Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Un homme accroche à un arbre un capteur de rêves, en soutien à la famille éprouvée.
Un homme accroche à un arbre un capteur de rêves, en soutien à la famille éprouvée.

Enfants tués à Wendake: encore

CHRONIQUE / On ne sait pas tout ce qui s’est passé derrière le meurtre des deux garçons à Wendake, mais on sait que le système a failli.

Encore.

On a su par des amies de la mère que des signalements auraient été faits à la Direction de la protection de la jeunesse et à la police et que, pour des raisons que nous ne connaîtrons probablement jamais, ils n’auraient jamais été retenus. On a peut-être dit de la mère qu’elle voyait du danger partout.

Comme on a dit de la grand-mère de la fillette de Granby, qui avait tenté d’alerter la DPJ, on a dit que son système d’alarme était déréglé.

Jusqu’à ce que la fillette meure.

Je sais aussi que c’est le cauchemar des intervenants qui ont les enfants à cœur, d’en «échapper» un pour un suivi qui n’a pas été fait à cause du temps passé –souvent perdu – en cour, à cause du «caseload» qui déborde, de la paperasse à remplir, à cause des feux à éteindre tout le temps.

Ils se couchent le soir en priant pour que tous les enfants dont ils s’occupent soient corrects, qu’ils se réveillent tous le lendemain.

Mais ces deux garçons-là, visiblement, n’empêchaient personne de dormir, ils seraient complètement passés sous le radar de ceux qui auraient dû être là pour qu’ils ne meurent pas assassinés, à deux et cinq ans. 

Il y a deux mois, presque jour pour jour, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) publiait les conclusions de son enquête sur la mort tragique de la fillette de Granby. Le constat était sans équivoque, il y a eu «des manquements à toutes les étapes du processus clinique et légal».

Toutes.

Vice-présidente de l’organisme, Suzanne Arpin demandait ceci : «Combien d’enfants devrons-nous encore pleurer, combien d’enfants allons-nous laisser être victimes de maltraitance, victimes de notre tendance à banaliser l’inacceptable?»

Voilà que nous en pleurons deux de plus.

La Commission disait aussi ceci, répétait plutôt : «Depuis des années, la Commission met en lumière les lacunes du système de protection de la jeunesse. Les personnes qui interviennent auprès des enfants les plus vulnérables du Québec manquent de formation, de support et de supervision.»

Qu’est-ce qui est arrivé à Wendake pour que les gens qui auraient reçu les signalements ne les retiennent pas?

On ne voulait pas allonger les listes d’attente?

Quand la CDPDJ a remis son rapport le 11 août, le ministre responsable de la DPJ, Lionel Carmant, a réagi par un simple communiqué : «Je prends bien acte des recommandations fournies par la Commission et j’entends m’assurer de leur mise en œuvre, car il faut absolument éviter que cette situation ne se reproduise. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu ces conclusions pour agir rapidement à la suite de cette terrible tragédie, notamment en réduisant les listes d’attente et en embauchant de nouvelles ressources.»

Ah oui, on a aussi fourni des cellulaires aux intervenantes.

Mais le problème est évidemment plus profond, et ce n’est pas en faisant plus de ce que nous faisons déjà que les choses changeront.

Il ne faut pas un rapport de plus, il faut un chantier.

Bien sûr, il faudra faire la lumière sur ce qui s’est passé à Wendake, ou plutôt sur ce qui ne s’est pas passé. Il faut pouvoir retracer chacune des tentatives de la mère de sonner l’alarme et savoir pourquoi on ne l’a pas crue. Et est-ce qui a conduit Michaël Chicoine, 30 ans, à présumément commettre l’irréparable? 

Deux petits blondinets l’ont payé de leur vie.

J’ai bien l’impression que nous ne saurons pas grand-chose, j’espère me tromper. «Nous sommes en lien depuis dimanche matin avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale, a répondu le ministre Carmant dans un courriel en réponse à TVA lundi. Pour l’instant, les informations dont nous disposons sont parcellaires. Nous souhaitons obtenir l’ensemble des éléments avant de nous prononcer. Et si les éléments de réponse ne nous satisfont pas, nous irons plus loin.»

Il faut aller jusqu’au bout.

Je repose la question de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse? «Combien d’enfants devrons-nous encore pleurer?»