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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Pierre Fitzgibbon
Pierre Fitzgibbon

Fitzgibbon: ni scandale ni larmes

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CHRONIQUE / Il n’existe pas de scandale dans les raisons à l’origine du départ de Pierre Fitzgibbon du Conseil des ministres du gouvernement Legault. Il n’y a aucune larme à verser pour autant.

Pas de scandale, car, M. Fitzgibbon n’a pas tiré d’avantages de l’État québécois pour les intérêts qu’il détient encore dans deux entreprises (White Star Capital et ImmerVision). Son intégrité n’est pas mise en cause.

Mais il n’y a pas de larmes à verser, car le désormais ex-ministre de l’Économie enfreignait le Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale — peu importe que celui-ci ait besoin d’être mis à jour ou pas. Les règles, comme les lois, doivent s’appliquer à tous, quoi qu’on pense de celles-ci. 

On peut cependant reprocher au premier ministre Legault d’avoir trop attendu avant de tirer «d’un commun accord» les conclusions qui s’imposaient. Car le tout récent rapport de la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, ne révèle aucun fait nouveau sur le fond. Il se borne à constater que M. Fitzgibbon n’a toujours pas obtempéré à ses recommandations contenues dans un précédent rapport, et qu’il était donc encore en infraction relativement aux règles de l’Assemblée nationale.

La persistance des faits a amené la commissaire à aller plus loin que jamais et à recommander que soit suspendu le privilège du ministre Fitzgibbon de siéger au parlement, au moins jusqu’à ce qu’il se départisse de ses intérêts dans les deux entreprises mentionnées ou qu’il se retire du Conseil des ministres et qu’il place ensuite ceux-ci dans une «fiducie sans droit de regard».

S’il a pu disposer des autres placements qu’il possédait, l’homme d’affaires devenu ministre en 2018 ne s’est pas départi de ceux qu’il possède encore dans ces deux entreprises non cotées en Bourse parce que les offres qu’il a reçues jusqu’à présent lui feraient perdre au moins 1 million de dollars, semble-t-il.

La députation caquiste votera tout de même contre la recommandation de la commissaire, parce que le simple député Fitzgibbon ne pourrait pas les vendre s’il les plaçait dans une fiducie sans droit de regard, a justifié François Legault en ajoutant que si une transaction finissait par se produire, il réintégrerait son ami au Conseil des ministres.

Encore faudra-t-il voir si celui-ci a vraiment envie d’être de l’alignement caquiste aux prochaines élections.

Il gardera un goût amer de cet épisode. Et il n’a pas besoin de l’Assemblée nationale dans la vie.

Question : si le simple député Fitzgibbon ne plaçait pas les placements qu’il détient toujours dans une fiducie sans droit de regard, ne se trouverait-il pas à enfreindre encore le Code d’éthique?

Deux ans

Tout avait déjà pas mal été dit sur les libertés que le désormais ex-ministre Pierre Fitzgibbon prenait avec le Code d’éthique et de déontologie. Et lui-même n’en faisait pas mystère. Il s’était d’ailleurs autoqualifié de «bibitte» peu après son arrivée sur la Colline parlementaire, à Québec.

«La bibitte Pierre Fitzgibbon vient avec un bagage», avait déclaré cet ami personnel de François Legault quelques mois après sa nomination. C’était déjà comme un défi lancé à la commissaire à l’éthique, qui commençait — oui, déjà — à se pencher sur son cas il y a deux ans.

À ce défi, il a par la suite ajouté des pieds de nez à la gardienne du temple de l’éthique.

Il a fait fi de ses prescriptions. Il l’a comptée pour quantité négligeable et l’a traitée avec désinvolture.

Il a bénéficié de l’indulgence de M. Legault. S’il avait été dans l’opposition, ce dernier se serait depuis longtemps étranglé d’indignation devant un cas semblable à celui de son ami.

Avec ce dernier rapport, le premier ministre risquait d’être non seulement éclaboussé, mais son action risquait d’être entachée. Les partis d’opposition avaient une vraie cause en main, un casus belli politique et parlementaire. La «raison d’État» devait prévaloir.

Le chef du gouvernement ne l’a pas caché : ce «commun accord» a été arrêté «pour protéger la réputation, l’image et la confiance» de son gouvernement, a-t-il dit.

Mais, par-dessus tout, la raison éthique devait avoir gain de cause.

Que le gouvernement veuille amender le Code d’éthique — pour permettre à des hommes d’affaires, qui ont à peu près tous des placements, de faire de la politique —, c’est une chose. Mais c’est une chose qui mettra du temps, beaucoup de temps, à se conclure avec les partis d’opposition.

Mais il était impossible de faire comme si le Code qui existe aujourd’hui ne devait pas être appliqué. La loi est la loi. Les règles sont les règles pour tout le monde.

En avril 2019, lorsqu’il avait commencé à être dans l’oeil de la commissaire Mignolet, le ministre Fitzgibbon se disait prêt à démissionner du Conseil des ministres si sa présence devenait un boulet pour son gouvernement. Il aura tenu deux ans.

L’institution que représente la Commissaire à l’éthique et à la déontologie vient d’asseoir comme jamais son autorité. C’est un puissant message pour la suite des choses.