Le gouvernement progressiste-conservateur ontarien a aboli le projet de l'Université de l'Ontario français et le Commissariat aux services en français, jeudi.

Du Doug Ford tout craché

CHRONIQUE / C’est lors d’une journée pareille que tu réalises à quel point les acquis des Franco-Ontariens ne tiennent qu’à un fil.

En un seul énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford vient de donner deux solides claques sur la gueule aux communautés francophones de l’Ontario.

Non seulement, les progressistes-conservateurs vont-ils couper le Commissariat des services en français, ils mettent aussi fin au projet d’Université de l’Ontario français qu’ils promettaient pourtant de poursuivre dans les jours qui ont suivi l’élection. Promesse faite, promesse tenue, mon œil !

Les associations francophones avaient donc raison de se méfier du retour au pouvoir d’un gouvernement conservateur après 15 années de règne libéral. À en juger par les réactions outrées de leurs leaders, qui ont parlé d’un « Jeudi noir » pour la francophonie ontarienne, on est peut-être sur le point d’inaugurer un nouveau mouvement de lutte pour les droits des francophones en Ontario, 20 ans après SOS Montfort.

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Il y a d’ailleurs quelque chose qui ressemble à de la provocation dans la décision du gouvernement Ford de mettre le couperet dans deux institutions importantes pour les Franco-Ontariens — soi-disant pour des raisons budgétaires.

Prenez le Commissariat aux services en français. Depuis 11 ans, il vient en quelque sorte légitimer la place du français au sein de l’appareil gouvernemental.

Année après année, le commissaire François Boileau accouche de rapports étoffés qui font état de la situation des services en français à travers la province, en formulant des recommandations à l’intention du gouvernement.

C’est vrai, l’ancien gouvernement libéral n’était pas toujours pressé de mettre en œuvre ses recommandations, notamment celle de moderniser la désuète loi sur les services en français. Mais avec ses rapports et ses enquêtes, le commissaire François Boileau mettait une pression constante sur le gouvernement. Il l’obligeait à répondre de ses actes lorsqu’il prenait une décision qui pouvait avoir un impact sur les services en français. C’était une institution importante pour la communauté francophone. Un chien de garde !

Doug Ford vient de donner un coup de pied au pitou. Les plaintes concernant les services en français iront désormais se noyer dans le déluge des plaintes de toutes sortes que reçoit l’ombudsman de l’Ontario — un autre chien de garde qui a déjà un tas de chats à fouetter. C’est tout le fait français en Ontario qui en prend pour son rhume.

Le plus navrant, c’est que rien ne justifie la décision du gouvernement Ford si ce ne sont des motifs idéologiques.

Les conservateurs prétendent que l’abolition du commissariat générera des économies. Ah oui ? Entre les branches, on entend que les employés du commissariat ne seront pas coupés, mais transférés au bureau de l’ombudsman. Où ça, des économies ?

Quant à la décision d’annuler la création d’une nouvelle université de langue française en Ontario, elle a pris tout le monde par surprise. Doug Ford lui-même promettait d’aller de l’avant avec ce projet après son élection.

Pas plus tard qu’en septembre, la nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, tenait le même discours.

Deux mois plus tard, le projet prend le bord. Encore là, soi-disant pour des motifs budgétaires. Mais alors, pourquoi carrément annuler le projet ? Pourquoi ne pas le retarder ? Ou en réduire l’ampleur ? Pour un gouvernement qui se targue de remplir ses promesses, c’est mal parti.

Jusqu’à cette semaine, les associations franco-ontariennes donnaient une chance au coureur même s’il se méfiait de ce premier gouvernement conservateur depuis celui de Mike Harris.

Après les annonces de jeudi, le ton des leaders francophones était soudain moins conciliant. Rien pour déplaire à ce gouvernement ultra-partisan, toujours heureux d’exacerber les tensions pour mobiliser sa base électorale et qui ne fait pas grand cas des minorités.

Du Doug Ford tout craché.