François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le maire de Québec Régis Labeaume 
Le maire de Québec Régis Labeaume 

Élections 2021: l'éléphant dans la pièce

CHRONIQUE / À un an des prochaines élections, le maire Régis Labeaume étire le suspense sur ses intentions.

Pendant que Montréal se prépare à un match revanche entre la mairesse Valérie Plante et Denis Coderre, l’incertitude demeure pour Québec.

La réponse ne viendra pas avant les Fêtes. «Je ne suis pas pressé du tout», prévient M. Labeaume, qui trouve plaisir à tenir ses adversaires dans l’ignorance.

Mais c’est surtout qu’il ne le sait pas encore lui-même. «Faut que je fasse ma réflexion personnelle», dit-il.

«Il y a des journées, je crisserais tout ça là; d’autres, je me dis que c’est donc bien le fun.» Des jours où il peine à voir ce qu’il pourrait faire de plus le fun dans sa vie.

Partir va «faire mal», pressent-il. «Il y aura une “période de désintoxication”. Une période d’hivernation. J’ai-tu le goût de ça maintenant?»

M. Labeaume en serait l’an prochain à une sixième campagne à la mairie.

«On n’est pas irremplaçable. Moi, je suis pas irremplaçable», philosophe-t-il.

Il sait aussi que vient un moment où «le monde se lasse des politiciens» et «va avoir besoin de changement un jour. Ils ont peut-être déjà besoin de changement, c’est fort possible».

«Ils ont peut-être besoin d’un changement de ton aussi. Moi-même, des fois, je suis tanné de me voir», s’amuse-t-il. Il peut imaginer les autres. Des adversaires parlent du «mandat de trop».

S’il choisit de partir, le maire prévient qu’il va «appuyer quelqu’un». «Je ne m’en irai pas en laissant un vide».

Au début de l’automne, il a réuni son équipe pendant une journée au Château Frontenac. Le plan s’est précisé.

Cinq ou six élus ne reviendront pas. L’âge ou le goût de faire autre chose.

Mais le noyau va rester. Les plus «jeunes» notamment : Émilie Villeneuve, Alicia Despins, Pierre-Luc Lachance, Jérémie Ernould, Marie-Josée Savard, d’autres aussi.

«Que je sois là ou pas, Équipe Labeaume continue», a-t-il été convenu. «Cette gang-là va rester ensemble. Ça va porter un autre nom. Mais ça va rester organisé.»

Le maire a son idée sur qui pourrait prendre sa place, mais ne nous le dira pas maintenant. Les élus de son équipe l’ignorent aussi, mais savent qu’il «y aura de la continuité et qu’il y aura quelqu’un. Ils font confiance».

«La campagne est partie.» Les plus jeunes sont «impliqués et je leur ai donné la campagne», annonce le maire. «Il faut être actuel.»

Cela annonce des changements dans les façons de «communiquer» et dans la «vision». Sur les enjeux «sociaux», pas exemple. Mais autrement, pas de grands virages, sinon qu’il y aura moins de grands projets (hormis le tramway).

Pour l’heure, les seules candidatures confirmées pour la mairie sont celles de Jean-François Gosselin, chef du parti d’opposition Québec 21, et de Jean Rousseau, nouveau chef de Démocratie Québec.

Pour l’heure, les seules candidatures confirmées pour la mairie sont celles de Jean-François Gosselin, chef du parti d’opposition Québec 21, et de Jean Rousseau, nouveau chef de Démocratie Québec.

L’incertitude sur le retour du maire Labeaume a pour effet de garder sur la touche d’autres candidats de qualité peut-être et qui attendent sa réponse.

Des personnes qui n’oseraient pas l’affronter ou qui l’appuient, mais qui seront intéressées le jour où il n’y sera plus.

Le nom de plusieurs ­ex-politiciens et gens d’affaires a circulé. Plusieurs ont dit non, mais peuvent encore changer d’idée. Je n’ai entendu personne encore dire jamais.

Nathalie Normandeau va passer son tour pour cette fois. Son ton était ferme. L’avocate Olga Farman, l’ex-journaliste et conseillère Julie Lemieux, l’ex-ministre libéral Sébastien Proulx, Dominique Brown de Chocolats Favoris ont aussi décliné.

J’entends que Sam Hamad mesure ses appuis au cas où, mais lui ne veut pas commenter, ce qui laisse la porte ouverte, j’imagine.

L’analyse de l’ex-députée Agnès Maltais, est intéressante.

«Ça ne m’intéresse pas; je n’y réfléchis pas et je ne fais pas de contacts pour une candidature.» Elle sent cependant un «sens du devoir» et des «responsabilités».

Si M. Labeaume ne revient pas, elle croit que «la ville doit s’unir» derrière une «candidature forte, crédible et honnête». Un «champion du transport en commun» avec un «leadership fort». Elle souhaiterait que ce soit quelqu’un d’autre. «Je n’ai pas envie d’y aller», dit-elle. «Loin de moi ce calice; il faudrait qu’on m’enchaîne.» Mais elle rappelle qu’en politique, «on ne dit pas le mot jamais».

L’ex-député Jean-François Gosselin savait qu’il était là pour «faire ses classes» lorsqu’il s’est présenté en 2017.

Il avait alors porté jusqu’à la caricature le thème d’un «troisième lien à l’est». Il a obtenu 27 % des voix (Labeaume 55 %; Guérette 14 %).

Il a beaucoup appris depuis et pense maintenant pouvoir offrir une «plate-forme électorale digne de ce nom».

Il a survécu à une crise de leadership, a pris ses distances avec des collaborateurs de la première heure, en a recruté de nouveaux dont Richard Côté, ex-membre des exécutifs Labeaume et Boucher. Son parti a gagné la partielle de 2018 dans Lebourgneuf.

«On est ailleurs, à des années-lumière» de 2017. «J’ai évolué; le parti a évolué aussi.»

Le virage le plus significatif est probablement celui du transport en commun. M. Gosselin ne voyait pas en 2017 la pertinence d’un réseau structurant, convaincu qu’il suffirait d’ajouter des autobus et des navettes.

Il reviendra cette fois avec une proposition de réseau qui ne «sera pas un tramway» et qui respectera le plafond de 3,3 milliards $.

Il pense pouvoir y «rallier beaucoup de gens qui sont pour le tramway et beaucoup de gens qui sont contre». «Les gens vont faire wow», croit-il. Il n’en dira pas plus.

Ce qui n’a pas changé, c’est la perception que la Ville dépense trop et prend trop de risques pour des projets qui n’ont «pas de valeur ajoutée» pour les services aux citoyens.

«J’ai constaté l’ampleur de la bête», dit-il. «J’ai l’impression que c’est un bar ouvert.» Il voudra s’attaquer à «chaque dépense, à chaque unité administrative». «C’est une des choses qui va être significativement différente.»

L’image qui lui revient souvent en tête est celle de «la mairesse Boucher avec ses dossiers... des comités exécutifs qui finissaient tard… Elle m’a inspiré et elle m’inspire encore… Je veux revenir à ça».

Le conseiller du Vieux-Québec Jean Rousseau a réussi à «unifier les forces» à Démocratie Québec.

Le conseiller du Vieux-Québec Jean Rousseau a réussi à «unifier les forces» à Démocratie Québec après le départ d’Anne Guérette dont le leadership était contesté.

Son attitude est plus «consensuelle» et il s’interdit (habituellement) les attaques personnelles.

Studieux et pragmatique, il ne se perçoit «ni à droite, ni à gauche». Il n’a pas attendu la campagne pour mettre des idées sur la table. Par exemple, sa vision d’un réseau d’un transport régional intégrant la Rive-Sud et le troisième lien.

Démocratie Québec se dotera d’un programme électoral lors du congrès du printemps prochain. Il y aura des «projets concrets et précis» pour chaque district, annonce M. Rousseau.

«La COVID va changer les priorités de la Ville», pense-t-il. «Ça change la notion du vivre ensemble. Il y aura une nouvelle normalité.» Il faudra faire «différemment».

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10 DÉBATS EN VUE DE LA PROCHAINE ÉLECTION

Le rendez-vous du 7 novembre 2021 va ressembler à une élection référendaire sur le projet de tramway, tant cet enjeu risque d’occulter les autres.

On ne s’en étonnera pas. Il y a sur la table le projet d’investissement le plus important de l’histoire de Québec en dollars. C’est aussi un des plus significatifs en matière d’aménagement, d’habitudes de vie et de développement durable.

Mais il y aura d’autres enjeux et sujets de débat. J’en retiens une dizaine.

1. Tramway et transport structurant

Le grand sujet de la prochaine élection. Québec va enfin pouvoir évacuer le déficit démocratique de la campagne 2017, lorsque le maire avait écarté le tramway en campagne pour y revenir quelques mois plus tard.

2. Relations avec les voisins et les gouvernements

On a l’impression parfois d’être revenus à l’époque des guerres de clochers. Avec Lévis notamment. Des tensions aussi avec les gouvernements. Même le ministre fédéral Jean-Yves Duclos, pourtant posé et conciliant, y a goûté. Ces tensions nuisent à la recherche des meilleurs projets pour Québec.

3. Les attitudes démocratiques et les consultations

De grandes consultations bidon (sur Le Phare par exemple) ont été source de frustration. L’opportunité du maintien des référendums de quartier sera aussi à l’agenda. La qualité de vie et l’acceptabilité sociale des projets d’aménagement en dépendent.

4. Les finances publiques

La santé financière de Québec n’est pas en danger. L’opportunité de certains projets et le niveau de risque pris par la Ville seront cependant au menu. Par exemple, le choix de mettre des millions $ de plus dans l’usine de biométhanisation pour générer des revenus de vente de vapeur encore très hypothétiques.

5. La taxation d’affaires

La COVID a ajouté au fardeau déjà lourd des petits commerçants. La Ville peut-elle faire plus ou mieux?

6. Le projet Laurentia

L’administration Labeaume endosse le projet, mais l’impact risque d’être lourd pour le quartier Limoilou. Un sujet incontournable.

7. La protection du patrimoine

Beaucoup de reproches sur le «laisser-aller» de la Ville dans la protection du patrimoine. Mais qui va payer pour mieux le protéger?

8. L’organisation des services

Le plus récent sondage Léger montre encore un fort niveau de satisfaction des citoyens pour les services de la Ville. Mais centraliser des services comme le déneigement est-il vraiment la meilleure approche?

9. La vie après la COVID

Comment va-t-on dessiner les espaces publics et grands événements qui ne pourront peut-être plus toujours avoir la même forme qu’avant?

10. Le vivre ensemble

Comment prendre soin des plus vulnérables? Mieux les loger? Lutter contre les inégalités, injustices et attitudes discriminantes? Systémiques ou pas. François Bourque