Départs politiques: niveler par le vide

CHRONIQUE / Nicole Léger, Pierre Reid, David Heurtel, Martin Coiteux, Alexandre Cloutier, Agnès Maltais, Jacques Chagnon, Jean-Marc Fournier, François Gendron, Stéphanie Vallée, Claude Cousineau, Germain Chevarie, Ghislain Bolduc, Norbert Morin, Guy Hardy, Raymond Bernier, André Drolet, Karine Vallière, Michel Matte et Amir Khadir quittent la politique. Geoffrey Kelley jugerait avoir assez donné, de même que Rita De Santis.

Laurent Lessard réfléchit à réfléchir, Nicolas Marceau est plutôt tenté de revenir et Julie Boulet se dandine. André Spénard semble le seul élu de la CAQ à ne pas revenir le 1er octobre. Rien n’exclut que d’autres députés de l’Assemblée nationale du Québec mettent un terme à leur carrière et on doit ajouter à cette lourde liste les parlementaires ayant quitté en cours de mandat, de Pierre Karl Péladeau à Élaine Zakaïb en passant par Bernard Drainville, Sam Hamad… Enfin, trois élus libéraux s’abstiendront pour de plus sombres motifs : messieurs Sklavounos, Paradis et St-Denis. Les indépendants Claude Surprenant et Gaétan Lelièvre réfléchissent aussi. Martine Ouellet se voit ailleurs, mais avec Mme Ouellet, on ne sait jamais. 

De nombreux et légitimes motifs font renoncer à la vie politique : une carrière longue et bien remplie, le constat de n’être pas «fait pour ça», la famille qui en souffre, la santé ou des «raisons personnelles»… Certainement véridiques, ces motifs camouflent souvent autre chose : défaite appréhendée, manque d’appétit pour l’Opposition, incertaine fonction ministérielle actuelle ou convoitée, relation tendue avec la direction du parti ou orientations politiques.

Ho! J’allais oublier : le pouvoir.

Ho! J’allais oublier (bis) : l’argent. Désormais, un-e élu-e qui quitte en cours de mandat renonce à son allocation de transition. Dans la plupart des cas mentionnés, il s’agit de bien davantage que 100 000 $.

Imaginez perdre à la fois le pouvoir et l’argent!

Toutes les formations politiques ont demandé à leurs élus de laisser savoir dès 2017 s’ils allaient être candidats en 2018. La vague brouillonne de départs au Parti québécois a étonné en tout début d’année. Déjà à ce moment, les chances de Jean-François Lisée d’être premier ministre en octobre apparaissaient minces. Le pouvoir ne semble pas en cause. On peut en dire autant pour M. Khadir.

La déferlante libérale est plus suspecte. Voilà une opération encore plus mal menée qu’elle l’a été au Parti québécois. Spéculation, confusion et supplice de la goutte. Que s’est-il passé entretemps entre 2017 et le printemps? Les sondages ont obstinément enraciné une avance de la CAQ dont on se demande maintenant, sous réserve des cinq mois à venir, s’ils formeront un gouvernement majoritaire ou minoritaire. 

Plus étrange encore, cette débandade se produit beaucoup dans des «comtés sûrs» : Taschereau est le seul comté péquiste à moins de centaines de kilomètres de la capitale nationale et le garder ne sera pas une mince affaire. Cependant, Pointe-aux-Trembles, Bertrand, Lac-Saint-Jean et Abitibi-Ouest font tous figure de bastions péquistes. Occasion précieuse de renouvellement moins claire pour Vachon tant le 450 sent l’appel des Coalisés.

Le PLQ surtout voit se libérer d’excellentes circonscriptions : Saint-Laurent, Westmount-St-Louis, Nelligan ou Viau sont des stationnements garantis pour des candidatures qui ne veulent pas se frotter à une campagne risquée. Rappelons le coup fumant de Philippe Couillard en 2014 : trois recrues, Martin Coiteux, Carlos Leitão et Jacques Daoust, ont formé un crédible trio économique qui pèsera lourd le 7 avril. Une de ces circonscriptions accueillera Hélène David, rendue orpheline par la réforme de la carte électorale, et une autre Marwa Rizqy.

Bardassée à la commission Charbonneau, boudée par le premier ministre, confrontée à la pas-sympathique Sonia Lebel dans sa propre région (mais pas dans Laviolette où se situe pourtant le fameux chalet) et peut-être à celle de son propre frère… pour la CAQ, les hésitations de Mme Boulet pourraient coûter cher aux libéraux. Philippe Couillard s’est fait forcer la main pour écarter l’inoffensif Pierre Giguère de la circonscription fusionnée, mais Julie Boulet juge ne rien lui devoir. Si elle rentre dans ses terres, Laviolette prendra acte de ce mauvais feuilleton.

Les gagnants...

La CAQ de François Legault roucoule. Ils gagnent déjà largement la course aux candidatures de prestige, ils garderont le seul siège qu’un des leurs libère, mais plusieurs des comtés abandonnés pourraient bien tomber dans la main tendue.

… et les perdants

On a fait grand cas des départs au sein du PQ en début d’année. La façon semble davantage en cause que les motifs, 20 % du caucus ne sera pas sur les rangs. Pourtant, à un plus mauvais moment encore, en rangs plus désordonnés encore, et mettant en doute l’ascendant de Philippe Couillard sur ses troupes, c’est plus de 25 % des candidatures d’un parti au pouvoir qui n’y seront pas. Peut-être le tiers des ministres!

Le renouvellement des détenteurs de charges publiques est une bonne chose en soi. Le nombre est cependant troublant cette fois-ci. Les partis n’ont qu’eux-mêmes à blâmer. Le mépris du bien commun, la joute à courte vue, l’injure et l’imprudence avec les faits et la vérité, des attentes malsaines au détriment d’une qualité de vie qui servirait au contraire la qualité de la prestation, tout ça est aussi en cause.

Plus du quart des élu-e-s de 2014 ne seront pas candidats en 2018. On discernerait encore l’incroyable privilège de servir le Québec si la politique était moins méchante.