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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan

Des nouvelles de notre monde

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CHRONIQUE / Dire que 2020 n’a pas été de tout repos est un euphémisme. À la fois source d’épreuves, aussi de remises en questions, elle aura été pour certains l’occasion de faire le point, de se découvrir une nouvelle passion, d’apprivoiser la solitude.

Nous en sortons changés.

En cette fin d’année, comme le veut maintenant la tradition, je vous donne des nouvelles de gens dont j’ai parlé, en 2020 ou avant, des gens qui m’ont écrit pour me raconter ce qui s’était passé depuis ou que j’ai contactés pour m’en informer. Alors voilà, en vrac, quelques suites d’histoires…

Les enfants sont toujours bien

Je vous ai raconté des histoires d’horreurs de DPJ, je vous en ai aussi raconté de belles, comme celle de Josée*, qui est devenue famille d’accueil pour son neveu et sa nièce, dont les parents n’arrivaient pas à assurer la sécurité. Un milieu difficile, de la drogue qui traîne, les rideaux fermés à longueur de journée.

Ici, grâce au dévouement d’une intervenante, toujours la même, les enfants ont été écoutés. Je vous écrivais il y a presque un an jour pour jour. «Josée ne tarit pas d’éloges à l’endroit de la DPJ, surtout de l’intervenante, qui a toujours cherché à ce que les enfants soient confiés à des proches. “C’est vraiment une intervenante en or! C’est une femme très honnête, elle est transparente, et elle nous donne toujours l’heure juste. Avec elle, c’est noir ou c’est blanc.” Plus encore. “Elle aime ces enfants-là.”»

La sœur de Josée m’a écrit il y a quelques semaines, les enfants sont maintenant assurés de rester chez Josée le temps qu’il faudra.

Après avoir travaillé pour eux pendant une dizaine d’années, l’intervenante peut dire mission accomplie. Elle a écrit un petit message à la famille, avec qui elle a fait équipe et qui a toujours été là pour les enfants. «Ils ont été chanceux de vous avoir. La réussite et le développement de ces enfants vous appartiennent à chacune d’entre vous. Je serai toujours heureuse d’avoir des nouvelles de […], ils auront marqué mon cheminement et la croyance que malgré l’adversité, entourés d’amour et de bienveillance, les enfants peuvent rebondir à tout moment dans la vie.

Merci d’avoir fait la différence dans la vie de ces enfants, mais aussi dans mon travail.»

Et voilà, une belle histoire qui finit bien.

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Le jeune toujours dans la nature

Une moins belle histoire cette fois, ce jeune de 17 ans dont je vous parlais il y a quelques semaines, qui s’est sauvé de chez lui. Un juge avait ordonné qu’il reste confiné où il habitait pendant 14 jours en attendant la prochaine audience, mais une intervenante a plutôt lancé les policiers à ses trousses.

Il s’est sauvé quand il a vu les gyrophares.

C’est une histoire un peu compliquée, un jeune arrivé au Québec il y a quelques années d’un pays où il y a beaucoup de violence, qui, à 17 ans et demi, voulait faire une demande d’émancipation au tribunal, avec l’aide de son avocate et d’une intervenante. Mais la DPJ ne l’entend pas ainsi, elle veut l’envoyer dans un centre de réadaptation.

Résultat, depuis plus de deux semaines, il est introuvable. Il est disparu dans la nature avec seulement une veste, sans cellulaire, sans carte bancaire.

Tout le monde est perdant.

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L’épée de Damoclès, suite et fin

Je vous ai parlé de Charlie* à la fin de l’année dernière, l’enseignante de formation avait ouvert une garderie familiale, elle en rêvait depuis longtemps. Elle avait quatre places, a été inondée de demandes pour les combler.

Une femme est venue avec sa fille de deux ans, elle et Charlie ont jasé, l’enfant a trébuché en partant, Charlie était inquiète qu’elle se soit blessée à la tête. Les places étant limitées, Charlie a dû choisir entre plusieurs enfants, elle n’a pas retenu cette fille-là, une décision qui n’avait rien avoir avec sa chute.

Environ six mois plus tard, Charlie a reçu une lettre de la Commission des droits de la personne et de la Jeunesse (CDPDJ), une plainte pour discrimination basée sur un handicap. Elle a appris en la lisant que la petite avait un retard de développement, il n’en avait jamais été question avant.

Les parents réclamaient plus de 20 000 $.

Quand je vous ai raconté l’histoire, Charlie ne savait plus vers qui se tourner, elle sentait que la cause était déjà entendue. La Commission accompagnait la plaignante, Charlie devait se débrouiller seule pour se défendre. Elle leur a écrit une lettre pour présenter sa version, avec les courriels en preuve pour démontrer que jamais elle n’avait été au courant du handicap de la petite.

La Commission a révisé le montant réclamé à environ 5000 $, une somme énorme pour Charlie, qui n’avait pas les moyens de le payer.

Pendant tout le processus, elle n’a jamais senti que la Commission des droits de la personne s’intéressait vraiment à sa version. C’est l’avocat des parents [fourni par la CDPDJ] qui, finalement, s’est rendu compte que Charlie n’avait rien à se reprocher et qui a travaillé pour arriver à une entente entre les deux parties.

Charlie a offert ce qu’elle était capable de payer, quelques centaines de dollars, les parents ont accepté.

Ils se sont même excusés d’être allés aussi loin.

Mais tout de même, Charlie a été prise là-dedans pendant un an et demi, avec tout le stress que ça a pu lui causer, avec cette épée de Damoclès au-dessus d’elle, de devoir s’endetter pour payer les milliers de dollars qui lui étaient réclamés pour une faute qu’elle n’avait pas commise.

Dossier clos.

Marie ne se bat plus

J’ai rencontré Marie Demers il y a un peu plus de trois ans, elle se battait pour obtenir la compensation des victimes de la thalidomide, une pilule qu’on a donnée dans les années 50 aux femmes enceintes qui avaient des les nausées. Tous les documents médicaux concernant la grossesse de sa mère et sa naissance sont partis en fumée, elle n’avait qu’une lettre de sa mère, trouvée après sa mort.

«À ma fille que j’aime beaucoup, voici ce que ta mère veut te dire, à partir de ta naissance. J’étais tellement fière d’avoir eu une belle fille. J’étais aussi peinée sans que ce soit de ma faute de te voir pas comme les autres. Cette pilule que j’ai prise, aujourd’hui je ne voudrais pas l’avoir prise, mais que veux-tu, je ne puis retourner en arrière.»

Marie est née difforme, les membres courts, déformation typique des victimes de la thalidomide.

Avec l’aide de gens qui se sont battus avec elle, Marie a frappé à toutes les portes pour être indemnisée, pour assouplir certains critères, entre autres par rapport aux documents exigés par la compagnie responsable de rembourser les victimes. Son combat s’est même rendu jusque dans le bureau du député libéral fédéral Joël Lightbound, qui a réussi à faire modifier certains critères d’admissibilité.

Mais ça n’a pas suffi.

Début novembre, Marie a cessé de se battre, emportée par un cancer généralisé. Un homme qui a porté son combat pendant cinq ans a écrit une lettre à des députés fédéraux, pour déplorer que «toutes les victimes de la thalidomide doivent se battre toute leur vie pour être dédommagées, compte tenu que le gouvernement fédéral avait depuis des années retenu toutes les sommes nécessaires pour l’indemnisation des victimes. De plus, ces dernières doivent payer aujourd’hui généreusement des avocats à fort pourcentage afin d’avoir droit à leur dû par un recours collectif.»

Repose en paix, Marie.

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J’ai rencontré Marie Demers il y a un peu plus de trois ans, elle se battait pour obtenir la compensation des victimes de la thalidomide.

«Ma pandémie» au Musée

Une maille à l’endroit, un monde à l’envers. Pendant le confinement du printemps, rivée à son téléviseur à suivre les dernières nouvelles sur la COVID et les points de presse de 13h, Francine Voyer a eu l’idée de tricoter la pandémie en illustrant les faits marquants sur des carreaux de laine, et de les assembler pour en faire une couverture.

Dans la tempête, un peu de réconfort.

Je vous avais parlé d’elle et de son projet, elle avait souhaité que sa création soit exposée quelque part, le Musée de la civilisation a levé la main, Le Soleil en avait glissé un mot d’ailleurs le jour où elle avait été exposée au public pour la première fois. Elle y est toujours, et elle pourrait y être encore longtemps.

Francine m’a écrit pour me donner des nouvelles. Elle a baptisé sa couverture «Ma pandémie», ça résume bien. «Elle est au Musée de la civilisation depuis le 25 septembre dans le cadre de l’exposition Documentez la pandémie. Le Musée a malheureusement fermé ses portes en même temps, mais, avec la réouverture de la boutique [le 11 janvier], “Ma pandémie” devient accessible jusqu’au 31 mars prochain, car elle est située juste devant l’escalier. J’en suis très fière. Elle restera au Musée pour une exposition sur la philanthropie d’octobre 2021 à octobre 2022 et elle a de fortes chances de faire partie de la salle permanente sur l’histoire du Québec qui sera mise à jour en 2023.»

Comme quoi on peut faire l’histoire, une maille à la fois.

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Francine Voyer a eu l’idée de tricoter la pandémie en illustrant les faits marquants sur des carreaux de laine.

Plus de cinq années ont passé…

Vous vous souvenez de François* et Sylvie*? Ces parents dont les deux filles ont été placées en centre de réadaptation d’abord à cause d’une question d’école à la maison puis d’un désaccord autour de diagnostics d’autisme? C’était il y a plus de cinq ans, elles avaient sept et huit ans.

Elles y sont toujours.

François et Sylvie essayent depuis ce temps de récupérer leurs deux enfants, mais le fossé, au lieu de se rétrécir, s’élargit toujours un peu plus. La DPJ et les parents restent bien campés sur leur position, les visites supervisées se font de plus en plus rares, tellement que l’aînée n’y tient plus vraiment.

Avant que des policiers interceptent les deux sœurs en juin 2015, les deux filles n’avaient jamais dormi ailleurs que dans leur lit, elles avaient une relation fusionnelle avec leurs parents. Dans tous les jugements, on rappelle que ce sont «des parents aimants», mais qui n’acceptent pas la façon de faire de la DPJ.

Ils ne les verront pas à Noël.

Le dernier jugement est expiré depuis le mois d’avril, la DPJ et les parents devaient passer devant le tribunal en octobre, mais les audiences ont été remises au printemps. Par la même occasion, les parents présenteront une requête en lésion de droits, ils feront le tour des choses qui auraient dû se passer autrement.

Dans l’espoir de retrouver leurs filles.

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Maria, traitée aux petits oignons chez elle

Je vous avais laissé en suspens avec l’histoire de Maria, qui n’avait pas pu avoir de soins à domicile après avoir été opérée d’urgence à une hanche, elle devait avoir de l’aide pendant six semaines, exactement le temps qu’il fallait pour traiter sa demande.

Elle avait dû se tourner vers le privé, d’abord une résidence pendant trois semaines, une préposée à la maison pour le reste.

Mais voilà, elle devait subir une autre intervention, l’autre hanche, pour laquelle elle aurait aussi besoin d’aide pour prendre sa douche, s’habiller, un coup de main nécessaire pour qu’elle puisse se rétablir à la maison. Cette fois, tout s’est très bien passé, la demande a été faite à l’avance par l’hôpital.

Après la chirurgie, «l’infirmière m’a précisé que j’aurais un appel du CLSC le lendemain matin. […] À 9h ce matin, une infirmière du CLSC m’appelle pour m’annoncer sa visite avant midi. Quarante-cinq minutes plus tard, elle sonnait à ma porte avec son “kit” pour enlever le pansement et nettoyer la plaie. Cette charmante jeune femme s’est ensuite informée de mon état de santé et de mes besoins. […] Voilà le genre de services auxquels on s’attend de notre système de santé!»

Maria, contrairement à la première fois, peut donc récupérer en paix, chez elle, sans avoir à piger dans ses économies.

Reste donc à trouver une façon, peut-être une équipe dédiée aux cas imprévus, pour que le maintien à domicile puisse être offert du jour au lendemain, quand une personne doit passer sous le bistouri de toute urgence. Un patient qui guérit bien est un patient qui risque moins de revenir à l’hôpital.

Tout le monde est gagnant.

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* Prénoms fictifs