L’humoriste Guy Nantel a annoncé sa candidature pour la course à la chefferie du Parti québécois. Il joue déjà du fait de ne pas être un «politicien conventionnel» pour tenter de marquer des points.

Encore plus spectaculaire avec Guy Nantel

CHRONIQUE / Elle promettait de l’être depuis quelque temps, mais la course à la direction du Parti québécois sera encore plus spectaculaire avec l’entrée en scène de l’humoriste Guy Nantel.

Pas parce qu’il provient du monde du spectacle. Mais en raison de la personnalité de ce quatrième candidat à la succession de Jean-François Lisée — et de celle de chacun des autres protagonistes, Frédéric Bastien, Paul St-Pierre Plamondon et Sylvain Gaudreault. Et plus encore en raison des nombreux éléments qui les opposent et les opposeront sur le plan des idées et des projets.

L’interrogation la moins pertinente à propos de Guy Nantel? Est-ce qu’un humoriste peut se lancer en politique…? Personne n’est jamais une seule chose dans la vie. M. Nantel n’est pas qu’un humoriste. Il a des choses à dire.

Sa notoriété acquise grâce à l’humour pourrait le servir, cela étant.

Il est d’ailleurs déjà un tout petit peu politicien... Il joue déjà du fait de ne pas être un «politicien conventionnel» pour tenter de marquer des points.

Payant l’atypisme à notre époque? Sans doute. Mais M. Nantel est-il si atypique? Personne en politique ne dit jamais de lui-même qu’il est conventionnel ou qu’il aspire à l’être. Chacun cherche toujours à dire qu’il n’est pas comme les autres.

Néophyte en politique, et désireux d’y entrer par une grande porte, Guy Nantel sait naturellement s’adresser aux citoyens en général. Ce sera son gros atout.

À l’instar de l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et, dans une bien moindre mesure, du député Sylvain Gaudreault, il dit être mû par un sentiment d’urgence sur la question de l’indépendance. Il affirme même que, premier ministre du Québec, il n’entreprendrait aucune réforme majeure avant la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Sa volonté claire l’honore. Son sentiment d’urgence pourrait cependant bien se buter contre de plates réalités.

Encore faudrait-il bien sûr d’abord que le Parti québécois chasse la Coalition avenir Québec du pouvoir. 

Sylvain Gaudreault est le modéré de cette course. Ce serait faire injure à l’élu de Jonquière — et être bien injuste avec lui — de dire qu’il est de l’establishment. Il est au Parti québécois depuis longtemps, certes. Il a été chef intérimaire. Mais il n’a rien d’un apparatchik, bien au contraire.

Guy Nantel, Sylvain Gaudreault, Frédéric Bastien et Paul St-Pierre Plamondon... La course au Parti québécois sera spectaculaire. Tellement qu’elle risque de faire de l’ombre à l’autre course à la direction en cours au Québec, celle lancée au Parti libéral du Québec afin de trouver un successeur à Philippe Couillard. 

Le bon contre-exemple

Le spectaculaire n’est pas une valeur en soi, cela étant. Il «frappe la vue», il «provoque l’étonnement», il est «très net», il «est visible» — pour reprendre les définitions qu’en donne le Larousse. Il peut être porteur, mais ne garantit pas quoi que ce soit. Pas plus que l’absence de flamboyance, cela dit.

Côté gouvernemental, on a encore une fois pu constater cette semaine que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne fait pas dans le spectaculaire. Il avance néanmoins avec efficacité et sérieux.

Il se situe aux antipodes de son collègue de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui n’a pas trouvé le moyen de se faire beaucoup d’alliés dans le monde de l’éducation. C’est presque un tour de force.

M. Roberge n’a pas pris en compte le fait que la forme et le fond sont indissociables.

Quel contraste avec le ministre Benoit Charette! Avant d’annoncer mardi la réforme à venir de la collecte sélective, M. Charette avait rencontré à peu près tous les acteurs du système. Il les a associés à sa démarche. Ils sont à ses côtés.

Il avait aussi beaucoup consulté sur l’élargissement de la consigne, ce qui lui a permis d’arriver avec un dossier solide.

Résultat : outre de réclamer que ces deux réformes soient mises en place plus tôt, même les partis d’opposition ont indiqué qu’il s’agissait de pas dans la bonne direction. Pas mal.

Même quand les objectifs poursuivis paraissent d’emblée consensuels, comme dans les cas de la consigne élargie et de la collecte sélective, une mauvaise méthode de travail en amont peut braquer bien des partenaires.

Le ministre Charette n’est pas spectaculaire, mais il bosse avec méthode.

Il ne fera pas l’unanimité avec son plan de réduction des gaz à effet de serre. Mais ce n’est pas sa méthode qui sera beaucoup mise en cause, comme c’est le cas pour Jean-François Roberge.