Mylène Moisan

Des «bras» à portée de main?

CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault l’a répété en un mot comme en mille depuis le début de la pandémie, surtout quand le virus a mis le feu dans les CHSLD, il fallait des bras, n’importe quels bras, on a commencé par implorer les médecins, puis M. et Mme Tout-le-Monde, jusqu’à ce que l’armée vienne en renfort.

Et là, la Croix-Rouge vient prendre le relais.

Au pire de la crise, quand les personnes âgées mouraient comme des mouches, emportées par la COVID-19, il manquait plus de 10 000 paires de bras pour suffire à la tâche. Il en manquait encore plus qu’avant, des préposées et des infirmières sont tombées au combat, d’autres ont rendu les armes.

Le 24 avril, François Legault a lancé par jecontribue.ca un appel pressant aux Québécois pour «éteindre le feu» dans les CHSLD. «Si vous êtes disponibles à temps plein, on a besoin de vous.»

Les résultats ont été mitigés.

Les délais, trop longs.

À chaque catastrophe, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une force d’intervention civile, une «armée» humanitaire qui n’a rien à voir avec l’armée, des gens qui s’engagent pour aider quand le feu est pris, au propre comme au figuré, dans une ville ou dans un CHSLD.

Ou quand ça inonde.

Je vous ai déjà parlé de ça en 2017, un ami vole depuis des années au secours des populations qui sont frappées par des catastrophes de toutes sortes. «C’est un trip puissant, m’avait-il expliqué. Tout le monde travaille à quelque chose de commun, on ne se préoccupe pas d’où les gens viennent, ni de ce qu’ils font. Il y a des personnes qui sont sur l’aide sociale, il y a des jeunes en difficultés. Tu devrais les voir après, comment ils sont fiers.»

Ils font une différence.

Tout le monde peut aller combattre les incendies de forêt, ils appellent ça la «main-d’œuvre auxiliaire», réquisitionnée quand les pompiers ne fournissent plus. Quand il faut plus de bras. «On se sent à la fois petit et grand. On est petit, humble, devant les éléments et on sort grandi, parce qu’on a de la reconnaissance.» 

Certains pays disposent déjà d’une organisation de sécurité civile, la Suisse en est un exemple, les citoyens doivent choisir depuis 1992 choisir entre ça et l’armée, ils choisissent de moins en moins l’armée. Et l’armée n’aime pas ça, un projet de loi a été déposé pour limiter l’accès au service civil, il vient d’être rejeté par le parlement.

Le service civil est là pour rester.

Si le Québec avait eu une escouade civile, on peut penser que les renforts auraient pu débarquer en CHSLD en claquant des doigts. Même chose quand la Chaudière déborde et qu’on doit quémander l’armée.

L’escouade pourrait aussi être canadienne.

L’idée est la même, c’est d’avoir un bassin de bras prêts à intervenir au besoin, dans l’urgence, quand on n’a pas le luxe du temps. «Mon rêve, ce serait que ce soit créé et géré par le Bureau de la protection civile au Québec, qui pourrait coordonner les actions. Disons qu’il y a des inondations en Beauce, nous, on arrive en deuxième ligne, en renfort. On aide les gens avec leurs maisons, on aide à nettoyer, à réparer.»

Chacun donne le temps qu’il a.

Avec un chèque de paye au bout. «Il ne faut pas que ce soit du bénévolat. Il faut que t’aies les moyens pour faire du bénévolat. Il y aurait un salaire, pas une fortune, mais un certain montant pour le travail accompli. Un peu comme pour les feux de forêt, où tu es logé, nourri, blanchi et tu reçois un montant.» 

Le concept fait même du chemin aux Nations unies, très lentement évidemment, l’ex-secrétaire d’État française Nicole Guedj a mis sur pied la Fondation des Casques rouges en 2006 après le tsunami de 2004. Elle aurait été bien utile en 2010 en Haïti et où l’aide internationale est arrivée de partout et n’importe comment. Cette année-là, Ban Ki-Moon, alors Secrétaire général de l’ONU, avait déclaré vouloir «mettre cette idée à l’étude», comme tant d’autres idées. 

Et depuis, rien.

Et depuis, des catastrophes naturelles dévastatrices.

Le chaos dans les CHSLD.

Mon ami, lui, attend de quitter les Philippines, il ne peut pas partir en raison de la pandémie. En attendant, il a sauvé un homme en «le transportant à l’hôpital d’urgence, pierre aux reins non traitée depuis des mois, avec l’arrêt presque total de ses organes vitaux et une crise cardiaque quand je suis arrivé chez lui en forêt. S’il n’y avait pas eu de COVID-19, je n’aurais pas été là et il serait décédé. Il y a quand même de bons côtés à cette crise, le destin est parfois bon.»

Bras dessus, bras dessous.