D’un iceberg à l’autre

Un auteur a déjà écrit que « Les gens sont des icebergs [...]. Sous la surface gît une énorme masse de non-dits, de douleurs et de secrets. Personne n’est vraiment ce qu’il paraît. »

Derrière ce qui est apparent se cachent aussi de drôles d’histoires. Des passions ou des talents insoupçonnés.

Vendredi dernier, une collègue et moi attendions les visiteurs au kiosque de La Voix de l’Est installé tout le week-end au Salon Habitation Granby et région. Un bain de foule qui nous a fait rencontrer des gens vraiment inspirants. En trois heures, j’ai récolté autant de sujets ! Sujets que j’ai décidé de vous présenter en vrac dans cette chronique.

D’abord on a croisé Denis. Un verbomoteur qui gère une compagnie d’entretien ménager dans les secteurs industriel et alimentaire, entre autres. Un homme qui, après avoir vaincu un cancer, subi de sérieuses opérations qui l’ont laissé avec un poumon et quelques côtes flottantes en moins (on a vu le résultat) et évité le fauteuil roulant malgré une scoliose plus que sévère, arrive à travailler plusieurs heures par semaine. Qu’est-ce qui le nourrit ? Le plaisir.

Avoir du plaisir au travail, c’est le secret, qu’il dit.

D’ailleurs, avec son mentor, il se prépare à offrir des conférences sur le sujet. Une rencontre qui nous a déstabilisées autant qu’elle nous a donné l’énergie de poursuivre notre soirée debout !

Un autre drôle de moineau s’est pointé peu de temps après. Je ne sais plus comment c’est venu sur le sujet, sans doute a-t-il demandé à ma collègue s’il pouvait garder le stylo qu’il venait d’utiliser pour remplir son coupon de participation à notre tirage, mais on a appris qu’on avait affaire à un collectionneur... de stylos !

Le monsieur en possède des milliers. De partout.

« Ça prend une femme patiente ! », nous a lancé sa conjointe, en riant. C’est là que je leur ai parlé de cet homme que j’ai rencontré un jour et qui collectionnait les téléphones. Son sous-sol en était rempli. Du plancher jusqu’au plafond.

« C’est parce qu’il faut épousseter tout ça ! », a fait remarquer le monsieur en vantant la patience de sa femme qui, disait-il, dépoussiérait ses crayons.

On a bien ri.

Les gens aiment jaser et tous sont fort sympathiques. C’était le cas d’un couple qui nous a avoué, sans aucune gêne, avoir téléchargé l’application de La Voix de l’Est pour ses mots croisés. « Les meilleurs ! », il paraît.

Chez eux, c’est du sérieux. Je les soupçonne de s’organiser des tournois. On leur a annoncé, à la blague, que l’appli offrait aussi des textes d’actualité ! Ils sont partis le sourire aux lèvres, impatients de découvrir la grille du samedi.

Juste à côté de nous se trouvait une compagnie spécialisée en pompes et traitement d’eau. Un des représentants portait des souliers Dr Martens d’un bleu unique. Il n’en fallait pas plus à l’adepte de souliers que je suis pour que je lui pose deux, trois questions. Au bout de quelques minutes, en plus d’apprendre qu’il possédait une petite collection de Doc de toutes les couleurs, j’ai su qu’il était organiste. De l’orgue, il en a joué pendant des années à l’église Notre-Dame de Granby. Maintenant, il fait vibrer celui qui se trouve dans l’église St-Romuald, à Farnham. « Un gros minou ! », qu’il dit, car l’instrument, au fil du temps, a pu conserver sa personnalité, sa sonorité et son caractère de centenaire.

L’écouter parler de cet orgue Casavant numéro 499, c’est assister à un cours d’histoire. C’est passionnant. Dommage que ma présence au Salon ne se limitait qu’au vendredi. Y être allée aussi le samedi, le joueur d’orgue m’aurait donné sa recette de pouding chômeur qui, paraît-il, provoque une crise de foie juste à la noter.

Pas grave. À défaut de découvrir une nouvelle recette, je suis repartie de là avec un truc en poche.

Un monsieur nous a ensuite raconté sa mésaventure de la semaine. Son stylo avait coulé dans ses poches de jeans, tachant du coup son étui de cellulaire en silicone. « Si ça t’arrive, il faut que tu utilises du fixatif ! », qu’il m’a dit.

« On avait lu ça sur Internet, qu’il a ajouté. J’y croyais pas, mais je l’ai essayé pis de l’encre, y’en avait ! »

Ai-je besoin de vous dire que la soirée a passé en un claquement de doigts ? Je ne sais pas si c’est parce que l’événement se tenait sur des terrains de tennis, mais cela a donné lieu à de très beaux échanges.