Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Régine Laurent a présenté lundi son rapport préliminaire.
Régine Laurent a présenté lundi son rapport préliminaire.

DPJ: un gentil tribunal pour les tout-petits

CHRONIQUE / Règle générale, dans un dossier de DPJ qui se retrouve devant le tribunal, on retrouve l’avocat de la DPJ, l’avocat de l’enfant – qui est souvent d’accord avec l’avocat de la DPJ – et l’avocat des parents, ou juste les parents s’ils n’ont pas d’avocat.

Chacun essaye de convaincre le juge qu’il a raison.

Et le juge tranche.

Le juge indique généralement une durée de vie de son jugement, après quoi les parties doivent se retrouver devant le tribunal pour la suite des choses, ça peut être six mois, un an, et chacun repart de son côté, la DPJ étant responsable de faire appliquer le jugement et les parents, de le respecter.

Mais, et ce n’est un secret pour personne, il y a parfois des délais. Alors, si un enfant est placé pendant un an, il se peut que ça dure quelques mois de plus, un an même, avant que la situation soit réévaluée. C’est un temps précieux, c’est ce «temps de l’enfant» dont Régine Laurent a parlé lundi en déposant son rapport préliminaire.

Surtout pour les tout-petits.

Ainsi, il arrive que des bébés soient retirés à des parents négligents très tôt après leur naissance et que, pendant des années, ils soient ballotés entre des familles d’accueil et leur famille biologique qui, malgré l’affection et l’amour qu’ils peuvent éprouver pour leurs enfants, n’arrivent pas à en prendre soin.

Ça fait un mal énorme.

Aux États-Unis, en Floride d’abord, on a décidé il y a une quinzaine d’années qu’il fallait trouver une solution. Et on l’a trouvée. On a réinventé le tribunal, je me permets ce «mot à la mode» parce que c’est de ça qu’il s’agit, on a créé une «cour de la petite enfance» – Safe Babies Court Team – consacrée aux enfants de zéro à trois ans qui sont retirés à leurs parents pour des motifs graves de négligence.

Et on a décidé d’aider les parents, de leur donner tout ce dont ils ont besoin pour se reprendre en main et surtout, de ne pas les rabaisser.

On leur donne une chance, une vraie.

Dans cette cour, le juge ne tranche pas, il écoute tous les intervenants, il les amène à travailler ensemble vers un objectif commun – l’enfant – et décide de la meilleure façon d’aider les parents, des services dont ils ont besoin. Ça peut aller jusqu’à une thérapie pour régler des problèmes qui découleraient de leur propre enfance, puisque beaucoup de parents négligents ont été des enfants négligés.

Les juges doivent avoir des qualités spéciales, entre autres l’empathie.

On part de l’idée que la place idéale d’un bambin est avec ses parents, mais on avance en tenant compte du «temps de l’enfant». On avance vite. On agit le plus rapidement possible après le retrait de l’enfant, et puis toutes les parties se retrouvent chaque mois devant le tribunal pour faire le suivi.

Pas un an, un mois.

Les parents se sentent encouragés, ils savent qu’ils ont une véritable chance de retrouver leurs enfants. Dans cette cour de la petite enfance, on les encourage à avoir le plus de contacts supervisés, et ces contacts doivent se faire dans un lieu agréable, pas dans un petit local anonyme. En faisant ça, on veut créer un lien – et le maintenir – le temps qu’ils se rafistolent.

Mais attention, ce temps-là est limité.

Dix-huit mois maximum.

Au-delà de cette limite, leur ticket n’est plus valide, l’enfant sera placé dans une autre famille, une famille de proximité ou une famille d’accueil, et le tribunal interdit que l’enfant soit déplacé plus de deux fois. C’est un élément essentiel, il peut s’attacher sans craindre d’être barouetté.

La formule a fait école, tellement qu’il y a aujourd’hui 70 tribunaux de la petite enfance aux quatre coins des États-Unis.

Et ça fonctionne.

L’analyse des résultats a démontré que les enfants sont «stabilisés» trois fois plus rapidement qu’avec le parcours habituel. Ceux qui retournent dans leur famille biologique ont moins de risques de subir de nouveaux sévices et leurs parents continuent à bien s’occuper d’eux, même après être sortis du programme.

On peut donc espérer briser le cycle de la maltraitance, pour que ces enfants qui ont été victimes de négligence, qui se sont retrouvés devant le tribunal, n’y reviennent pas plus tard comme «mauvais» parents. 

Et qu’ils grandissent heureux.

Ça vaudrait la peine d’essayer ça ici, non?