Yves Saint-Denis a perdu sa dernière bataille contre le cancer. Il aura marqué profondément la communauté franco-ontarienne.

Une dernière victoire

CHRONIQUE / Adieu Monsieur Saint-Denis.

La francophonie ontarienne est en deuil. Yves Saint-Denis a rendu l’âme lundi dernier à l’âge de 78 ans après un long combat contre la maladie.

Ses funérailles seront célébrées le jeudi 19 septembre prochain à l’église de son village natal de Chute-à-Blondeau, dans l’Est ontarien. Mais que dis-je ? Chute-à-Blondeau n’était pas son village, mais son royaume. Sa seigneurie, même. La maison qu’il habitait avec son épouse, Hélène, ressemble à un véritable château qui surplombe la rivière des Outaouais, avec un mât devant au bout duquel flotte le drapeau franco-ontarien.

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J’y étais en avril dernier pour réaliser une entrevue avec lui. Une dernière entrevue.

M. Saint-Denis savait qu’il s’agissait de sa dernière. Bien qu’il ait été un battant toute sa vie, un vrai de vrai, la maladie prenait lentement le dessus sur lui. Il en était bien conscient.

« Les médecins me disent que c’est une question de mois », m’avait-il confié d’un haussement d’épaules. D’un haussement qui ne voulait toutefois pas dire qu’il abdiquait. Mais bien qu’il avait l’âme en paix.

Je pourrais vous parler des innombrables réalisations de M. Saint-Denis. Je pourrais par exemple vous dire qu’il a fondé l’ACFO de Prescott-Russell, qu’il été président de l’Assemblée de la francophonie (AFO) et qu’il était professeur de carrière et spécialiste en histoire.

Je pourrais aussi énumérer tous les honneurs que cet homme au franc-parler a reçus au cours de sa carrière. Comme l’Ordre des francophones d’Amérique, l’Ordre de la Pléiade, le Prix Séraphin-Marion, ses deux doctorats en philosophie et en lettres françaises, ainsi que de sa contribution inestimable au méga-spectacle L’Écho d’un peuple qu’il a produit avec son fils, mon ami Félix Saint-Denis.

Et pas plus tard qu’en avril dernier, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal se rendait dans sa seigneurie de Chute-à-Blondeau pour lui remettre la médaille d’argent « Bene Merenti de Patria » pour sa contribution exceptionnelle à la francophonie.

Je pourrais vous parler de tout ça.

Mais ce que je retiendrai toujours d’Yves Saint-Denis, c’est de sa présence à la manifestation monstre du 1er décembre dernier à Ottawa pour sauver notre université et le commissariat aux services en français de l’Ontario.

M. Saint-Denis était très malade, très faible, très fragile. Mais il tenait à y être avec les siens pour un dernier combat, une dernière lutte. Par solidarité. Par courage. Par détermination et par résilience. Et il y était… debout. À l’image de son peuple.

Yves Saint-Denis a rendu l’âme lundi dernier. Soit le même jour où l’on pouvait lire à la Une du Droit que l’Université de l’Ontario français était sauvée. Il a quitté dans une dernière victoire. Il sera dans nos cœurs pour toutes celles à venir.

Ce monument de la francophonie ontarienne m’a toujours fait sourire lorsqu’il se plaisait à parler de l’Ontarie plutôt que de l’Ontario.

Je lui ai demandé en avril dernier pourquoi il s’entêtait à nommer sa province natale ainsi. « Pour sa finale française, m’avait-il répondu. Comme on dit la Gaspésie, la Mauricie, l’Acadie, l’Estrie, l’Ontarie ».

Eh bien aujourd’hui, M. Saint-Denis, c’est toute l’Ontarie qui vous salue et qui vous dit merci.