Le chroniqueur, enseignant en journalisme à La Cité et observateur de la francophonie au Canada et dans le monde, Réjean Paulin, est décédé dimanche à l’âge de 64 ans.

Salut Réjean !

CHRONIQUE / Ton départ m’attriste, Réjean. Et j’avoue qu’il me surprend.

T’avais l’air en grande forme lorsque nous nous sommes croisés dans le marché By, l’automne dernier. Tu m’avais parlé de la retraite qui approchait. On avait échangé, comme d’habitude, sur la plus récente lutte des Franco-Ontariens. Et on se demandait bien, toi et moi, quelle mouche avait piqué Denise Bombardier lors de son passage à Tout le monde en parle.

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D’ailleurs, j’ai bien aimé ton papier sur cette controverse. J’en partage un extrait avec les lecteurs du Droit, si tu me le permets. Je sais que t’aurais humblement acquiescé en baissant les yeux et en répliquant, sourire en coin, quelque chose comme : « Bof, c’était bien ordinaire comme texte ». Tes textes n’avaient jamais rien « d’ordinaire », Réjean. Voici le passage en question :

« Faut-il toujours parler lexique en poche ? Répondre oui à cette question priverait la langue française de tous ses accents et de ses couleurs locales. Impensable et inconcevable. ‘Votre langue n’est pas la mienne’, dit Denise Bombardier à l’intention des francophones minoritaires. Or, des années passées en France, au Québec, en Acadie, en Saskatchewan et en Ontario m’ont fait entendre bien des sons français qui ne sont pas les siens, ni les miens, ni les vôtres probablement. Mais ils sont nôtres. C’est ce qui compte. Et bien sûr, dans toutes ses "parlures", on entend des fautes. »

C’était tellement bien dit, mon ami. Tu me choquais parfois. Alors que j’y allais souvent d’un ton belliqueux pour défendre les Franco-Ontariens et les communautés francophones du pays, t’arrivais toujours avec le bon mot, le mot juste, le ton posé. Ta plume, par sa subtilité, sa sagesse et sa justesse, était percutante et redoutable. Je l’ai souvent jalousée.

Nous nous sommes rencontrés une première fois sur la tribune de la presse parlementaire, à Ottawa. Je venais d’arriver comme courriériste pour Le Droit, tu y étais depuis un certain temps à titre de journaliste indépendant.

En m’apercevant, t’étais venu me saluer, te présenter et me souhaiter la bienvenue. Un petit geste anodin, dira-t-on. Mais « l’étranger » que j’étais dans cette basse-cour de coqs qu’est la tribune de la presse, et « le petit nouveau » impressionné et intimidé par ce nouvel entourage dans lequel j’étais maintenant plongé, n’oubliera jamais cette main que tu m’as tendue. Ton regard me disait de ne pas m’en faire, que j’y trouverais ma place et que je pouvais compter sur toi. J’avais un allié. Un ami.

Quelqu’un au collège La Cité a eu un éclair de génie en 2001 en te recrutant comme professeur au sein du programme de journalisme. Francis Sonier, le président de l’Association de la presse francophone (APF) a écrit ce qui suit à ton sujet :

« Par sa passion pour le métier de journaliste et sa conviction du rôle essentiel de la presse pour protéger notre démocratie, Réjean Paulin a laissé sa marque auprès de plusieurs générations de jeunes journalistes qui œuvrent toujours dans notre réseau. » 

M. Sonier ne pouvait mieux dire. Cette passion pour « le plus beau métier du monde », Réjean, tu l’as brillamment léguée à d’innombrables journalistes.

Je revois aujourd’hui ta passion dans le travail de plusieurs de mes jeunes collègues. (Entre nous deux, on se serait dit en riant : « rendu à notre âge, ils sont tous jeunes ! »)

Cette détermination que ces « jeunes » ont pour fouiller la nouvelle. Ce rush d’adrénaline qu’ils ressentent à l’obtention d’un scoop. Ces nuits blanches qu’ils passent à se demander comment ce scoop sera reçu lorsque le monde ouvrira les yeux. Cette solidarité entre eux dont ils font preuve. Ce profond bonheur qu’ils ont à exercer notre métier. Cette véritable passion pour notre profession. Tout ça vient un peu de toi, Réjean.

C’est un merveilleux legs.

Merci pour tout, cher ami. Tu ne seras jamais oublié. Salut !