Le vieillissement de la population franco-ontarienne pourrait provoquer des bris de service en français.

Vieillir et mourir en anglais

CHRONIQUE / La communauté franco-ontarienne a sauvé l’Hôpital Montfort d’une mort annoncée, il y a 22 ans. La lutte était essentielle. L’obtention de soins de santé en français pour les Franco-Ontariens était en jeu.

Lorsqu’une personne est malade, très malade, elle veut être soignée dans sa langue maternelle. Il le faut, c’est primordial. Cette personne veut comprendre clairement le diagnostic, les conséquences, les médicaments à prendre, les soins à apporter, les conseils des médecins. Sa vie en dépend. Et un hôpital dit « bilingue », mais où un très faible pourcentage des employés peuvent effectivement parler et comprendre le français n’est certes pas l’endroit idéal pour être soigné lorsque notre langue première est le français.

Ça me rappelle les tout premiers jours de la lutte S.O.S. Montfort lorsque je m’étais rendu au centre de réadaptation de l’Hôpital Général d’Ottawa — un hôpital qui se disait bilingue — pour visiter le sénateur Jean-Robert Gauthier qui luttait courageusement contre une terrible maladie et qui était hospitalisé depuis plusieurs semaines.

« À peine deux employés sur 10 peuvent me parler en français, m’avait-il dit. Ce n’est pas vrai que cet hôpital est bilingue. Il n’y a rien de bilingue ici. Il nous faut l’Hôpital Montfort. Il nous faut un hôpital de langue française. Il faut lutter. » Et M. Gauthier avait ajouté le message qui suit : « Soyez solidaires. Si nous nous divisons, nous perdrons la guerre. Soyons unis, soyons solidaires, et nous gagnerons la guerre. »

« Il n’y a aucun doute que ce message a porté très loin et qu’il demeurera l’un des moments les plus importants de la lutte de Montfort, a écrit mon frère Michel Gratton dans son livre Montfort — la lutte d’un peuple. Ce message (de Jean-Robert Gauthier) avait atteint les Franco-Ontariens en plein cœur, au cœur de leur fierté, de leurs peurs et de leur histoire. Au cours des années à venir, ce cœur collectif battrait comme jamais auparavant », a ajouté Michel.

Les Francos se sont battus ensemble pour obtenir le droit à des soins de santé dans leur langue, l’Hôpital Montfort a plaidé sa cause et la justice lui a donné raison.

Si je vous raconte tout ça ce matin, c’est que j’ai été renversé par un texte publié à la page 6 de notre édition de mardi et intitulé : Données alarmantes sur le vieillissement de la population franco-ontarienne.

Dans ce texte sur le dépôt du livre blanc de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) sur le vieillissement de la population francophone, on apprend que la proportion d’aînés, 65 ans et plus, est plus élevée chez les francophones que dans le reste de la population de l’Ontario. Et que le revenu moyen dans cette tranche de la population est près de 4 700 $ moins élevé chez les francophones que chez les anglophones.

Rien de très alarmant dans tout ça, direz-vous. Vrai. Mais voici ce qui suit : « Les lits de soins de longue durée sont parmi les services difficiles à obtenir en français. Il existe un lit pour 3 400 francophones en Ontario, contre un pour 170 Ontariens. »

Ouch ! Quelqu’un a dit : iniquité ? Injustice ? Un lit pour 3 400 francophones contre un lit pour 170 anglophones ? Un lit de soins de longue durée pour 3 400 francophones dans une population… vieillissante !?

Ces chiffres sont effectivement alarmants. Je dirais même épouvantables. On nous demande ni plus ni moins de vieillir en anglais. Voire de mourir en anglais.

Être admis dans un centre de soins de longue durée est un moment de grande vulnérabilité. Et on ne devrait pas être obligé de parler une autre langue que la nôtre dans un moment si inquiétant et si bouleversant. On veut comprendre et être compris. On veut parler. On veut être écouté.

Elle est là, la prochaine lutte des Franco-Ontariens. La cause est la même que Montfort : le droit à des soins de santé dans notre langue.

Et notre cause est juste.