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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Les Premières Nations doivent obtenir davantage de reconnaissance quant à leur rôle dans notre histoire et dans la fondation de notre pays, mais aussi ils doivent pouvoir contribuer à leur juste valeur au Canada d’aujourd’hui. Ça prendra plus que quelques larmes pour compenser le sang qu’on a sur les mains.
Les Premières Nations doivent obtenir davantage de reconnaissance quant à leur rôle dans notre histoire et dans la fondation de notre pays, mais aussi ils doivent pouvoir contribuer à leur juste valeur au Canada d’aujourd’hui. Ça prendra plus que quelques larmes pour compenser le sang qu’on a sur les mains.

Des âmes lavées à l’eau de javel

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CHRONIQUE / La semaine dernière, les astres étaient alignés pour vivre une Fête nationale parfaite : la pleine lune, un show de la Saint-Jean et une victoire du Canadien lui assurant une place en finale des séries de la Coupe Stanley.

Personnellement, je n’avais pas trop le cœur à la fête, malgré mon besoin, comme presque tout le monde, de célébrer le déconfinement et de renouer avec des « petits et moyens partys », pour reprendre l’expression du premier ministre.

Cette semaine, j’ai encore moins eu le goût de célébrer l’anniversaire de notre dominion. Le Canada se targue d’être un pays de paix et une terre d’accueil, mais jusqu’à tout récemment, cette inclusion était encore factice, car on avait beau accueillir les autres, on maltraitait encore ceux qui vivaient chez nous. Ou plutôt chez eux.

J’ai pensé à notre drapeau, à sa somptueuse feuille d’érable rouge, et je n’ai eu qu’une pensée : rouge est la couleur du sang. Celui qu’on a sur nos mains comme nation.

Rien de surprenant, d’ailleurs, que plusieurs voix se sont fait entendre d’un océan à l’autre dans un appel au boycottage des célébrations de la Confédération canadienne.

Comme plusieurs, la découverte récente de tout près de 1200 corps — ceux de jeunes Autochtones arrachés à leur famille dans l’optique de décaper leur esprit de leur culture qu’on jugeait impropre — me répugne profondément.

Même si j’essayais, je n’arriverais pas à imaginer tous les sévices et les traumatismes qu’ont vécus ces jeunes garçons et ces jeunes filles qui n’avaient commis que le crime de naître sur la terre de leurs aïeux, eux-mêmes nés sur la terre de leurs ancêtres. Une terre que des étrangers sont venus leur arracher sous prétexte qu’ils étaient plus civilisés, qu’ils incarnaient le progrès.

Le temps leur aura donné tort. On voit bien que les sauvages n’étaient pas ceux qu’on croyait...

*****

L’an dernier, à presque pareille date, je déplorais dans une chronique qu’on accordait peu d’importance à la place des Premières Nations dans nos cours d’histoire sur le Québec et le Canada, du moins, « dans mon temps ». Ces peuples étaient confinés à des rôles de seconde zone; ils étaient présentés comme des bêtes de foire à qui on pouvait faire faire à peu près tout ce qu’on voulait en échange de miroirs ou de couvertures qui leur transmettraient la variole.

Plus jeune, je ne comprenais pas pourquoi certaines personnes — tout de même minoritaires à l’époque — faisaient encore tout un plat du fait qu’on habitait sur des terres non cédées.

Je me disais : voilà à peu près 400 ans que tout ça s’est passé, on ne peut pas être tenus responsables indéfiniment des actes de nos ancêtres qu’on n’a même pas connus. Après tout, nous aussi nous sommes nés en Amérique.

Le temps m’aura donné tort.

Car maintenant qu’on sait, on ne peut ignorer le fait que oui, les descendants de ces colons (dans tous les sens du terme) français et anglais ont eux aussi commis l’innommable. Et ce, jusqu’à encore tout récemment, nous prouvent les découvertes qui viennent de se produire, et qui laissent craindre le pire pour la suite des choses.

Oh, Canada...

Individuellement, nous ne sommes pas responsables de ces sévices qui ressemblent à un lavage de cerveau à l’eau de javel pour dissoudre tout ce qui restait de l’identité autochtone.

Mais collectivement, notre société, notre peuple, est coupable à sa manière d’avoir été complice de ce génocide culturel en ne s’intéressant pas davantage à cette autre solitude qui n’avait jamais demandé à être envahie et annihilée.

Un lecteur de Trois-Rivières, François Champoux, décrivait dans une lettre un parallèle entre les pensionnats autochtones et les camps de concentration de l’Allemagne nazie du siècle dernier.

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Le mot est dit : nazi. Un qualificatif lourd de sens, qu’on ose à peine prononcer du bout des lèvres tant il est porteur de tout ce que la race humaine a fait de pire. Et pourtant, M. Champoux a osé, et j’irais jusqu’à dire avec raison.

Comme le peuple allemand des années 1930, nous avons ignoré ce qui se passait réellement dans ces pensionnats autochtones. Nous avons laissé faire, sans nous poser de questions, sans chercher à en savoir plus. Nous avons délégué à une autorité (là-bas politique, ici religieuse avec l’aveuglement volontaire du politique) le soin de « s’occuper » d’un enjeu qui ne nous préoccupait pas.

Maintenant que nos yeux sont ouverts, le réveil est dur. On ne peut plus faire semblant.

*****

Je suis loin d’être la première à plaider en ce sens, mais j’ajoute ma voix à toutes celles qui se font de plus en plus entendre pour que prenne enfin fin le silence que trop de victimes et leurs proches ont enduré.

Les Premières Nations doivent obtenir davantage de reconnaissance quant à leur rôle dans notre histoire et dans la fondation de notre pays, mais aussi ils doivent pouvoir contribuer à leur juste valeur au Canada d’aujourd’hui. Ça prendra plus que quelques larmes pour compenser le sang qu’on a sur les mains.

Les Amérindiens ont été beaucoup plus que de simples alliés dans une guerre opposant deux étrangers venus se disputer une terre qui n’a, finalement, jamais été la leur.

Je me sens un peu moins chez nous en sachant tout ça.

Alors non, jeudi, je n’ai pas célébré la grandeur du Canada.