Dans son message, Moisson Outaouais demande à la population des dons de collations du matin pour, entre autres, les programmes de petits déjeuners dans les écoles de la région.

Sonner l’alarme

CHRONIQUE / Des chiffres troublants, c’est le moins qu’on puisse dire. Moisson Outaouais a publié un communiqué de presse, lundi, qui portait le titre suivant : Aidez les enfants de l’Outaouais, une collation à la fois.

Dans son message, Moisson Outaouais demande à la population des dons de collations du matin pour, entre autres, les programmes de petits déjeuners dans les écoles de la région. 

Ou encore des dons monétaires qui seront spécifiquement dédiés à l’achat de collations saines tels que des fruits frais, des compotes de fruits, des barres de céréales, des yogourts et des fromages.

Voici quelques statistiques :

> Chaque mois en Outaouais, 3900 enfants utilisent les services d’aide alimentaire via le réseau de Moisson Outaouais.

> Quelque 29 000 personnes, dont 5300 enfants de moins de 12 ans, souffrent d’insécurité alimentaire en Outaouais, soit 7 % de la population. L’insécurité alimentaire veut dire « un accès inadéquat ou incertain aux aliments en raison d’un manque de ressources financières ». Des gens qui n’ont pas assez d’argent pour se nourrir, quoi.

> Les enfants représentent 37 % des personnes qui, chaque mois, utilisent des services d’aides alimentaires.

Des chiffres troublants, disais-je.

Mais le passage le plus inquiétant de ce communiqué est celui-ci :

« Le besoin de collations nourrissantes augmente et les réserves se vident très rapidement. Ces collations sont souvent très coûteuses et les parents aux moyens financiers limités ont tendance à acheter des aliments moins sains pour leurs enfants. »

C’est effectivement la situation. 

Le coût des aliments comme les fruits et les légumes augmente sans cesse alors que les revenus stagnent.

On parle de « parents aux moyens financiers limités ». 

On en déduit tout de suite qu’on parle de familles à faible revenu. 

Mais si la tendance se maintient, la classe moyenne (50 % de la population) sera bientôt incluse dans ces gens « aux moyens financiers limités ».

L’ancienne directrice de la Protection de la jeunesse (DPJ) de l’Outaouais, Michelyne Gagné, avait raison lorsqu’elle a déclaré il y a quelques semaines que « la classe moyenne disparaît ».

« Je regarde mes chiffres des dernières années et je constate qu’il y a un fossé de plus en plus grand qui se creuse année après année entre les riches et les pauvres, a-t-elle dit. La classe moyenne disparaît et de plus en plus. »

Je reviens au communiqué de presse de Moisson Outaouais et à la phrase « les parents aux moyens financiers limités ont tendance à acheter des aliments moins sains pour leurs enfants ».

C’est sûr. Et ils ne le font pas par choix ou par gaieté de cœur. 

Entre une boîte de huit ou 10 pêches fraîches au coût de 6 $ ou une boîte de 12 collations genre « Fruits-à-gogo, fabriqués avec de vrais fruits » au coût de deux boîtes pour 4 $, le parent aux moyens financiers limités choisira les « Fruits à gogo » supposément fabriqués avec de vrais fruits, alors que la boîte en question contient 100 fois plus de sucre que de vitamines et d’aliments nutritifs.

En janvier dernier, la Banque du Canada a prédit que le montant que les Canadiens consacreront à leur alimentation augmentera de 1,5 % à 3, 5 % en 2019. 

« Une famille de deux adultes et deux enfants devra ainsi dépenser 411 $ de plus qu’en 2018 », notait-on.

Votre salaire augmentera-t-il de 411 $ cette année ?

On ne parle que d’alimentation. 

Lorsqu’on ajoute les hausses des coûts de l’essence, du transport en commun, des vêtements, de l’électricité, des appareils électroniques, du logement et le reste, on constate assez rapidement que nos revenus ne peuvent suivre ces hausses. 

Et que « le fossé entre riches et pauvres se creuse d’année en année et de plus en plus ».

Et si rien n’est fait pour renverser cette tendance, on peut prédire sans trop se tromper que le nombre de personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire en Outaouais – 29 000 en 2019 – augmentera en 2020, et en 2021, et en 2022…

De là l’importance de donner à Moisson Outaouais.

De là l’importance aussi de sonner l’alarme. Ou comme chantait Charlebois dans sa chanson Fu Man Chu : « Trudeau, speak up! »

Pour faire un don : www.moissonoutaouais.com/collations2019 ou au 819-669-2000.