Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Pandémie oblige, le personnel des écoles, les élèves et leurs parents doivent constamment se réajuster. Les établissements situés dans les zones rouges seront soumis à de nouvelles règles dès jeudi.
Pandémie oblige, le personnel des écoles, les élèves et leurs parents doivent constamment se réajuster. Les établissements situés dans les zones rouges seront soumis à de nouvelles règles dès jeudi.

Écoles: qu’est-ce qui compte?

CHRONIQUE / Un bulletin ou pas de bulletin en novembre pour les écoliers du Québec? Des épreuves ministérielles ou non en juin? Même si Québec ajoute des règles afin que l’école demeure ouverte et «la plus normale possible», il apparaît difficile de maintenir le même rythme et le même type d’évaluation alors que rien n’est comme avant dans les établissements scolaires depuis le printemps.

Des syndicats d’enseignants ont interpellé récemment le ministre de l’Éducation à ce sujet. Lors d’un entretien vendredi, celui-ci aurait convenu qu’il était urgent de transmettre des directives à cet effet, a signalé lundi Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). 

La fédération soutient qu’il faut prioriser l’enseignement et l’apprentissage du contenu des programmes d’études des matières obligatoires, et diminuer le temps consacré à l’évaluation.

Le cabinet de Jean-François Roberge n’ayant pas retourné nos appels, impossible de savoir où loge le ministre et à quel moment il compte faire part de ses directives. 

Dans une lettre transmise à la sous-ministre adjointe, la FSE et l’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ) parlent «d’un cri du coeur» lancé par le personnel enseignant. 

Pandémie oblige, le personnel des écoles, les élèves et leurs parents doivent constamment se réajuster. Les établissements situés dans les zones rouges seront soumis à de nouvelles règles dès jeudi.

Se voulant rassurant, le ministre Roberge a indiqué lundi que les élèves vont continuer d’apprendre tous les jours et qu’ils vont continuer d’avoir des contacts avec leurs enseignants tous les jours. Mais encore?

Peut-on dire pour autant que l’année scolaire est normale, que les enseignants pourront livrer toute la matière prévue dans les différents programmes et que le calendrier et la forme des évaluations resteront les mêmes?

Par le passé, les élèves et leurs parents recevaient un premier bulletin avant la fin de novembre.

Des directions scolaires et des syndicats d’enseignants constatent cependant que beaucoup plus d’élèves accusent cet automne un retard dans leurs apprentissages à cause des perturbations et de la pause printanière et de l’été. 

Quand il faut faire du rattrapage, la nouvelle matière est donc abordée et dispensée plus tardivement. 

Ils rapportent également consacrer beaucoup de temps à l’application des mesures sanitaires, à la surveillance et ainsi qu’à la préparation du matériel pour les enfants retenus à la maison.

Bref, les enseignants et leur classe n’avancent pas aussi vite qu’avant. «Et novembre, c’est demain», de dire Josée Scalabrini. Pour elle, si un enseignant donne une note à un élève, il faut que celle-ci soit significative.

Sa fédération propose notamment qu’une première communication écrite soit transmise aux parents au plus tard le 20 novembre. Ce ne serait toutefois pas un bulletin.

Elle suggère un premier bulletin au plus tard le 29 janvier et un autre à la fin de l’année scolaire, au plus tard le 10 juillet. 50 % pour la première étape et 50 % pour la deuxième.

La FSE et l’APEQ estiment de plus que si Québec décide de maintenir les épreuves uniques, le ministère devra alléger le contenu visé, et ce, avant janvier.

Le dossier est évidemment délicat pour le ministre de l’Éducation. Sa réponse doit être rapide, claire et cohérente, mais il doit de plus éviter de démobiliser et de démotiver les élèves. Ceux-ci ne doivent pas déduire qu’un travail ou un examen n’est pas important parce «qu’il ne compte pas».

Ce n’est pas la première fois que Josée Scalabrini et sa fédération veulent discuter «évaluation» avec le ministre Roberge. Ils lui ont déjà réclamé un vaste chantier sur cette question.

L’ancien ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, avait aussi des interrogations en 2017. Est-ce qu’il y a trop d’examens? Est-ce qu’on évalue adéquatement? Est-ce qu’on évalue pour les bonnes raisons? Est-ce qu’il y a trop de temps consacré à se préparer à des examens plutôt qu’à apprendre?

Nous sommes toujours en attente des réponses soulevées par le ministre libéral. 

Le Conseil supérieur de l’éducation en a fourni certaines dans un avis publié en mars 2019, «Évaluer pour que ça compte vraiment». 

L’organisme estime que l’évaluation devrait servir à donner à chaque enfant une image juste de ses forces, de ses défis et des efforts qu’il doit déployer pour avancer. 

Il est aussi d’avis que si l’évaluation des apprentissages avait moins comme but de notifier, de classer, de sélectionner et de hiérarchiser, les écoles pourraient hisser plus d’enfants vers le haut.

Selon la présidente syndicale Josée Scalabrini, il faudrait s’enlever de la tête que tout est dans la note.