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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Jacques Hébert cultive des vivaces et produit un paillis de grande qualité depuis 30 ans, rue George-Muir, à partir de résidus d’émondage qu’il reçoit.
Jacques Hébert cultive des vivaces et produit un paillis de grande qualité depuis 30 ans, rue George-Muir, à partir de résidus d’émondage qu’il reçoit.

Du gaz contre des fleurs

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CHRONIQUE / Ainsi, la ville de Québec s’apprête à modifier le zonage à côté des Galeries de la Capitale pour rendre conforme une station-service qui ne l’était pas.

On lui reconnaît un droit acquis.

À 10 kilomètres de là, on refuse un tel accommodement à Jacques Hébert, cet homme qui cultive des vivaces et qui produit un paillis de grande qualité depuis 30 ans, rue George-Muir, à partir de résidus d’émondage qu’il reçoit. La ville plaide que le zonage de son terrain lui permet uniquement de broyer les arbres qui poussent chez lui.

On ne lui reconnaît aucun droit acquis.

J’ai écrit sur le Jardin des vivaces de M. Hébert il y a deux semaines et demie, il était à court de recours pour tenter de faire renverser la décision de la Ville qui l’a sommé de «clairer» d’ici la mi-juillet les monticules de paillis et de terreau qui sont sur son terrain à lui et de se contenter de vendre des fleurs.

Tout avait commencé par une plainte de bruit de voisins venus s’installer il y a deux ans dans le nouveau développement à côté de chez lui.

Les anciens voisins ne s’en sont jamais plaints.

M. Hébert a proposé des modifications sur son broyeur, mais il semble maintenant que le bruit ne pose plus problème puisque la ville de Québec invoque maintenant une question de zonage pour faire cesser les activités de M. Hébert, qui produit par ailleurs un paillis prisé par plusieurs horticulteurs.

Le tout de la façon la plus écologique qui soit.

Mais voyez-vous, la ville s’étend et le développement urbain est maintenant à la porte de chez Jacques Hébert, qui a été approché il y a quelques années par un des promoteurs ayant acquis les terrains tout autour de chez lui. Immobilier Quéland et KMCM ont demandé en 2017 une modification du périmètre urbain, il semble que le dossier soit sur la glace du côté de la ville qui assure qu’aucun projet n’est dans les cartons.

On dit que le zonage ne permet pas un tel développement immobilier, mais on n’a pas à regarder bien loin, un peu plus près de l’autoroute Laurentienne, pour constater que la ville a accepté la coupe d’arbres et un changement de zonage pour la construction de 85 unités d’habitations. 

À l’Est de la Laurentienne, des résidences ont aussi poussé sur le boisé des sœurs du Bon-Pasteur, un projet mené par le Groupe Custeau, dont les propriétaires font partie du groupe ayant acquis des terrains autour de chez M. Hébert.

Eux n’ont pas acheté les terrains autour pour en faire des jardins.

Jacques Hébert cultive des vivaces et produit un paillis de grande qualité depuis 30 ans, rue George-Muir, à partir de résidus d’émondage qu’il reçoit.

Revenons à cette station-service, rue Lebourgneuf, construite en 1989, qui fait des affaires depuis une trentaine d’années, comme M. Hébert. L’essencerie s’est installée là, en plein champ à côté des Galeries de la capitale, bien avant tout le développement que l’on connaît aujourd’hui.

Alors que le zonage de ce secteur interdit ce type de commerce depuis un quart de siècle, la ville invoque une clause «dérogatoire protégée» pour tolérer sa présence, comme l’a expliqué à mon collègue Baptiste Ricard-Châtelain le porte-parole de la ville de Québec, David O’Brien.  

La ville va même jusqu’à changer le règlement. «La modification réglementaire vise à rendre conforme, dans l’actuel règlement d’urbanisme, l’usage du groupe poste de carburants (C31) dans la zone où il est situé» a ajouté M. O’Brien. «Pour le propriétaire, la modification réglementaire facilitera les travaux de rénovation au bâtiment, sans restrictions autres que celles prévues à la réglementation en vigueur.»

Mais pas question de faciliter la vie de M. Hébert.

Pas question de lui reconnaître un droit acquis et d’accepter de changer le zonage pour qu’il puisse continuer à produire son paillis, même si une bonne partie de son approvisionnement venait des contrats d’émondage accordés par la ville elle-même. La ville est non-négociable, les activités de Jacques Hébert sont considérées comme étant industrielles, elles doivent cesser.

Jamais personne ne lui a parlé d’un problème de zonage en 40 ans, ni après les fusions, son terrain faisait partie de Charlesbourg.

Comme si, dans son cas, le zonage était quelque chose d’immuable.

Il ne l’a pas pourtant pas été pour la démolition et la reconstruction du 333, Grande-Allée, pour lequel le promoteur a obtenu, en plus d’un changement de zonage, rien de moins qu’un changement au PPU (Programme particulier d’urbanisme) de la Colline Parlementaire. Cette fois, c’est Audrey Perreault de la Ville qui a parlé à mon collègue Baptiste. «À l’hiver 2020, le PPU a été modifié pour autoriser la réalisation de ce projet», lui a-t-elle appris. «Le permis de démolition et d’agrandissement a été délivré le 15 avril 2021.»

Les pics des démolisseurs ont pu s’en donner à cœur joie.

Et pendant ce temps, on chipote sur des broutilles pour mettre des bâtons dans les roues à Jacques Hébert qui, depuis 40 ans, a transformé son terrain en un magnifique jardin de 1400 variétés de vivaces, qui s’est acquis une fidèle clientèle sans jamais faire de publicité, juste par le bouche-à-oreille.

Contrairement à ses fleurs, ça ne sent pas très bon.

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Des citoyens ont lancé une pétition en appui à Jacques Hébert: https://www.leslignesbougent.org/petitions/vente-de-brf-aux-jardins-vivaces-ville-de-quebec-543/