Le ministre Simon Jolin-Barrette ne reculera pas sur sa volonté de lier la voie rapide du Programme de l’expérience québécoise à certains domaines d’études et d’emploi pour les prochaines cohortes d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires.

Encore un petit effort, M. le Ministre

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault a opté pour la seule voie possible, celle d’une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers actuellement aux études chez nous et les travailleurs temporaires ayant cumulé une année de travail au Québec.

Avec ce recul annoncé tôt mercredi matin, le gouvernement met de côté la froide logique dans laquelle il était dangereusement en train de s’enfoncer. Il reconnaît avoir mal évalué la situation.

Ce recul tout de même honorable donne un peu de corps à un message qu’avait déjà lancé François Legault, soit qu’il faut savoir écouter et corriger ses erreurs.

C’en était une vraie, d’erreur!

S’il y avait eu des discussions préalables avec les représentants du réseau universitaire québécois — pour ne prendre que cet exemple —, le gouvernement n’aurait pas appris seulement après coup que pour les recruter, les universités ont fait miroiter à des étudiants étrangers qu’ils pourraient s’établir assez facilement au Québec une fois leur diplôme obtenu.

Elle est là aussi l’erreur, dans cette absence de dialogue préalable.

Car le contrat avait beau n’être que tacite avec ces étudiants et travailleurs étrangers, il n’en demeure pas moins que des milliers de ceux actuellement au Québec entendaient et entendent profiter de la voie rapide qu’offre le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour décrocher rapidement un certificat de sélection du Québec — un premier pas vers l’obtention de la résidence permanente au Canada et, éventuellement, de la citoyenneté canadienne.

Le contrat moral avait été rompu brutalement. Il devait être rétabli pour toutes ces personnes déjà sur le sol québécois. Il l’a été et c’est très bien ainsi.

En annonçant la composition de son conseil des ministres l’an dernier, François Legault avait demandé aux membres de son équipe de gouverner avec un souci de «proximité», d’«humanité» et d’«ouverture». D’humanité.

Aucun gouvernement n’aime reculer. D’un point de vue strictement gouvernemental, celui de François Legault vient donc de faire un pas important, même s’il demeure et demeurera insuffisant aux yeux de nombreux citoyens, des réseaux universitaire et collégial, ainsi que du monde des affaires.

Pas d’illusions

Que personne ne se fasse toutefois d’illusions. Le ministre Simon Jolin-Barrette ne reculera pas sur sa volonté de lier la voie rapide du PEQ à certains domaines d’études et d’emploi pour les prochaines cohortes d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires. On est là dans l’un des grands projets de l’équipe de François Legault. Le gouvernement ne reculera pas sur le fond.

Le Québec demeurera malgré tout attractif. Un rappel : on avait beaucoup entendu dire au moment où les droits de scolarité à l’université ont augmenté pour les étudiants français, sous le gouvernement de Philippe Couillard, que ceux-ci seraient de moins en moins nombreux à choisir le Québec. Or, ils ont continué d’être plus nombreux chaque année. Il y a toujours des prophéties de malheur qui sont prononcées un peu trop rapidement.

Ajustement

Les autorités gouvernementales doivent cependant maintenant faire en sorte que toutes les personnes qui viendront étudier au Québec dans un domaine désormais jugé prioritaire puissent profiter du PEQ même si la liste des métiers et professions en demande est modifiée au cours de leur cheminement. Autrement dit, que ces personnes qui viendront un jour ou l’autre puissent profiter de la voie rapide du PEQ si elles s’inscrivent dans des cursus universitaires considérés comme répondant à un besoin du marché du travail, même si ceux-ci ne figurent plus dans la fameuse liste à la fin de leur parcours.

Ce n’est qu’ainsi que la clause de droit acquis s’appliquera comme il se doit.

Encore un effort, donc, M. le Ministre! Encore un ajustement, pour dire les choses plus précisément. Car ce n’est plus qu’un ajustement à opérer.

La liste devra aussi être peaufinée, car elle est imparfaite.

En reculant dans ce dossier, le gouvernement a sans doute rassuré certains de ses députés ébranlés par la pluie de critiques. Il s’est peut-être épargné une sortie publique de l’un ou l’autre d’entre eux, sortie qui aurait mis à mal son unité.

Au cours des prochaines heures, il devra toutefois expliquer les raisons de la désorganisation dans ses rangs qui lui a fait perdre un vote en fin de journée mercredi dans ce dossier. Il est rare qu’une telle chose se produise.

Même si elle n’a pas vraiment de caractère contraignant, une résolution parlementaire lui demandant de jeter tout son projet à la poubelle a été adoptée grâce aux voix des partis d’opposition et parce qu’il n’y avait que trois caquistes au Salon bleu à ce moment-là. Une telle désorganisation est gênante pour lui.

Des humains, toujours des humains

C’est un hasard, mais cette semaine de travaux parlementaires à l’Assemblée nationale démontre parfaitement à quel point les dossiers qui y sont débattus touchent très directement les citoyens.

Pensons évidemment à celui du Programme de l’expérience québécoise. Mais pas seulement. Pensons aussi au projet de loi du libéral André Fortin proposant que le Québec passe au «consentement présumé» pour le don d’organes et de tissus après le décès. La ministre de la Santé, Danielle McCann, a dit qu’elle était disposée à l’examiner.

Pensons également aux consultations lancées sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

Pensons enfin au mandat touchant «à la consommation de psychostimulants chez les jeunes en lien avec le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité».

Des humains, toujours des humains.