Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le Pêle-Mêle est situé sur la rue Laval, dans le centre-ville de Gatineau. Ses propriétaires ont annoncé l'ouverture d'un nouvel établissement en 2021 dans le secteur du Plateau.
Le Pêle-Mêle est situé sur la rue Laval, dans le centre-ville de Gatineau. Ses propriétaires ont annoncé l'ouverture d'un nouvel établissement en 2021 dans le secteur du Plateau.

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CHRONIQUE / C’est ce qu’on appelle avoir de la vision…

Les propriétaires du resto-bar sportif Le Pêle-Mêle dans le Vieux-Hull ouvriront un nouvel établissement en 2021, apprenait-on mardi dans Le Droit. Ils conserveront leur resto de la rue Laval. Ce deuxième lieu de rencontre, lui, sera érigé dans le secteur du Plateau, au coeur du projet immobilier AGORA qui prévoit 600 unités résidentielles ainsi que des commerces de proximité.

Pourquoi dans le Plateau ? En banlieue ? Loin de «l’action», du brouhaha et du va-et-vient d’un centre-ville ?

C’est bien simple. Parce qu’il y a beaucoup de monde dans ce coin de Hull et qu’il y en aura davantage une fois que l’AGORA aura planté son dernier clou et vendu son dernier condo. Mais aussi – pour ne pas dire surtout – parce que le Pêle-Mêle veut se rapprocher de là où se trouvent de nombreux Gatinois du matin au soir: à la maison. En télétravail.

Certains diront que c’est un pari risqué. Qu’un vaccin sera «bientôt» disponible et que la pandémie ne deviendra qu’un mauvais souvenir. Que tout reviendra à la normale et que les gens retourneront à leur routine mise en veilleuse un beau matin de mars 2020.

Peut-être. On retrouvera peut-être un semblant de normale une fois que les masques seront tombés.

Mais si on se fie à un sondage d’ADP Canada réalisé du 10 au 20 août, la direction du Pêle-Mêle fait preuve de vision avec l’ouverture prochaine de ce deuxième établissement en banlieue-dortoir.

Ce sondage révèle que plus de la moitié des Québécois en emploi préféreraient travailler de la maison que de retourner à leur bureau. Et si 33 % des Québécois avaient hâte de retourner à leur lieu de travail en mai dernier, ce désir a chuté à 14 % en août.

Plus de la moitié des Québécois en emploi préféreraient travailler de la maison que de retourner à leur bureau.

C’est donc à peine un travailleur sur dix qui a hâte de revoir collègues et patrons dans le blanc des yeux plutôt que de les voir dans les reflets d’un écran d’ordi pendant une réunion Zoom.

Vous direz que c’est tout à fait normal que les gens veuillent rester à la maison, à l’abri de la pandémie. Que leurs craintes se dissiperont avec le temps – et avec un vaccin – et qu’ils seront bien contents de renouer avec le «9 à 5», de reprendre leur place sur la 50 congestionnée et de réentendre les potins de bureau.

Mais ce n’est pas ça. Les gens n’ont pas peur de rentrer au bureau. Pas du tout. Ils ont juste pris goût au télétravail.

Selon le sondage d’ADP Canada, 87 % des Québécois qui ont une préférence pour le travail à la maison croient que leur employeur a pris les précautions nécessaires pour les protéger contre la COVID-19. Il y a trois mois, ils étaient 77 % de cet avis.

Donc de plus en plus de gens, soit près de neuf personnes sur 10, croient que leur bureau serait un endroit sécuritaire et libre de virus. Malgré ça, plus de la moitié préféreraient rester à la maison pour y travailler.

Et si leur souhait se réalise, que des affiches «À LOUER» et «À VENDRE» se multiplient dans les fenêtres des immeubles de bureaux d’un centre-ville qui se vide à vue d’œil, le Pêle-Mêle aura vu juste. Les travailleurs ne seront plus en ville, ils seront en banlieue. Chez eux.

Et qu’on travaille d’un immeuble de bureaux du centre-ville ou de sa chambre à coucher d’une ville dortoir, on a tous besoin de sortir voir du monde. C’est bien beau de travailler de la maison, mais il ne faut tout de même pas en devenir un ermite isolé de la civilisation.

De là l’idée du Pêle-Mêle de s’établir dans le Plateau et d’ouvrir un resto-bar où les «télé-travailleurs» pourront casser la croûte le midi et se payer un «5 à 7» ou un souper de temps en temps.

Est-ce le «nouveau normal» qui nous attend après la pandémie ? Est-ce que le télétravail deviendra la norme plutôt que l’exception ? Est-ce que les restos et les bars migreront vers les banlieues ?

«Oui» à ces trois questions s’il n’en tient qu’à la majorité des travailleurs québécois.

Une fois cette pandémie passée, «Zoom» pourrait bien remplacer le mot «métro» dans l’expression métro-boulot-dodo.