère apprenne qu’il fume du pot.

Il avait l’habitude d’acheter en ligne. A été «agréablement surpris» par la qualité du service des employés de la SQDC. Ceux de la Société des alcools du Québec devraient y faire un stage, suggère-t-il. Je l’ai trouvé sévère.

Au comptoir, il a demandé sept grammes de fleurs d’intensité forte, mais s’est laissé convaincre de réduire le niveau et qu’il aurait quand même un «bon trip».

Il a roulé son premier joint légal sitôt rentré à la maison. On s’est parlé au téléphone peu après. Résultat concluant, disait-il. 

Il s’apprêtait à enfourcher sa guitare pour jouer (très mal, disait-il) du Pink Floyd. Ça m’a semblé très cohérent.

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Aux premières heures du matin, des représentants d’une centrale syndicale, ensachés dans des ponchos de plastique bleu, flânant près de la file comme des pushers à un show rock.

Pressés de syndiquer les employés de la SQDC, alors que c’est peut-être les fumeurs de pot qui auraient besoin d’un syndicat pour faire valoir leurs «droits». 

On a appris mercredi que même les Plaines leur seront interdites, après les rues, les trottoirs, les parcs, espaces publics et logements dans les grandes conciergeries. 

C’est dire que seuls les occupants de résidences unifamiliales pourront fumer du cannabis. 

Les chartes ne l’avaient pas vu venir, mais quelqu’un, un jour, voudra contester cette discrimination devant les tribunaux.

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Je suis retourné à la succursale au milieu d’après-midi. La file était plus longue qu’à l’ouverture le matin. Loin de se dissiper, l’effet du cannabis s’était maintenu. J’ai renoncé à attendre. 

Sur la route du retour, mon pneu avant droit s’est dégonflé à son tour. Crevaison dans l’heure de pointe. Premier bad trip à cause du pot, sans avoir pris une première poffe.

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Chronique

Le bulldozer du Phare en marche

CHRONIQUE / Le bulldozer du Phare est en marche et rien ne semble plus pouvoir le freiner.

La Ville mènera bientôt une ultime ronde d’échanges et de «consultation» des citoyens, mais personne n’est dupe. 

L’administration Labeaume a fait son lit et va modifier le règlement municipal qui rendra possible le projet du Phare avec sa tour de 65 étages.

Beaucoup de doutes et questions subsistent pourtant sur les impacts de ce projet (circulation, vie de quartier, économie locale, paysage). L’intérêt collectif de ce projet pour le voisinage, pour la ville et la région reste à démontrer. 

Sauf peut-être pour l’augmentation de l’offre culturelle (salle de spectacle) et l’observatoire public en altitude.

Loin d’atténuer les doutes, les études rendues publiques lundi contribuent à les alimenter.

Circulation alourdie

Une étude de la ville confirme que le projet va aggraver les problèmes de circulation dans le secteur, notamment pendant le chantier. On s’en doutait, mais c’est maintenant écrit. 

Québec a prévu des correctifs : nouvelle rue entre des Châtelets et de Rochebelle; élargissement de Lavigerie, etc.

Le seul véritable espoir de limiter les dégâts repose cependant sur le transport en commun (tramway, trambus, express, etc.).

Québec fait le pari que des voyageurs délaisseront l’auto pour le tram. C’est un objectif censé, mais l’ampleur du virage est difficile à prédire. 

L’étude de circulation ne dit rien du secteur de la tête des ponts que le ministère des Transports (MTQ) a commencé à réaménager. Y a-t-il des conséquences à prévoir pour le réseau municipal local?

Il n’est pas clair si la circulation générée par d’autres projets récents ou à venir (ex. : 600 logements devant le marché de Sainte-Foy) a été prise en compte. 

Quant à l’étude de circulation réalisée par le promoteur du Phare, elle est toujours gardée secrète.

Marché des condos saturé

Le Phare va atterrir dans un marché saturé pour les condos et encombré pour les logements. Ses 1000 nouveaux condos et logements n’ont rien de démesuré pour une ville comme Québec.

Les prix d’achat et de location en feront cependant un projet accessible uniquement à la classe très aisée.

Il n’y a rien de mal à cela, mais Québec va finir par manquer de riches pour tous les logements qu’on leur destine. 

On pourrait se dire que c’est au promoteur à assumer ses choix d’affaires. Sauf que ce projet nécessite le soutien de la ville et aura des impacts publics. Le marché justifie-t-il cet effort public? 

Frein à d’autres projets 

L’ampleur du projet du Phare et la demande limitée pour de nouveaux espaces à bureaux auront pour conséquence de ralentir d’autres projets, le temps que le marché s’ajuste.

Ce sera le cas notamment du projet du même promoteur sur le terrain voisin du complexe Jules Dallaire. En concentrant les nouvelles surfaces dans des tours très hautes, des terrains resteront vacants plus longtemps sur Laurier et dans le centre-ville d’affaires de Sainte-Foy. 

C’est le contraire de l’objectif du Programme particulier d’urbanisme (PPU) de Sainte-Foy, qui est de créer un milieu de vie dense, agréable et vivant.

L’argument trompeur de la fiscalité

Je suis tanné de ces études qui font miroiter d’importantes recettes fiscales ou retombées économiques pour «vendre» les nouveaux projets.

Québec soutient par exemple que le Phare va rapporter des recettes fiscales nettes de 59 millions $ en 15 ans. C’est faux. 

La ville omet de soustraire les dépenses d’immobilisations municipales liées au projet. 

Elle omet aussi de dire que le Phare va loger des résidants ou entreprises qui se seraient autrement logés dans d’autres immeubles qui auraient aussi payé des taxes.

La firme Raymond Chabot Grant Thornton estime que le Phare fera gonfler le produit intérieur brut (PIB) de 526 millions $ pendant la construction et 21 millions $ par année ensuite. Elle fait aussi miroiter des impôts supplémentaires pour les gouvernements.

Faux. Que les ouvriers travaillent à construire le Phare ou d’autres immeubles, ça ne change rien au PIB et aux impôts.

On peut même penser que pour l’économie locale, une tour de 65 étages est moins intéressante que plusieurs immeubles plus petits. Québec n’ayant pas l’expertise nécessaire, il faut des consultants étrangers, ce qui signifie une sortie d’argent. 

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Je vous laisse sur cette réflexion tirée de l’étude de la ville sur l’impact du Phare sur le marché résidentiel voisin : la pollution visuelle est une caractéristique jugée trop subjective pour que son impact puisse être traduit sur la valeur foncière. 

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Chronique

Les shérifs du cannabis

CHRONIQUE / La Ville de Québec a choisi la ligne dure sur la consommation de cannabis qu’elle interdira partout dans les rues et espaces publics.

Le règlement prévoit aussi que l’état d’ivresse causé par l’alcool ou la drogue sera interdit dans les lieux publics. 

L’état ivresse, causé par la beauté d’un lever de soleil sur le fleuve, les couleurs d’automne, la féérie d’une nuit d’hiver, une promenade en amoureux, un spectacle enivrant ou l’endorphine du coureur, continuera cependant d’être toléré. 

D’autres villes au Québec, dont Lévis, Saguenay et plusieurs arrondissements de Montréal ont aussi choisi la ligne dure. 

Cela témoigne du malaise des villes qui jonglent avec une patate chaude et sentent l’inquiétude de citoyens. Comme s’il n’y avait pas déjà du pot dans l’espace public.

Les lieux de vente du cannabis font aussi débat. Plusieurs les voudraient le plus loin possible des cégeps et universités pour ne pas encourager la consommation.

Des lieux de vente trop éloignés de la clientèle «naturelle», risqueraient cependant de conduire au statu quo. Les consommateurs continueraient d’aller au noir et l’effet bénéfique recherché par la loi (meilleur contrôle de la qualité) serait perdu. 

Le cannabis est une substance intoxicante (comme l’alcool) et est le plus souvent fumé (comme le tabac). D’où le dilemme : gérer la consommation de cannabis avec les règles qui régissent l’alcool ou avec celles sur le tabac.

Les interdits sur l’alcool visent principalement les espaces publics extérieurs (parcs, rues, trottoirs, stationnements, etc.).

Ceux sur le tabac concernent surtout les lieux publics intérieurs (immeubles commerciaux, bureaux, équipements de sport ou de loisir, écoles, etc.).

Dans le doute, les villes ont choisi d’imposer l’un et l’autre, avec pour résultat qu’il sera interdit de consommer ailleurs qu’à la maison et encore. Des propriétaires de logements pourraient l’interdire.

Confiner la consommation à l’intérieur des maisons aurait pour effet d’accroître l’exposition aux fumées secondaires, a prévenu le directeur de la Santé publique de la capitale, le DFrançois Desbiens. 

La recommandation de l’Institut universitaire sur les dépendances (une quarantaine de chercheurs de l’Université du Québec) était de s’inspirer des règles sur le tabac, à savoir : interdiction dans les lieux publics intérieurs et dans certains espaces extérieurs fréquentés par des jeunes (parcs de quartier, cours d’école, etc.).

On garantirait ainsi des environnements intérieurs sans fumée secondaire. On réduirait aussi l’exposition des jeunes au cannabis, évitant de contribuer à la banalisation de l’usage.

Ces balises sur le tabac sont supportées par la recherche scientifique, tant pour le risque des fumées secondaires que pour les impacts sur les comportements de consommation.

Inversement, l’Institut n’a retrouvé aucune preuve empirique que l’interdiction de l’alcool dans les espaces publics extérieurs avait contribué à en réduire l’usage. 

Je comprends qu’il n’y a pas d’étude équivalente pour le cannabis.

On sait cependant qu’au Canada, la consommation en est (encore) interdite partout, ce qui n’a pas empêché qu’un citoyen sur 10 en avait consommé en 2012, dont 20 % des 15-17 ans et 33 % des 18-24 ans. 

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Plusieurs villes ont tout de même choisi la ligne dure, quitte à assouplir plus tard leur réglementation.

Dans le cas de Québec, ça n’étonnera personne. L’intransigeance sur le cannabis est cohérente avec celle que le shérif Labeaume et son administration ont appliquée à la Saint-Jean, lors de manifestations étudiantes, au Sommet du G7, aux sorties de bar et autres activités «jeunes».

Québec sanctionne ceux qui traversent la rue à trois heures du matin en dehors des lignes pointillées; embarque des étudiants lors de marches pacifiques; intimide les opposants au G7 par un dispositif policier disproportionné, etc. 

La capitale pratique «la loi et l’ordre» avec fermeté, souvent jusqu’à l’excès, quitte à aller s’expliquer ensuite au tribunal et à se faire rabrouer pour avoir limité de façon indue les libertés individuelles. 

C’est probablement ce qui attend sa réglementation sur l’interdiction totale du cannabis dans l’espace public. 

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Les dispositions du «Règlement sur la paix et le bon ordre» visant le cannabis seront comme les autres assujetties au pouvoir discrétionnaire de la police. 

On aimerait pouvoir se fier au jugement et au gros bon sens des policiers sur le terrain, mais ce n’est pas toujours possible. 

C’est d’autant plus difficile que le message institutionnel et politique encourage la prudence excessive, pour ne pas dire l’intransigeance, voire la répression. 

Personne ne souhaite que Québec devienne une ville à risque et soit livrée au chaos. 

Le sentiment de sécurité élevé fait partie de la qualité de vie et est un atout pour attirer des citoyens et des visiteurs. 

Mais si on souhaite une ville animée où les jeunes (et les autres) trouvent plaisir à vivre, il faut être prêt à tolérer parfois un peu de bruit, d’ivresse ou d’odeurs de pot qui peuvent venir avec.