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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
C’est le moment tant redouté, celui des bilans. Écrire ses résolutions sur un bout de papier, c’est un bon point de départ pour commencer à changer une habitude.
C’est le moment tant redouté, celui des bilans. Écrire ses résolutions sur un bout de papier, c’est un bon point de départ pour commencer à changer une habitude.

Des résolutions sans friction

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CHRONIQUE / C’est le moment de l’année qu’on redoute tant, celui des bilans. Il y a presque un an, vous avez écrit quelques résolutions sur un bout de papier ou vous vous êtes fait quelques promesses dans l’intimité de vos pensées.

Maintenant, la question qui tue : les avez-vous tenues? 

Avez-vous arrêté de fumer? Avez-vous couru trois fois par semaine? Avez-vous cessé de vous ronger les ongles? Avez-vous finalement épargné pour vos RÉER?

Si ce n’est pas le cas, vous êtes peut-être déjà débiné. Je manque de volonté. Je ne suis pas assez discipliné. Je ne changerai jamais. Pas la peine de prendre de nouvelles résolutions cette année

Mauvaise idée. D’abord, parce que le simple fait de prendre des résolutions et de penser à un plan pour y arriver multiplie par 10 les probabilités que vous réussissiez. Et ensuite, parce que ce n’est pas votre manque de volonté le problème, mais l’environnement que vous avez établi autour de vous.  

Récemment, j’ai eu le privilège de faire une entrevue avec Wendy Wood, professeure de psychologie à l’Université du Sud de la Californie experte mondialement reconnue dans la recherche sur les habitudes. Et s’il y a une chose que j’ai retenue, c’est qu’il faut apprendre à se faciliter la vie. 

La volonté, m’explique Mme Wood, est utile pour les défis ponctuels. Dans son livre Good Habits, Bad Habits : The Science of Making Positive Changes That Stick (Bonnes habitudes, Mauvaises habitudes : La science des changements positifs durables), publié en 2019, la chercheuse donne l’exemple d’un employé qui veut demander une hausse salaire au travail ou qui veut inviter une personne attrayante à aller prendre un café. Il faut mobiliser sa volonté et faire la demande. 

Mais la volonté a ses limites. «Le problème, dit Mme Wood, c’est que plusieurs des comportements qu’on essaie de changer exigent d’être répétés encore et encore pour obtenir un résultat souhaité. Ce n’est pas suffisant de manger sainement ce soir pour souper, il faut être capable de manger sainement chaque jour». 

À long terme, on ne peut pas exercer notre volonté chaque fois qu’on fait une activité. La volonté exige un grand effort cognitif et, s’il fallait en fournir un chaque fois qu’on brosse nos dents, par exemple, on  ne se laverait pas les dents si assidûment. 

Au bout d’une certaine période, l’habitude finit par se former. Et le pilote automatique prend le relais, ce qui nous permet de maintenir l’habitude dans la durée. Je vous en ai déjà parlé : selon une étude, il faut en moyenne 66 jours de persévérance pour qu’une habitude s’installe. 

Pour se donner le plus de chance de succès, Wendy Wood insiste sur l’importance de se faciliter la vie. Plus il y a de «friction», explique-t-elle dans son livre, plus l’habitude sera difficile à maintenir. 

La friction, c’est tout ce qui freine un comportement dans votre environnement. Si vous voulez faire du ski plus souvent, mais que vous êtes obligé de louer un équipement chaque fois, il y a de la friction. Si vous  voulez manger mieux, mais que votre garde-manger est rempli de cochonneries, il y a de la friction. Si vos voulez que de nouveaux clients découvrent votre boutique, mais que votre adresse est planquée dans un coin obscur de votre site internet, il y a de la friction. 

Dans tous ces cas, la solution consiste à réduire la friction. Mais on peut aussi ajouter de la friction pour freiner une mauvaise habitude. 

L’exemple le plus célèbre est celui de Victor Hugo. Avant de se lancer dans son roman Notre Dame de Paris, le grand écrivain français s’est acheté un grand châle tricoté gris et a verrouillé le reste de ses vêtements pour ne pas être tenté de sortir de chez lui, décrit sa femme, Adèle Foucher, dans son mémoire Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. 

Pour ne céder à la procrastination, l’écrivain a ajouté beaucoup de friction. S’il décidait de sortir nu sous son châle, il risquait de grelotter et d’exposer ses bijoux de famille au moindre courant d’air.

Alors voilà, si vous vous demandez comment tenir vos résolutions en 2021, embarrez vos vêtements. Je blague, bien sûr, mais vous comprenez l’idée : jouez avec la friction. 

Au lieu de vous autoflageller, essayez de voir comment vous pourriez faciliter vos bonnes habitudes ou entraver les mauvaises. 

Programmez des versements automatiques pour épargner. Faites-vous un gym dans le sous-sol.  Enrôlez-vous dans un club de course. Pariez 1000 $ avec vos amis que vous allez arrêter de fumer. Suspendez votre abonnement à Netflix et faites-le plein de livres. Supprimez votre compte Instagram et allez marcher avec vos amis. 

Qui sait, votre bilan le 31 décembre 2021 sera peut-être un peu plus satisfaisant. 

Sur ce, je vous souhaite de joyeuses Fêtes et une bonne année! De retour en janvier.